MAROC
03/08/2015 14h:29 CET | Actualisé 23/10/2016 11h:50 CET

Cinq mythes marocains... On a démêlé le vrai du faux

Cinq mythes marocains... On a démêlé le vrai du faux
Cinq mythes marocains... On a démêlé le vrai du faux

ON-DIT - La croyance populaire voudrait que les Ottomans n'aient jamais envahi le Maroc, que le commandant Cousteau se soit converti à l'Islam, ou encore que Mohammed V ait été aperçu sur la lune. Pour mettre à bas certaines légendes qui ont toujours la cote dans le royaume, le HuffPost Maroc a passé au fact checking cinq des mythes populaires les plus ancrés.

"Les Berbères sont venus du Yémen en passant par l’Ethiopie"

Cette affirmation relayée dans les manuels scolaires marocains est évidemment fausse… Nous sommes au début des années 1920. Le Maroc est sous Protectorat. Partant du principe qu’il faut diviser pour régner, les autorités françaises souhaitent envoyer les élèves berbères dans des écoles "franco-berbères". L’objectif ? Les isoler pour les éloigner de l’influence du mouvement nationaliste. Mieux encore, pour donner du crédit à leur projet, les Français mettent en avant une théorie colonialiste selon laquelle les Berbères seraient de "race européenne", et mettent en place le "Dahir Berbère".

Ce dernier prévoit d’appliquer un droit coutumier qui s’appliquerait aux tribus amazighes du royaume. Les nationalistes ne voient pas d’un bon œil le fait que la France souhaite soustraire les Berbères du Maroc à la législation qui jusque-là prévalait, et mettent en avant l’identité arabo-musulmane des habitants du royaume.

Une vision qui sera consignée dans les premiers manuels d’histoire édités après l’indépendance. Pourtant, la science dit tout autre chose: les archéologues ont trouvé des gravures rupestres témoignant de la présence de Berbères à 8000 ans avant J.-C. Certes, des flux migratoires en provenance d’Afrique subsaharienne et d’Orient sont venus se greffer à cette population aborigène.

Si les revendications de militants berbères ont souvent été étouffées dans le passé, le discours du 17 octobre 2001 de Mohammed VI, reconnaissant l’amazighité du royaume et donnant naissance à l’Institut royal de la culture amazighe, a libéré les revendications culturelles berbères.

"Le visage du sultan Mohammed Ben Youssef est apparu sur la lune!"

Au lendemain de la conférence d’Anfa en 1943, puis du Manifeste de l’indépendance, le sultan Mohammed Ben Youssef est porté par les nationalistes, qui souhaitent l’imposer comme symbole de la lutte pour l’indépendance. Dix ans plus tard, le sultan est envoyé en exil mais le soutien dont il bénéficie ne faiblit pas. Les manifestations et autres rassemblements en solidarité avec le futur roi pullulent partout dans le pays.

La même année, un phénomène étrange se produit: des milliers de Marocains ont déclaré, en 1953, avoir vu le sultan Mohammed V sur la lune. "J’étais là, sur les lieux de l’événement, place Bousbir à Casablanca. J’avais 18 ans à l’époque. Tout à coup, nous avons entendu 'regardez la lune, le sultan Sidi Mohammed y est visible !'. Je l’ai vu, tous les gens se trouvant sur la place l’ont vu, Casablanca l’a vu, le Maroc entier l’a vu", confie un témoin d’époque.

Hallucination collective? Pas sûr… Que s’est-il passé? Les Marocains ont réellement vu Mohammed V sur la lune. Mais rien de mystique dans tout cela. De fait, les nationalistes marocains ont imprimé des photos du sultan, distribuées aux citoyens marocains, à qui il a été demandé de fixer le portrait pendant quelques secondes, puis d’observer la lune. La magie de l’optique fut telle que le sultan leur est apparu sur le satellite naturel.

Les nationalistes n’ont en réalité rien inventé. Ils se sont en effet contentés de reprendre une idée développée par l’unificateur de la nation allemande au XIXème siècle, le Prussien Otto Von Bismarck, basée sur la persistance rétinienne.

Mohammed V ne sera mis au courant du subterfuge et des manifestations de soutien dont il bénéficie qu’en 1955, au moment où il reçoit des délégations marocaines à Madagascar.

"Casablanca est une ville nouvelle"

Souvent considérée (à tort) comme une ville nouvelle sortie de terre à l’arrivée des Français, Casablanca a une histoire plus complexe qu’il n’y paraît. Certes, la ville a connu une expansion sous l’impulsion du maréchal Lyautey en 1915, sur la base des plans de Henri Prost. Seulement, la ville existait bien, au moins quatre siècles auparavant.

D’après Léon l’Africain, né en 1490, Anfa (c’est le nom de l’antique Casablanca) aurait été fondée par les Romains, les Phéniciens ou les Berbères - les historiens n’étant pas parvenus à s’accorder sur l’origine de la cité antique. Anfa, en berbère signifie "cime", ou "sommet" ; en arabe, "Anf" signifie "promontoire", "bec".

De siècles en siècles, Anfa évolue, grandit, change au gré des ethnies et des dynasties qui l’ont possédée: Berbères, Mérinides, Portugais… Jusqu’à finalement être baptisée "Dar El Baïda" (la maison blanche), par le sultan Mohammed Ben Abdellah, en 1770. Avant, bien avant d’être nommé Casablanca par les Français en 1912, et de devenir le pôle économique et culturel marocain d’aujourd’hui.

"Cousteau est musulman"

Si beaucoup de nos compatriotes se plaisent à rappeler, à raison, que Muhammed Ali ou encore Mike Tyson et Diam’s ont choisi d'embrasser l'islam, ils ont tendance à convertir d'autres personnalités à leur insu. C'est le cas de Jacques-Yves Cousteau. Sur de nombreux sites internet et forum marocains, on peut lire des internautes marteler que le célèbre commandant s’est converti à l’islam.

"Le fameux océanographe français M. Jacques Yves Cousteau (…) a embrassé l'Islam après que son incroyable découverte eut été confirmée par le Saint Coran, le dernier et final guide révélé par Allah (Dieu Tout-puissant) à la totalité de l'Humanité et aux Djinns", peut-on ainsi lire entre autres commentaires.

De quoi parle-t-on? Lors d’une mission dans la Mer Rouge, le commandant Cousteau aurait découvert que l’eau salée et l’eau douce ne se mélangeaient pas, ce qui était contraire aux principes fixés par les connaissances de l’époque.

Partageant cette découverte avec un "scientifique" musulman, ce dernier lui répond alors que le Coran fait mention l’impossibilité de ce phénomène à l’endroit où Moise aurait écarté les vagues de la mer.

Face à une telle révélation, Cousteau se serait alors converti à l’islam, trois mois avant sa mort. Face à la rumeur grandissante, la fondation Cousteau a démenti la conversion à l’islam du commandant Cousteau dans un courrier datant du 2 novembre 1991.

"Les Ottomans n'ont jamais envahi le Maroc"

Il est vrai que l’empire ottoman n’a jamais annexé l’empire chérifien. Cette affirmation a été largement enseignée dans les écoles marocaines comme une sorte de fierté, d’exception glorieuse puisque les Ottomans contrôlaient au même moment l’ensemble, ou presque, des territoires où vivaient des populations musulmanes. Pourtant, cette assertion nécessite qu'on y introduise un bémol.

Les tentatives de main mise ottomane sur le Maroc ont commencé dès les années 50 via des opérations de conquête conduites par les Turcs de la Régence d'Alger. En 1554 puis en 1576, ces derniers s’imposent militairement sur les chérifs de Fez. Mais, à chaque fois, les Marocains réussissent à se libérer de leur emprise.

En 1578 a lieu la "Bataille des trois Rois" qui met définitivement fin aux tentatives de conquête du Maroc par les Portugais. Bataille où le Maroc sera grandement épaulé par l’empire Ottoman. Fort de ce "succès",

le sultan Murad envoie en 1580 un courrier à moulay Ahmed où il lui octroie uniquement le titre d’"émir de Fez et de Marrakech" tout en précisant que le rôle de calife lui appartient exclusivement.

En 1589, en guise de réponse -certes tardive- à la lettre du sultan Murad, le chérif marocain rompt définitivement les liens de vassalité qu’il entretenait avec l’empire voisin.

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