ALGÉRIE
05/08/2015 10h:50 CET | Actualisé 05/08/2015 11h:58 CET

Le CHU de Constantine n'est que la partie visible de l'iceberg: le ministère dans l'urgence

DR

Pour M.Mohamed Boudiaf, ministre de la Santé, de la Population et de la Réforme hospitalière, les carences constatées au CHU de Constantine sont "des cas isolés", qui "ne doivent en aucun cas être généralisés à toutes les structures de santé du pays".

Pourtant, des informations recueillies dans d'autres wilayas montrent que ce qui a été observé dans le service de maternité de cette structure n'est pas un cas isolé. Ce n'est que "l'infime partie émergée de l'iceberg", selon un praticien.

Les carence observées à Constantine se retrouvent ailleurs: états de délabrement des lieux, accueil et services médiocres, des conditions de soin impraticables ... C'est cela le lot du secteur de la santé à travers plusieurs régions du pays, au grand dam des Algériens, qui n'en finissent pas de se plaindre.

LIRE AUSSI: Constantine: Boudiaf a ordonné la fermeture et la réhabilitation du service de maternité du CHU

Dans la wilaya de Saïda, le service de maternité du CHU Hamdane Bakhta fait face à des carences qui rappellent celles, "scandaleuses" et "honteuses" de l'hôpital de Constantine, dont la maternité a été fermée. Abandon des patients, dégradation des lieux ou absence de médecins... Etre admis au service de maternité n'est que le début d'un calvaire que les femmes enceintes sont contraintes de supporter.

Dans la même structure, des femmes enceintes sont allongées, "entassées" à même le sol; elles tenir elles-mêmes leurs poches de sérum, rapporte le quotidien arabophone El Khabar.

L'établissement, qui ne répond pas aux normes de propreté et d'hygiène, ne présente aucune condition de confort pour ces femmes enceintes. Les lieux sont salis et submergés par des eaux usées par-ci, des insectes et de la crasse par-là, dégageant des odeurs nauséabondes.

Une situation que la direction régionale de la Santé a expliqué par le manque d'encadrement des sages-femmes, mais également par la pression que celles-ci subissent avec de la grande affluence des femmes de la région vers ce service de maternité.

Les "hôpitaux qui tuent", selon les termes de Mohamed Bekkat Berkani, président du conseil national de l’Ordre des médecins, font désormais craindre le pire aux patients à travers plusieurs wilayas.

Effet boomerang

Dans un entretien accordé, par ailleurs, au quotidien Liberté, le Pr. Kamel Bouzid, chef du service oncologie médicale du CPMC (Alger), s'attelle à énumérer les problèmes, mais également les mesures qui minent le secteur hospitalier de l'Algérie.

Il a évoqué notamment la décision sur l'activité complémentaire, qui permet aux médecins de la fonction publique, pour des considérations salariales, d'exercer une seconde activité dans les cliniques privées. "C'est désastre pour la santé publique" estime le Pr Bouzid.

L'activité complémentaire, dit-il "est aujourd'hui insensée dès lors que les salaires des praticiens du secteur public sont devenus relativement conséquents. Objectivement, l’activité complémentaire aurait dû disparaître depuis que nos salaires ont été augmentés.

Une décision qui, finalement, "n'aura réglé aucun problème de santé dans le pays", puisque certains médecins, "qui se sont enrichis" grâce à cette activité complémentaire, se retrouvent dans un conflit d'intérêt.

"On fauche des malades à l’hôpital pour les amener à la clinique, on prend du matériel, on prend du personnel, etc", se justifie-t-il. Une manière comme une autre de démonter "l'effet boomerang" des décisions du ministère, et de souligner également la responsabilité du personnel hospitalier, notamment les médecins qui devront choisir entre le "libéral ou le public".

Des coups de "matraques"

Face à de tels constats, Mohamed Boudiaf, maintes fois interpellés par les patients et les personnels des structures hospitalières, serait décidé de faire le ménage dans le secteur de la santé.

Après avoir mis fin aux fonctions du directeur de la santé et de la population de la wilaya de Constantine et du chef de service de maternité, pour "position passive" et "manquement aux obligations professionnelles", le ministre de la Santé a émis la décision de fermeture à l'encontre de 20 établissements privés.

LIRE AUSSI: Etablissements privés de santé: 20 décisions de fermeture dans la wilaya d'Alger

Des sanctions destinées à montrer la fermeté de la tutelle à agir contre les problèmes qui minent les structures sanitaires. Les responsables du secteur de la santé se sont d'ailleurs engagés à combattre ce qu'ils ont appelé les "saboteurs de matériel", "les voleurs de médicaments" et ont agité la menace de licenciement contre les gestionnaires défaillants.

Outre les directives données pour s'attaquer à la corruption, le népotisme et la médiocrité", Mohamed Boudiaf affirme l'engagement de son secteur à faire preuve de fermeté pour améliorer les états des établissements sanitaires, où des milliards de dollars ont été dépensés.

Il a cependant réitéré dans les médias que le cas CHU de Constantine était un cas isolé, "qui ne reflète pas la réalité du secteur hospitalier du pays,". Une affirmation qui laisse sceptiques les praticiens et surtout les usagers des hôpitaux.

LIRE AUSSI: Les "Doctorpreneurs" dans le collimateur des pouvoirs publics : des cliniques privées fermées

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.