ALGÉRIE
04/08/2015 08h:35 CET | Actualisé 04/08/2015 08h:35 CET

Le prix du baril va continuer à baisser jusqu'à fin 2016 sans aller "sous les 40 dollars", selon Abdelmadjid Attar

Un trader à la bourse de New York attentif à l'évolution des cours pétrolier. (AP Photo/Richard Drew)
ASSOCIATED PRESS
Un trader à la bourse de New York attentif à l'évolution des cours pétrolier. (AP Photo/Richard Drew)

Le ministre iranien du Pétrole, M. Bijan Namdar Zanganeh, a annoncé samedi une augmentation de la production pétrolière de son pays à 3.900.000 de barils de brut par jour "dans les tout prochains mois".

L’Iran compte donc rajouter 1.000.000 barils/jour à sa production actuelle estimée à 2.85 millions de barils/jours.

Il rapprochera ainsi du niveau de sa production avant les sanctions euro-américaines qu’il a subies à cause de son projet nucléaire et qui devraient être progressivement levées suite à la signature, il y a deux semaines, d’un accord avec les 5+1.

L'augmentation ne se fera pas avant la fin 2015, date de la levée officielle des sanctions internationales qui pèsent sur le pays depuis 2003. Elle se fera de manière graduelle (une augmentation de 500.000 b/j comme première étape), vers le début de l’année 2016.

Interrogé par Maghreb Emergent, le consultant pétrolier et ancien PDG de Sonatrach, M Abdelmadjid Attar, explique cette reprise graduelle de la production iranienne par la modestie des moyens dont disposent les Iraniens et au temps nécessaire pour mener des travaux de restauration et de réhabilitation des anciennes installations.

La réhabilitation des champs pétroliers et, partant, la hausse de la production iranienne dépendront du retour des grandes multinationales pétro-gazières telles que Total, Shell, Exxon Mobile et autres dans le pays, estime M. Atta. "Les iraniens n’ont pas les moyens d’entreprendre de tels projets tous seuls" souligne-t-il.

Une guerre à l'intérieur de l'OPEP

De nombreux observateurs qualifient le régime iranien d’inflexible en matière négociations relatives à sa production énergétique. Mais, estime Attar, le problème n'est pas insoluble et il suffirait aux iraniens de changer leur mode de contrat.

"La problématique n’est pas aussi insoluble qu’elle est souvent présentée. Il suffit que les Iraniens substituent à leurs contrats de services, qui sont ‘’des contrats à risques’’, des contrats de partage de production. Ils attireront ainsi plus de multinationales (...) l’Iran deviendra le pays le plus attractif de la région en matière d’investissement dans les énergies fossiles."

Les prix du pétrole sur le marché vont continuer à baisser selon M. Attar, en partie "à cause de l’Iran qui cherche à revenir à sa production initiale de 3.8 b/j, dans les prochains mois ".

Attar ne voit pas de paradoxe dans le fait que l'Iran annonce une hausse de sa production alors qu'il a mené en 2014 des batailles diplomatiques, aux côtés du Venezuela, du Mexique et d’autres pays en faveur d'une réduction de l’offre du pétrole sur un marché saturé.

L'Iran, estime-t-il, a bataillé et se battra certainement pour la réinstauration du système des quotas de production à l’intérieur de l’OPEP arrêté en 2011, et qui définissait ceux-ci en fonction des demandes et des besoins internes.

L'ancien Pdg de Sonatrach s'attend à une guerre sur les prix à l’intérieur des pays de l’OPEP où les quotas seront difficilement établis et " jamais respectés".

"Le déséquilibre des marchés pétroliers se poursuivra, et la spéculation sur les prix baissera dans les prochains mois, voire dans les années à venir."

Un baril entre 50 et 60 dollars en 2016

Une situation qui ne sera pas due uniquement à l’arrivée de grandes quantités du pétrole iranien sur le marché.

D'autres facteurs y contribuent comme le ralentissement de la croissance chinoise, la stagnation de la demande énergétique européenne, l’autosuffisance des marchés américains grâce au gaz de schiste, l’arrivée du GNL des pays de l’Afrique de l’Est tels que le Kenya et la Tanzanie...

Il faudra aussi " attendre les décisions de la Conférence internationale sur le climat qui aura lieu à Paris à partir du 30 novembre prochain, concernant la réduction de la production des matières fossiles et la promotion des énergies vertes, etc.".

Les prix iront-ils en dessous de 40 dollars le baril ? L'ancien PDG de Sonatrach ne le pense pas car cela "n'arrange pas les intérêts des multinationales".

Les prix moyens du baril "s’établiront entre 50 et 60 dollars durant l’année 2016" prédit-il.

Quant au prix du gaz, il baissera également car indexé sur celui du pétrole et le marché gazier sera fortement influencé par l’injection de grandes quantités de gaz iranien dans les marchés mondiaux.

"L’Irak va produire à pleine capacité, et l’Iran, grand producteur de gaz, réinvestira en force les marchés. Les prix du gaz vont baisser d’ici la fin 2016. "