MAROC
27/07/2015 14h:19 CET | Actualisé 29/07/2015 14h:01 CET

Le jour où 350.000 Marocains ont été subitement expulsés d'Algérie (VIDÉO)

HISTOIRE - Un reportage de la télé française datant de 1975 revient sur l'expulsion de plus de 350.000 Marocains du territoire algérien, le 18 décembre 1975. Le drame, connu sous le nom de "la marche noire", a concerné environ 45.000 familles.

La vidéo publiée sur la chaine FAR MAROC montre la vie dans ce qui ressemble à un camp, composé de dizaines de tentes. "J'étais à l'école. Un inspecteur de police est venu avec mon extrait de naissance. Il savait que je suis Marocain. Il m'a emmené au commissariat, puis on m'a conduit dans un bus", témoigne Mohammed, douze ans à l'époque, dont la mère, algérienne, a été retenue en Algérie.

"Je voudrais accueillir ma mère au Maroc, dans d'autres circonstances. Elle sera plus heureuse. Pour lui faire savoir qu'un Marocain est plus accueillant que le peuple algérien", confie un jeune Marocain, au bord des larmes.

L'expulsion des Marocains d'Algérie a été décidée par le président algérien Houari Boumédiène, peu après la Marche verte. Alors que certaines familles marocaines disposait de biens immobiliers dans le pays voisins, ces derniers n'ont jamais été indemnisés, l'Etat algérien décidant même de légaliser leur possession par l'Etat, à l'issue de l'article 42 de la loi de finances algérienne de l'année 2010 qui stipule qu'il "est procédé à l'apurement de la documentation tenue à la conservation foncière des annotations qui ont perdu leur caractère d'actualité suite à la dévolution à l'État de la propriété de certains biens immobiliers, consécutivement à des mesures de nationalisation, d'étatisation ou d'abandon par leurs propriétaires".

Durant ce drame, plusieurs couples mixtes et leurs enfants ont été séparés, dont plusieurs n'ont jamais pu se retrouver. Soit parce que les membres originaires d'Algérie ont été retenus, soit parce que les hommes, femmes et enfants marocains, ont été contraints d'emprunter des routes différentes au moment où ils ont été renvoyés d'Algérie vers différentes villes marocaines. Certains durant cet épisode se sont perdus de vue à jamais.

Quarante ans après, les blessures sont loin d'être pansées. Les Marocains déportés d'Algérie ainsi que leurs descendants réclament la reconnaissance des faits par l'Algérie ainsi que la restitution de leurs biens et la facilitation du regroupement des familles. Certains gardent toujours les certificats de propriétés de leurs logements.

En juillet 2005, l'Association pour la défense des Marocains expulsés d'Algérie (ADMEA) voit le jour à Nador. Elle souhaite assurer plus de visibilité à cette épisode douloureux aux yeux de l'opinion internationale. Deux ans plus tard, l'ADMEA adresse un courrier au président algérien Abdelaziz Bouteflika "pour lui exposer leurs revendications et le solliciter d'agir pour régler leurs problèmes". Lettre qui restera sans réponse.

Fatiha Saïdi, Marocaine née en Algérie dont les grands-parents ont été déportés et qui est aujourd'hui députée au Parlement de la région de Bruxelles-Capitale, s'est érigée en porte-parole de la cause à l'international. Le 18 janvier 2012, elle a déposé une proposition de résolution aux sénateurs afin d'intervenir auprès de l'Algérie pour qu'elle livre des explications face aux revendications des victimes. La même résolution recommande au Maroc d'apporter "son soutien à l'action que mènent les associations des victimes de ces expulsions".

Le Maroc ne tarde pas à réagir via Youssef Amrani, ministre chargé des MRE qui affirme que "le Maroc n'abandonnera jamais les Marocains expulsés d'Algérie". De son côté, l'Algérie objecte que "les Marocains expulsés d'Algérie n'étaient pas tous propriétaires". Une reconnaissance à demi-mot ?