ALGÉRIE
19/07/2015 10h:00 CET | Actualisé 20/07/2015 08h:00 CET

Des historiens plaident pour l'ouverture des archives de la révolution du 1er novembre

AFP

Des historiens algériens plaident pour la "nécessité" d'ouvrir les archives disponibles et inhérentes à la période de la révolution

du 1er novembre afin de les mettre à la disposition aussi bien du grand public que pour un usage spécialisé, soulignant la "valeur" inestimable que revêtent certains documents.

L'agence de presse algérienne (APS) les a contacté pour avoir leur point de vue sur les dernières déclarations du président de l'association des anciens du ministère de l'Armement et des liaisons générales (MALG), Daho Ould Kablia quand aux archives de la révolution.

Les historiens et chercheurs Hassan Remaoun, Amar Rekhila et Mohamed El Korso ont tous appelé à déclassifier ces archives et à les ouvrir aux chercheurs, universitaires, étudiants et même au grand public, abondant ainsi dans le sens de Daho Ould Kablia.

Pour M. Remaoun, chercheur associé au Centre de Recherche en Anthropologie sociale et Histoire (CRASC), il faut, dans une première étape, "mettre de l'ordre" dans ces archives puis de les "protéger", reconnaissant que ce sera un travail de "longue haleine qui doit s'accompagner d'un débat de société".

Estimant que "plus tôt cela se fera, mieux c'est", M. Remaoun souligne le caractère "précieux" de ce fonds documentaire existant en Algérie et devant être préservé "au risque d'être détérioré".

Pour ce faire, poursuit-il, un travail de "classification et d'enregistrement" de la matière qui se trouve en vrac doit se faire par les institutions spécialisées en archivage.

A la question de savoir pourquoi ces archives demeurent "sous embargo", l'universitaire l'impute à une "sous-estimation" entretenue depuis longtemps de l'importance que revêt cette question et à "la peur des effets que pourraient entraîner certaines vérités pas toujours bonnes à dire".

Néanmoins, il se dit convaincu que cela "se fera au fur et à mesure que la société l'imposera, le changement devra forcément se faire sur le long terme", assurant que l'Algérie "n'est pas le seul pays à être réticent".

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Allant dans ce sens, le chercheur en histoire du mouvement national et de la révolution du 1er novembre, Amar Rekhila considère que l'ouverture des archives de cette période de l'histoire du pays "contribuera à répondre à tous les questionnements encore en suspens et à rectifier des erreurs concernant

plusieurs faits".

L'ouverture des archives, plus qu'impérative

Il ajoute que l'ouverture des archives en question est d'autant plus "impérative avant la fin biologique" des témoins vivants de cette période et pouvant, pour ceux qui en ont encore la faculté physique, apporter des précisions, des compléments ou des rectifications sur le contenu des documents, une fois ces derniers rendus publics.

Le chercheur relève, à ce propos, le volume "immense" d'archives remis par le MALG au ministère de la Défense nationale (MDN), au lendemain de l'indépendance. Un volume estimé à quelque 5 tonnes, avait indiqué le président de l'association des anciens du MALG, lors de sa récente sortie médiatique, rappelle-t-on.

M. Rekhila cite, entre autres archives, celles héritées des services secrets de la révolution et dont il convient de s'assurer de "l'entière justesse", considérant qu'elles se sont parfois basées sur des informations fournies par les services secrets français, et comportant forcément des risques de "manipulation" et de "désinformation", avertit-il.

Outre l'intérêt essentiellement pédagogique de rendre accessibles les archives de la guerre d'indépendance, l'enseignant à la faculté des Sciences politiques et des Relations internationales rappelle l'obligation de "restituer" celles qui demeurent toujours en dehors du territoire national notamment en France, Tunisie, Maroc ou encore en Egypte.

L'historien Mohamed El Korso, tout en déplorant et en s'interrogeant sur le "sens de la mise sous scellés" des archives en question, estime que "l'impératif" de la question réside dans "le discours politique".

"C'est une mentalité sclérosée qui empêche l'ouverture des archives, le refus n'est même pas justifié par la peur de vérités qui dérangeraient, car dans l'ensemble, nous en savons assez sur cette période. Cela, même si des réalités demeurent évidemment encore occultées", explicite-t-il.

El-Korso considère qu'à force d'avoir cette attitude, "l'on contribue à faire de la question des archives une véritable bombe à retardement. La révolution algérienne a tellement été idéalisée qu'elle a fini par être déshumanisée, dans le sens où on a oublié que celle-ci a été faite par des hommes qui ne sont pas exempts d'erreurs", argument-il encore.

Revenant sur la "qualité" du fonds documentaire produit par la révolution algérienne, l'historien note que celle-ci s'est appuyée sur une administration "bien structurée" donnant lieu à une "somme de connaissances historiques", citant, en exemple, la déclaration du 1er Novembre qu'il qualifie de "réflexion bien articulée et bien pensée".

El-Korso relève la masse "énorme" d'archives existantes englobant aussi bien des bandes sonores qu'audiovisuelles, des écrits des différents responsables du Front de Libération Nationale (FLN), des cahiers d'instruction militaire, accompagnés de dessins qui sont une "véritable calligraphie qui relève de l'artistique", observe-t-il.

Il cite également une autre masse de documents représentant les échanges inter-wilayas ainsi que ceux avec l'extérieur, dont des enregistrements de discussions des dirigeants du FLN avec des délégations étrangères ou encore des documents

concernant des organisations de masse (jeunes, travailleurs, etc).

"Même les prisons, transformées en un véritable front anticolonial, disposaient de documents enregistrés dont des déclarations de condamnés à mort", insiste l'historien qui déplore qu'il soit "plus facile" d'accéder aux archives de la révolution à Aix-en-Provence (France) qu'à Birkhadem (siège de la Direction générale des Archives).

Un fait "doublement pénalisant", assure-t-il, dans le sens où les historiens français se retrouvent "en avance" en la matière par rapport à leurs confrères algériens dont les déplacements en France coûtent des frais supplémentaires en devises pour accéder à cette documentation.

"Même les archives numérisées par ces chercheurs à partir de leurs travaux en France ne sont pas exploitées en raison de pratiques obstructives et ce, en dépit du fait que la législation consacre le droit d'accéder aux documents souhaités", déplore-t-il.

Un droit qui permet aux chercheurs de solliciter le MDN qui répond "favorablement" lorsque celui-ci est saisi à cet effet, affirme El-Korso, estimant que la connaissance de l'histoire permet au citoyen de "se reconnaître et de se réconcilier avec ses propres institutions".

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