MAROC
05/08/2015 10h:08 CET | Actualisé 06/08/2015 12h:14 CET

EXCLUSIF: L'histoire d'un Sri Lankais bloqué dans la zone de transit de l'aéroport de Casablanca depuis un mois

EXCLUSIF: L'histoire d'un Sri Lankais bloqué dans la zone de transit de l'aéroport de Casablanca depuis un mois
EXCLUSIF: L'histoire d'un Sri Lankais bloqué dans la zone de transit de l'aéroport de Casablanca depuis un mois

IMMIGRATION – "Si je rentre dans mon pays, ma vie est finie". T. A. S., un ressortissant sri lankais d’origine tamoule (ethnie minoritaire), est bloqué depuis le 3 juillet à l’aéroport Mohammed V de Casablanca. 30 jours sans quitter la zone de transit du terminal, passant ses nuits sur les bancs ou à même le sol, sans pouvoir se laver.

Selon le Groupe antiraciste de défense et d’accompagnement des migrants (GADEM), l’homme a fui le Sri Lanka en 2011 avant de s’installer au Kenya. Faute d’avoir obtenu une prolongation de son visa, il a décidé d’embarquer pour Malaga, en Espagne, avec des escales à Dubaï et Casablanca. Mais une fois arrivé sur le sol espagnol, la police a refusé son visa, jugé faux.

Ce Sri Lankais de 34 ans a ensuite demandé l’asile, "mais sa demande a été rejetée comme irrecevable au terme d’une procédure expéditive" estime le GADEM, qui précise qu’il n’a pas pu bénéficier d’un interprète en tamoul pendant la procédure.

La police espagnole l'a finalement renvoyé vers sa dernière escale, Casablanca, où il s’est vu refuser l’entrée sur le territoire marocain, malgré une intervention du Haut commissariat aux réfugiés (HCR) et du Conseil national des droits de l’Homme (CNDH). Il est donc détenu à l’aéroport dans l’attente d’être renvoyé à Colombo au Sri Lanka. Sa demande d’asile n’aurait pas été enregistrée par les autorités marocaines.

Toute ressemblance avec des faits réels...

En attendant, il ère dans la zone de transit. Une histoire qui n'est pas sans rappeler celle de Mehran Karimi Nasseri, un réfugié iranien, qui a vécu dans le terminal 1 de l'aéroport Roissy-Charles de Gaulle à Paris, entre 1988 et 2006. Après de nombreux imbroglios judiciaires, l'homme avait fini par perdre la raison, décidant de rester de son plein gré dans l'aéroport. Son histoire avait inspiré le film "The Terminal", de Steven Spielberg.

Selon l’article 33 de la Convention de Genève relative au statut des réfugiés, le refoulement de ces derniers est interdit, de même que celui des demandeurs d’asile. La législation marocaine prévoit qu’un étranger qui demande l’asile à la frontière peut être maintenu en zone d’attente le temps d’examiner que sa demande n’est pas manifestement infondée. Si l’attente excède quatre jours, le Tribunal de première instance (TPI) peut prolonger le maintien en zone d’attente jusqu’à 20 jours maximum.

Or l’homme n’aurait pas été présenté devant le TPI, et son maintien en zone d’attente a excédé la durée maximale. Contactée par le HuffPost Maroc, la coordinatrice du GADEM a expliqué que l’homme subvenait lui-même à ses besoins depuis le 3 juillet. "Mais depuis hier, il n’a plus d’argent".

"N'importe où mais pas dans mon pays"

"Je ne parle à personne, sauf aux compagnies aériennes qui me répètent que je dois acheter moi-même mon billet pour Colombo si je veux m’en aller. Mais j’ai épuisé toutes mes réserves d’argent pour pouvoir me nourrir", indique au HuffPost Maroc T. A. S., qui répète qu’il se sent "très mal". Son dernier repas remonte au petit-déjeuner du 4 août. Ce mercredi, il a simplement bu un café.

"J’ai eu ma sœur au téléphone, elle pleure tous les jours avec ma mère. Mais elles ne veulent pas que je rentre au Sri Lanka, parce qu’elles savent que je risque ma vie là-bas", confie l'homme, qui explique avoir eu des graves problèmes avec l’armée sri lankaise.

"Je veux aller n’importe où, mais pas dans mon pays. J’ai été frappé par l’armée il y a cinq ans, et j’ai encore les marques sur mon corps". Pour le moment, l’homme a été mis en contact avec un avocat du HCR, à qui il a envoyé des photos de ses blessures. "J’espère qu’il va pouvoir m’aider", nous confie-t-il.

Contacté par le HuffPost Maroc, le HCR a expliqué qu'une première audience a eu lieu le 3 août, mais que le ministère de l'Intérieur ne s'est pas présenté. Le HCR a également précisé qu'il n'avait pour l'instant pas accès à la zone de transit de l'aéroport, de même que l'avocat, qui est uniquement en contact avec T. A. S. par téléphone.

Le GADEM, qui dénonce le fait que l’Espagne se soit "défaussée" de ses obligations sur le Maroc, demande aux autorités marocaines "d’admettre sans délai le Sri Lankais sur le territoire marocain au titre de l'asile, sous couvert du visa de régularisation prévu par la loi".