MAROC
03/08/2015 09h:31 CET | Actualisé 03/08/2015 10h:07 CET

Aide à la production cinématographique: Historique et mode d'emploi

Shutterstock / STEVEN CHIANG

CINÉMA – Mohamed Achaour, Narjiss Tahiri, Hamid Bennani ou encore Mohamed Zineddaine. Ces réalisateurs figurent parmi les cinéastes ayant obtenu une avance sur recettes pour leurs prochains longs métrages à l'issue de la deuxième session de la Commission d'aide à la production des œuvres cinématographiques en 2015. Le budget accordé à chacun de ces réalisateurs oscille entre 3 et 4 millions de dirhams. Une somme relativement importante qui permettra à ces artistes d’accoucher de leur projet cinématographique, tandis que d’autres verront leur candidature rejetée.

Question: Comment bénéficier de l’aide du Centre cinématographique marocain (CCM) ?

Une aide en hausse

Depuis 1988, où le fonds a consacré une enveloppe de 3 millions de dirhams aux aides à la production, ce budget n'a cessé d’augmenter malgré quelques fléchissements mineurs par moments. Créé en tant que fonds de soutien, cette cellule du Centre cinématographique marocain (CCM) a vite montré ses limites.

En 1987, premier ajustement. "Le soutien automatique et non sélectif ne semble pas créer d'émulation chez les cinéastes", selon le CCM qui invoque "les capacités financières limitées du fonds". C'est ainsi que le fonds décide de se baser sur la taxation des billets de cinéma pour remplir ses caisses et être plus sélectif pour l'octroi du soutien financier. Mais encore une fois, cette nouvelle source de revenus ne semble pas très prolifique, les entrées des salles de cinéma chutant de manière drastique à cause des fermetures en masse des équipements cinématographiques.

De fait, si le Maroc répertoriait plus de 225 salles de cinéma en 1990, ce chiffre se réduit à 31 salles aujourd’hui.

En 2003, une nouvelle réglementation entre en vigueur. Le fonds de soutien devient un fonds d'aide, l’objectif étant de réduire ses pertes. À nouveau statut, nouvelles règles: Le fonds n'octroie plus d’aides à fonds perdus mais des avances sur recettes que les réalisateurs et les producteurs sont tenus de rembourser.

"Tout producteur d’un film ayant bénéficié de l’avance sur recettes est tenu de verser, au compte du Fonds d’Aide, la part revenant à ce Fonds sur chaque recette réalisée lors de la commercialisation dudit film", prescrit l'article 17 du cahier des charges du fonds d'aide à la production cinématographique nationale. Parallèlement, le fonds d'aide élargit le spectre de ses revenus. Ces derniers proviennent essentiellement "d'un pourcentage de la taxe sur la publicité audiovisuelle du Fonds pour la promotion du paysage audiovisuel national ainsi que de 5% de la taxe parafiscale sur les spectacles cinématographiques".

Plus de budget, c'est aussi se fixer des ambitions plus grandes. Avec le fonds d’aide, le CCM souhaite "accroître la production des films marocains" et par la même occasion, permettre la création de plus d'emplois dans le secteur, "développer la coproduction internationale", "conserver le patrimoine filmique" en gardant une copie de l'ensemble des projets soutenus et "promouvoir le film marocain" à l'international.

L'institution peut d'ailleurs se vanter de la participation croissante de productions marocaines à des festivals internationaux. Faouzi Bensaidi, Ahmed Boulane, Farida Belyazid ou encore Hicham Ayouch figurent parmi les réalisateurs soutenus par le CCM qui ont été récompensés dans des festivals internationaux. Dans ce sens, les chiffres sont parlants. "35 premières œuvres, parmi 83 produites, ont obtenu des prix à l’étranger représentant ainsi un pourcentage de 42%", assurait le CCM dans son bilan de l'année 2014.

La nouvelle recette semble tenir la route puisqu'un arrêté publié en septembre 2012 a donné la possibilité aux producteurs de recevoir jusqu'à 60% du coût de la production d'un long-métrage validé par la commission dans une limite de 10 millions de dirhams. Le réalisateur marocain Yassine Fennane est l'un des premiers artistes généreusement soutenus par ce fonds la même année. Pour son dernier long métrage "Karyan Bollywood", il obtient une aide de 5,6 millions de dirhams.

"Il a fallu présenter le projet devant la commission puis de le défendre lors d'un questions-réponses", nous explique le jeune réalisateur qui sort son premier long métrage fin 2015. "Cela va du budget jusqu'au scénario. Des questions artistiques ayant trait à l'écriture et à la vision du réalisateur". Le réalisateur de "Saâ Fil Jahim" affirme n'avoir eu aucun retard de versement des avances octroyées, mais concède "qu'il faut toujours avoir un fonds de roulement" pour pouvoir faire face aux dépenses et remédier aux imprévus.

Jérôme Cohen Olivar est aussi l'un des premiers bénéficiaires de cette nouvelle formule. Le réalisateur de "Kandicha" a ainsi décroché une avance sur recettes de 6 millions de dirhams. Un record. "Cette aide est octroyée en quatre fois. La première tranche est accordée 4 semaines avant le début du tournage, la deuxième au début du tournage, la troisième à la fin du tournage et la quatrième est octroyée à la livraison du film", nous explique Sarim Fassi Fihri, président du CCM.

"Le réalisateur a 18 mois pour commencer à tourner son projet sinon il perd ce bénéfice", nous assure le président du CCM. "Ces 18 mois servent à peaufiner le scénario mais aussi à trouver d'autres financements", explique Sarim Fassi Fihri. Le réalisateur a 12 mois pour livrer son film après le début du tournage.

Sur l'ensemble des projets soutenus depuis 1988, le CCM a encore plus de 115 millions de dirhams d'aides accordées à verser aux réalisateurs. "Ce sont des problèmes internes que connaissent les maisons de production" et qui bloquent parfois le projet, assure le président du CCM qui explique ne pas pouvoir "débloquer des fonds si la situation n'est pas en règle".

À titre d'exemple, "Les larmes d'argent" du réalisateur Mourad Boussif a obtenu une aide de 3 millions de dirhams en 2005 dont seule la moitié a été octroyée par le CCM. "Ce film est encore en chantier, Boussif a eu des problèmes de production avec son associé. Le texte prévoit des dérogations dans les cas de forces majeurs pour protéger le réalisateur au cas où il rencontre des problèmes", assure Sarim Fassi Fihri. Mourad Boussif pourra donc toujours bénéficier de l'ensemble de l'aide promise une fois qu'il remettra en marche son projet, dix ans après que le CCM a décidé de soutenir le projet.

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Des œuvres plus contrôlées

Si le fonds d'aide n'est pas assuré d'être remboursé (les films n’étaient pas systématiquement rentables une fois sortis en salle), une commission composée de onze membres s'assure de la qualité d’œuvres en phase de projet avant de décider de leur accorder une aide.

Le fonds fixe un calendrier de sessions durant lesquelles, les réalisateurs sont tenus de présenter leurs projets. Ces derniers sont jugés selon une dizaine de critères bien définis: cela va de la pertinence du sujet jusqu'au respect des principes dramaturgiques, en passant par la qualité du scénario, la faisabilité du projet et la compétence du réalisateur et de la société de production. La commission insiste aussi sur le fait que le scénario doit être suffisamment explicité pour que le produit final soit le plus fidèle possible au pitch initial.

Dans le cas échéant, des sanctions peuvent tomber à l'encontre de l'auteur. Elles peuvent aller jusqu'à une interdiction "de présenter tout projet de film (…) au bénéfice de l’avance sur recettes pendant une période de trois ans" assortie à l'obligation de rembourser l'ensemble des frais avancés.

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