MAROC
23/07/2015 14h:32 CET | Actualisé 23/07/2015 14h:34 CET

La boxe au féminin: Rencontre avec les boxeuses de l'Équipe nationale marocaine de boxe anglaise (PHOTOS)

SPORT - À plus de 70 kilomètres au sud de Casablanca, la petite cité d’Azemmour abrite le tout nouveau centre d’entraînement de l’Equipe nationale marocaine de boxe anglaise. Cinq championnes suent sang et eau pour préparer les JO 2016.

Cap sur la salle d’entraînement, d’où émane une musique assourdissante et rythmée. Cinq femmes sautillent sur place, battent l’air de leurs bras musclés et font onduler leurs bassins, préparant leur corps aux combats. Ces championnes briguent toutes une qualification pour les prochains Jeux Olympiques de Rio de Janeiro en 2016.

boxe maroc

Corps à corps

Elles s’appellent Soukeina, Leila, Hasna, Asmaa et Zohra. Elles ont entre 20 et 30 ans et, pour se préparer aux combats, elles s’entraînent du lundi au vendredi, deux fois par jour, durant une heure et demie. La séance débute par un échauffement, puis par une préparation express au corps à corps.

boxe maroc

Bandelettes serrées autour des poignets, vaseline étalée sur le visage pour permettre aux coups de glisser, protège-dents en place, gants de boxe chaussés, les "Wonder Women" sont fin prêtes à aller au combat. Les coups fusent, brusques et incisifs. Elles esquivent, pour défendre un territoire: celui du corps.

boxe maroc

L’entraîneur, un Ukrainien qui s’occupe de l’équipe féminine depuis près de neuf mois, prodigue ses conseils. Dans la salle, l’anglais, la darija et le français se mélangent. La cloche sonne pour mettre fin au premier round. Les filles récupèrent, s’hydratent, écoutent les conseils…

boxe maroc

Après une dizaine de rounds de deux minutes chacun, le coach demande aux filles de s’entraîner sur des sacs de frappes, avant d’enchaîner sur plusieurs minutes de corde à sauter, qui permettent d’améliorer le jeu de jambes, l’équilibre et l’endurance, puis, sur une série de pompes. Place maintenant aux étirements, pour éviter de trop souffrir après ces

séances d’entraînement intenses.

boxe maroc

En avant les J.O!

Les filles raccrochent les gants. Un passage rapide par la douche. Dans la partie du centre réservée aux femmes, les boxeuses ouvrent les portes de leurs chambres où elles dorment, préparent du thé, se reposent et discutent. Un amoncellement d’habits, de cosmétiques en tous genres, de peluches et de souvenirs remplit la pièce.

Elles enfilent leurs djellabas, se parent d’un foulard et déploient leurs tapis de prières. Quelques minutes plus tard, elles s’affairent à maquiller leurs peaux. Coquette, Asmaa revient vêtue d’un jean moulant ses formes sculpturales, d’un petit top aux couleurs vives, d’une jolie coiffure torsadée, la bouche rouge et les yeux khôlés.

C’est l’heure de passer à table. L’entraînement de haut niveau rime souvent avec rigueur diététique. Zohra par exemple devait perdre deux kilos pour pouvoir concourir dans sa catégorie de poids le 17 juin en Slovaquie (lire encadré plus bas).

Au déjeuner, chacune évoque la difficulté d’entretenir une relation amoureuse, à cause de leur emploi du temps chargé. "Les hommes marocains n’aiment pas tellement les femmes musclées, ça ne les attire pas" explique l’une d’elles. "La carrière d’une boxeuse s’arrête à 40 ans, mais moi je veux m’arrêter avant", confie une autre.

Concernant leur avenir, si toutes ou presque parlent du mariage, plusieurs d’entre elles ne comptent pas s’arrêter là, et évoquent leur désir d’ouvrir une salle de sport ou de devenir coach.

Si jusque-là, les boxeuses marocaines ont surtout brillé sur le continent africain, elle ne cachent pas leur ambitions olympiques, depuis les JO de Londres en 2012, année à laquelle le noble art a été ouvert aux femmes au cours de cette compétition.

Pour Mounir Barbouchi, directeur technique de l’équipe nationale de boxe, "le Maroc a deux chances de qualifications: une au Championnat du Monde et une autre au Championnat d’Afrique en 2016 dans les catégories 60 et 75 kilos". "La plus belle performance a été celle du Championnat du monde 2015. Nous avons atteint la 5ème place au classement dans la catégorie 75 kilos", confie-t-il avec fierté.

30.000 à 40.000 dirhams par boxeuses sont nécessaires chaque année. Ces sommes peuvent monter jusqu’à 45.000 dirhams lors d’années pré-olympiques. Elles permettent de couvrir les frais d’entraînement, les déplacements, l’hébergement à l’étranger ou encore les soins médicaux.

Les filles perçoivent 3.500 dirhams d’indemnités mensuelles versés par la Fédération marocaine de boxe. Elles sont également logées et nourries au centre, et touchent des primes variant entre 2.500 et 5.000 dirhams en fonction de l’importance des titres remportés. "Nous sommes d’ailleurs en train de réévaluer ces montants à la hausse", nous confie Mounir Barbouchi. Ici la parité existe: les hommes touchent les mêmes sommes.

LIRE AUSSI:Ces bodybuilders marocains (PHOTOS)