MAGHREB
05/08/2015 12h:53 CET | Actualisé 16/11/2015 07h:17 CET

Tunisie - 7 personnes torturées par des policiers ou arrêtées légalement? L'OTIM met en doute la version du ministre de l'Intérieur

Tunisian police patrol near the attacked Imperial Marhaba hotel in Sousse, Tunisia, Saturday, June 27, 2015. The morning after a lone gunman killed dozens of people at a beach resort in Tunisia, busloads of tourists are heading to the nearby Enfidha-Hammamet airport hoping to return to their home countries. (AP Photo/Darko Vojinovic)
ASSOCIATED PRESS
Tunisian police patrol near the attacked Imperial Marhaba hotel in Sousse, Tunisia, Saturday, June 27, 2015. The morning after a lone gunman killed dozens of people at a beach resort in Tunisia, busloads of tourists are heading to the nearby Enfidha-Hammamet airport hoping to return to their home countries. (AP Photo/Darko Vojinovic)

Des suspects victimes de torture policière enlevés ou de nouveau arrêtés légalement? L'affaire fait déjà grand bruit et l'Assemblée entend s'en saisir.

Mardi, à leur sortie du Tribunal de première instance et après avoir été libérés par le juge d'instruction pour une affaire liée au terrorisme, sept personnes qui auraient subi des actes de torture policière ont été "enlevées" par des hommes présentés ensuite comme des policiers en civil.

Le ministère de l'Intérieur se défend

Face à l'ampleur de la polémique qui a suivi l'évènement, le ministre de l'Intérieur a réagi mercredi matin, niant les accusations d'enlèvement et affirmant qu'il s'agissait d'une arrestation "ordonnée par le procureur de la République".

"A travers l'enquête avec d'autres parties, il s'est avéré qu'il y avait des preuves évidentes que ces accusés étaient impliqués dans une affaire de terrorisme (...) qui sera dévoilée dans les prochains jours", a-t-il affirmé lors d'une conférence de presse.

"Jusqu'à présent, aucun dépassement de nos agents et de notre administration n'a été constaté. Et si quelque chose est prouvé, le gouvernement se soumettra à toutes les exigences de la loi", a-t-il ajouté, accusant "certaines parties de vouloir semer le trouble au sein des établissements sécuritaires et militaires".

La version du ministre mise en doute

Cette version a été mise en doute par l'Observatoire tunisien pour l'indépendance de la magistrature (OTIM).

"Mardi 4 aout à partir de 23h, le parquet du tribunal de première instance a autorisé la détention des sept accusés (...) Il s'est avéré que les autorités sécuritaires ont détenu les accusés de 18h à 23h sans que le parquet n'en soit avisé. Ceci contredit les déclarations du ministre de l'Intérieur", a affirmé l'Observatoire dans un communiqué publié mercredi après-midi.

L'avocat Anouar Ouled Ali, intervenu mardi soir sur les ondes de Shems FM a dénoncé les agissements des forces de l'ordre. Selon lui, après avoir passé six jours de garde à vue au sein de l'unité d'enquête sur les crimes terroristes de Gorjeni, les suspects auraient, comparu devant le juge d'instruction qui a décidé de les libérer. Le juge avait également "constaté des marques évidentes de torture sur cinq accusés, comme des traces de brûlures de cigarettes".

Toujours selon Anouar Ouled Ali, les avocats ont ensuite déposé une plainte auprès du procureur de la République pour torture:

"Après les avoir examinés et écouté leurs témoignages, le parquet leur a demandé de revenir le lendemain pour prendre des autorisations afin de passer devant le service de médecine légale"
.

A leur libération, devant le tribunal de première instance, "trois voitures civiles dans lesquelles il y avait des agents en civil les attendaient. Deux ou trois agents les ont enlevés et les ont conduits vers une destination inconnue devant leurs familles et leurs avocats", a encore affirmé l'avocat.

Une commission parlementaire créée

La veille, plusieurs députés avaient dénoncé les agissements des forces de l'ordre et appelé à enquêter sur d'éventuels dépassements.

"C'est un crime de torture. La torture subie était tellement violente que les suspects ne peuvent plus tenir debout", a fustigé Samia Abbou, élue du Courant démocrate, mardi soir en séance plénière.

"Des agents en civil ou bien des personnes en civil, les ont enlevés (...) pour masquer les signes du crime", a-t-elle accusé.

Mercredi, une commission composée de sept députés de différents blocs parlementaires a été créée pour enquêter sur les évènements.

Contacté par le Huffpost Tunisie, Naoufel Jammali, élu du parti Ennahdha et membre de cette commission, a affirmé que les députés allaient "étudier comment ils allaient traiter cette affaire et vérifier si les accusés ont vraiment été torturés par la police".

"Nous pourrons demander à rencontrer le ministre de l'Intérieur, Najem Gharsalli, pour connaitre les détails de ces arrestations", a-t-il précisé.

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