MAROC
09/08/2015 11h:08 CET | Actualisé 09/08/2015 17h:31 CET

Footballeurs marocains : Portraits de quatre enfants -malheureux- de la balle

FOOTBALL – Mastour par-ci, Mastour par-là, la toile s’enflamme à chaque apparition ou presque du jeune prodige. Le fait n’est pas nouveau. Ces dernières années, les férus marocains de ballon rond ont cru trouver leur Messi en Chamakh, El Arabi, Aboucherouane, Zairi. Ces joueurs ont en commun d’avoir eu un parcours en deçà des brillantes carrières auxquelles on les destinait. Portraits de quatre enfants -malheureux- de la balle.

Marouane Chamakh, le prince devenu crapaud

chamakh

11 février 2004. Quart de finale de la CAN. Le Maroc est mené 1-0. L’horloge du stade olympique de Sousse affiche 90+3. On est à deux minutes de la fin du match. Marouane Chamakh reçoit un ballon millimétré au milieu de la surface de réparation algérienne. Face à face avec le gardien. Il contrôle, envoie un extérieur du pied imparable en pleine lucarne et délivre plus de 30 millions de Marocains. Depuis, Chamakh -bien qu’il ait perdu de sa superbe- est la coqueluche du football marocain.

À l’époque de cette fameuse CAN perdue de justesse contre la Tunisie, Marouane a 20 ans, il évolue avec le Bordeaux de Mavuba, Darcheville et Meriem, a des rêves plein la tête et du talent plein les pieds. Le natif de Tonneins est alors la star montante de la Ligue 1. Petit à petit, il réussit à se faire une place de titulaire indiscutable dans le 11 bordelais. Lors de la saison 2008-2009, c’est lui (13 buts) qui permet en grande partie à son équipe de défaire le monopole lyonnais (7 titres d’affiée) sur le championnat français.

Ses 1,88 m, ses têtes à la Bierhoff, son agilité à l’entrée de la surface… L’arsenal du Franco-Marocain tape dans l’œil d’Arsène Wenger. En mai 2010, Chamakh signe dans le club londonien. « Erreur fatale ». Bilan de l’opération ? Une saison plutôt moyenne en 2010-2011 (44 matchs joués pour 11 buts marqués toutes compétitions confondues) mais surtout une mise au placard en bonne et due forme lors des deux saisons qui ont suivi. Miné par la concurrence, l’attaquant ne foulera la pelouse que 4 fois durant toute la saison 2012-2013.

Arsenal prête alors Chamakh à West Ham, une équipe de milieu de tableau. S’en suit une traversée du désert: l’attaquant participe à 3 matchs en tout et pour tout. Après une saison vierge, il rejoint Crystal Palace mais a du mal à renouer avec son niveau. À la fin de la saison 2014-1015, il ne comptabilise que 2 buts pour 18 matchs, ce qui lui vaut d’être évincé par Badou Zaki de l’équipe nationale.

Pour couronner la débâcle et parce qu’un malheur n’arrive jamais seul, Chamakh, raillé pour sa calvitie naissante, est élu quatrième joueur le plus « moche » de la Premiere league par le site de paris Paddy Power sur la base d’un sondage réalisé auprès du public féminin du championnat anglais.

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Youssef El Arabi, l’homme qui voulait jouer au clair de la lune

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À la veille d’une décision qui a laissé perplexes les spécialistes du mercato estival, le magazine So Foot -avec son sens taquin de la formule- titrait, en rapportant une rumeur qui disait Youssef El Arabi partant de Caen, «El-Arabi saoudite ?». Quelques jours après, la rumeur se confirme. Al Hilal met 7 millions d’euros sur la table pour s’octroyer les services du Marocain.

On rembobine. Le 14 août 2009, El Arabi marque son premier but professionnel contre le Sporting Club de Bastia et permet à son club, le Stade Malherbe Caen de s'imposer 2-1. S’en suivra une saison sous forme d’épopée pour le jeune attaquant (il n’a alors que 22 ans) qui permet à son club d’accéder au très haut niveau du football français en marquant 11 buts. La saison suivante, El Arabi confirme qu’il est un joueur avec lequel il faudra compter.

Caen, le petit poucet, est malmené en Ligue 1 et risque la relégation une bonne partie de la saison. L’épilogue heureux, un maintien et une 15ème place est l’œuvre presque entière d’El Arabi et de ses 17 buts. Une œuvre qui ne laisse pas indifférents Genoa mais surtout Séville (cinquième de la Liga cette saison-là).

Mais El Arabi a d’autres projets en tête. Il vise, pour ainsi dire, la lune et les 13 millions (sur quatre ans) que lui offre Al Hilal. Après s’être fait une santé financière en 2011-2012, il décide de rejoindre finalement la Liga et Grenade, où il enchaîne depuis trois ans des saisons moyennes, bien loi des 17 buts de son âge d’or.

Hicham Aboucherouane, l’absent qui avait tort

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On ne peut pas parler du flamboyant Raja de 2001-2002 sans mentionner Boucha, alias Hicham Aboucherouane, artisan indéniable de l’hégémonie national et africaine des Verts au début de la décennie.

Boucha fait une entrée fracassante dans l’Histoire du club grâce à un parcours hors-norme où il finira meilleur joueur, meilleur buteur (en plus de vainqueur) de la Ligue des champions africaine en 2002. Fort de ce succès, il effectue un essai à Southampton en avril 2003. Essai qui s’avère concluant. Le club est prêt à le signer. Pourtant, Boucha finira sa saison à Casablanca.

Raison du rétropédalage ? La Fédération anglaise de football estime que le contrat qui lie Aboucherouane à Southampton n’est pas conforme à la réglementation qui régit les transferts outre-Manche. La Fédération exige que le joueur étranger recruté ait disputé 75 % des matchs officiels joués par son équipe nationale au cours des deux dernières années.

Boucha a beau présenter deux certificats médicaux pour justifier son absence lors des deux matchs qui lui manquaient pour remplir le quota, la Fédération reste inflexible. Aboucherouane s’en retourne au bled pour une courte escale.

Entre 2004 et 2014, Boucha fait des infidélités à son club de cœur, le quitte tour à tour pour Al Nasr Riyad (Arabie Saoudite) entre 1999 et 2004, pour Lille en 2005-2006, pour l’Espérance de Tunis en 2007-2008 , pour Al Ittihad Djeddah (Arabie Saoudite) entre 2008 et 2010 mais finit toujours par revenir.

En 2011, Al Ahli (Qatar), parachute dorée du footballeur en fin de piste, réussit à s’octroyer ses services pour trois saisons consécutives. Boucha raccroche les crampons à l’été 2014, à 33 ans.

Jaouad Zairi, il s'est tiré une balle dans le pied

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"Il pouvait dribbler huit joueurs dans une cabine téléphonique" disait de lui son entraineur Guy Lacombe lors de son (long) passage dans le FC Sochaux (Est de le France). D'ailleurs, un mois à peine après avoir signé son contrat pro avec le club doubiste, il fait sa première apparition avec les Lions de l'Atlas, en septembre 2000 à Libreville, contre le Gabon.

Trois ans plus tard, Zaki le rappelle en sélection contre le Sénégal, lors d'un match comptant pour les éliminatoires de la CAN. Zaïri fait le job: il marque, et assure sa place avec l'Mountakhab. 2004, le natif de Taza se hisse en final de la CAN avec les Lions, mais chute devant la Tunisie.

Pas grave: les Marocains reviennent en héros du pays du Jasmin, et Zaïri est incontestablement une des stars de l'équipe. Les Marocains l'adorent, les publicitaires aussi.

Bref, Zaïri a 22 ans, et une carrière prometteuse devant lui. Et pourtant. L'année suivante, pour des raisons que la raison ignore, il quitte la France pour l'Arabie Saoudite et le club Al Ittihad Djeddah. Le feu-follet habitué a affoler les défenseurs adverses se tire une balle dans le pied (le droit, son meilleur). De fait, en 14 apparitions, il ne score jamais avec sa nouvelle équipe. Il ne fait pas mieux la saison suivante avec Boavista ou Nantes.

Zaïri se montre de moins en moins assidu aux séances d'entraînement, papillonne de club en club sans jamais arriver à poser ses crampons plus de deux ans, que ce soit à Chypre, au Portugal, en Arabie saoudite et même au sultanat d’Oman. Au dernière nouvelles, Zaïri joue dans un club français évoluant en CFA, le Monts d'Or Azergues Foot, après avoir passé des test infructueux pour rejoindre... le club des FAR de Rabat.