MAGHREB
07/08/2015 14h:39 CET

Tunisie: Rien ne va plus entre Othman Battikh et le syndicat des imams et des cadres religieux

Facebook/ page du ministère des Affaires religieus

Le dialogue de sourds entre le ministère des Affaires religieuses et le syndicat des imams et des cadres religieux persiste. Alors que le syndicat s'insurge contre le refus du ministre Othman Battikh de les recevoir et revendique son limogeage, les services du ministère assurent être ouverts au dialogue avec les différents syndicats dont celui des imams et des cadres religieux, mais selon "les normes et protocoles convenus".

"Le syndicat des imams et des cadres religieux nous a contactés par écrit pour une entrevue avec le ministre tout en nous imposant le jour et l'heure de cette rencontre! Une entorse aux protocoles convenus d'autant plus que le ministre avait d'autres engagements prévus ce jour-là", a déclaré Slim Ben Cheikh, cadre au ministère des affaires religieuses au Huffpost Tunisie.

Othman Battikh accusé de vouloir rétablir les pratiques de l'ancien régime

Côté syndicat des imams et des cadres religieux, on dénonce une confiscation de la liberté d'expression au nom de la lutte anti-terroriste.

"Le ministre actuel, icône du régime de Ben Ali, n'a pas su se débarrasser des travers du régime déchu alors il cherche à rétablir les anciennes pratiques en fermant des mosquées et en évinçant des imams à tort et à travers", a accusé Chihebeddine Tlich, secrétaire général du syndicat au Huffpost Tunisie.

Pour le représentant du ministère, le syndicat est libre de s'exprimer et de demander le limogeage du ministre. "Ceci s'inscrit justement dans le cadre de la liberté d'expression à laquelle nous sommes aussi attachés, cela montre que les vieilles pratiques ont été enterrées contrairement à ce que prétend ce syndicat", soutient-il.

Les libertés religieuses en danger?

Le syndicat accuse également le ministère de vouloir revenir au temps du prêche unique, imposé par les autorités sous le régime de Ben Ali.

"L'article 6 de la constitution tunisienne n'interdit pas aux imams de parler de politique, étant donné que la chose publique doit être au centre des prêches du vendredi et que l'islam est un tout, englobant la spiritualité, la loi... L'article 6 évoque seulement la propagande partisane, alors de quel droit (civil ou religieux) on nous interdirait de parler de la politique? Ceci est une atteinte dangereuse aux libertés religieuses", a ajouté le représentant du syndicat.

Répondant à ces accusations, Slim Ben Cheikh s'est défendu de toute volonté d'unifier le prêche. "Nous avons seulement distribué des documents fondés sur des références coraniques et sur la Sunna et qui peuvent guider ou épauler les imams, d'autant plus que beaucoup d'entre eux n'ont reçu aucune formation religieuse", a-t-il précisé.

Il a en outre insisté sur "l'interdiction de toute forme d'instrumentalisation partisane des mosquées". Cette instrumentalisation a "entraîné des dépassements dangereux après le 14 janvier (2011). Autrement, l'imam est libre de parler de la chose publique dans le cadre de la loi", a-t-il conclu.

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