ALGÉRIE
27/07/2015 05h:04 CET | Actualisé 27/07/2015 05h:18 CET

300.000 malades mentaux errent dans les rues d'Algérie, selon le professeur Mohamed Tedjiza

femmes dans la rue

Le chiffre parait choquant voire irréel pourtant c'est un homme qualifié, le professeur Mohamed Tedjiza, chef du service psychiatrie à l'hôpital Drid Hocine, à Alger, qui l'énonce dans une déclaration à un quotidien national: 300.000 malades mentaux errent dans les rues avec un grand risque d'aggravation de leur état du fait des chaleurs estivales.

Certains de ces malades, le plus souvent atteint d'Alzheimer, sont exploités dans des pratiques de mendicité. Parmi ces 300.000 malades mentaux, un tiers, soit 100.000, est constitué de personnes âgées entre 60 et 90 ans. Selon, le professeur Tedjiza, la maladie d'Alzheimer affecte désormais plus de 100.000 algériens chaque année.

Ce chiffre de 100.000 personnes affectées par la malade a été déjà avancé par des spécialistes qui s'attendent d'ailleurs à une augmentation du nombre de malades du fait du du vieillissement de la population et de l'accroissement de l'espérance des vie.

20% de ceux qui sont atteints de cette maladie sont abandonnés par leurs familles et errent dans la rue, selon le professeur Tedjiza a mis en garde contre l'impact de la chaleur sur les malades mentaux notamment les plus âgés d'entre eux.

Cette tendance, relativement nouvelle et en rupture avec la tradition, à l'abandon des malades des familles est devenue une réalité. Or, les psychiatres soulignent qu'un traitement réussi des malades passe par une forte implication de l'environnement familial.

Les malades mentaux moins "tolérés" dans les familles

Lors d'un forum organisé par DK News à l'automne 2014, le professeur Tedjiza avait souligné que sans une implication de la famille, le sujet "rechute à 40% durant la première année et à 15% durant le deuxième année".

Le professeur avait, à cette occasion, mis en exergue la montée de "l'intolérance familiale" à l'égard des malades mentaux du fait, en partie, de l'exiguïté du logement. Les membres de la famille ont une "appréhension à dormir sous le même toit qu'un malade mental".

Résultat, ils sont de plus en plus dans la rue dans un pays où les capacités d’accueil des malades mentaux sont limitées et les infrastructures spécialisées encore insuffisantes. Et contrairement à d’autres domaines, le privé n’est pas prêt à s’aventurer dans le domaine de la psychiatrie où les soins fournis sont de longue durée.

Les psychiatres font la "harga" plus que les autres

On peut ajouter que l’Algérie perd régulièrement ses psychiatres qui partent s’établir à l’étranger alors que le nombre de malades s’accroit. Le professeur Farid Chaoui avait déploré que dans les années 90, une période particulièrement traumatisante, l’Algérie a perdu de nombreux psychiatres.

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"On parle de 6000 spécialistes qui sont partis. Certaines spécialités se sont vidées, comme la psychiatrie. En face, il y avait une pompe aspirante qui a fonctionné" notait-il. Le phénomène ne s’est pas arrêté dans les années 2000.

Selon une étude du Conseil National de l’Ordre des Médecins (CNOM) français publiée en novembre 2014, les médecins algériens exerçant en France dépassent les 10.000 et représentent le quart du nombre total de médecins étrangers, estimés à 40.354 en activité régulière.

Les psychiatres sont les plus nombreux et représentent 41% du total des médecins algériens suivis par les ophtalmologues (36.9%) et les gynécologues, 15.7%.

Pourquoi les psychiatres ont-ils plus tendance à partir alors que manifestement il y a un besoin ? Le chercheur algérien au Centre de recherche en économie appliquée pour le développement (Cread), Ahcen Zehnati, dans un entretien à Reporters y répond par d’autres questions.

"Il faudra s’interroger sur la valeur de la psychiatrie en Algérie. Est-ce qu’elle est valorisée comme il se doit chez nous ou pas ? Si c’est oui, est-ce dans le public ou dans le privé ? Peut-être que socialement parlant, aller consulter un psychiatre est mal vu.

Ce sont des facteurs qui interagissent. Il se peut aussi que le psychiatre soit mal rémunéré par rapport à ses homologues en France. Il se peut aussi que cette spécialité soit trop demandée ailleurs. Ce sont des questions auxquelles seule une enquête de terrain auprès des personnes concernées pourra répondre".

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