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13/07/2015 09h:28 CET | Actualisé 13/07/2015 09h:37 CET

Des mesures de protection contre le viol pour les femmes des mines sud-africaines

AFP

INTERNATIONAL - Face à la violence subie par les femmes employées dans les mines, Anglo American, le plus gros employé privé d'Afrique du Sud a pris des mesures sans précédent contre le viol. L'entreprise a créé un système qui permet aux femmes de ne jamais se trouver seules dans les dédales des tunnels et de travailler avec d'autres femmes ou des hommes de confiance. Une hotline contre le harcèlement sexuel a également été mise en place, ainsi que des caméras de surveillance et un système de reconnaissance biométrique à l'entrée des vestiaires féminins.

Les conditions de travail éprouvantes et la forte présence d'hommes dans ce milieu professionnel rendent ces mesures nécessaires. A 200 mètres sous terre, entourée par les bruyants tapis roulants qui convoient des tonnes de pierres vers la surface, Bernice Motsieloa, chef de quart de 33 ans, incarne une petite révolution au sein du milieu machiste et violent des mines sud-africaines. 

A la tête d'une équipe essentiellement masculine de 22 personnes dans la mine de platine de Bathopele (nord), cette mère de deux enfants fait partie des milliers de femmes mineurs employées dans ce secteur encore dominé par les hommes. 

Alors que l'interdiction du travail des femmes dans les mines n'a été levée qu'en 1996, 15% des employés de l'industrie minière sont aujourd'hui de sexe féminin, au-dessus de l'objectif de 10% que s'était fixé le gouvernement.

Si Bernice Motsieloa affirme n'avoir jamais subi de violence physique depuis qu'elle est descendue pour la première fois au fond d'une mine d'or il y a 13 ans, elle se souvient en revanche parfaitement des insultes endurées.

"C'était dur. Nous étions ouvertement insultées par nos collègues masculins qui nous disaient que ce n'était +pas notre place+", raconte-t-elle à l'AFP.

"Au départ je voulais démissionner. Nous devions nous défendre face à des hommes qui n'avaient pas l'habitude de travailler avec des femmes", ajoute-t-elle.

Les insultes laissent souvent place au harcèlement, voire pire: selon une étude menée par l'université du Witwatersrand en 2009, les femmes sont fréquemment victimes d'abus sexuels dans le secteur minier, une industrie clé pour l'économie sud-africaine qui emploie près d'un million de personnes. 

"Les hommes voient encore les femmes comme des objets sexuels et les actes sexuels contre de l'aide sont en augmentation", explique le document.

En 2012, à quelques kilomètres du site de Bathopele, au fond d'une autre mine exploitée par Anglo American, une ouvrière a été violée et tuée à coups de pierre. Il y a trois mois, une femme a été violée dans les vestiaires d'une autre mine de la même compagnie, avant de réussir à s'échapper.

"J'étais choquée et je n'avais plus aucune confiance dans ce milieu", se souvient Bernice Motsieloa, qui est désormais en contact permanent avec la surface et la salle de contrôle lorsqu'elle est sous terre.

"Cela a vraiment eu un effet sur moi. Je me demandais "et si quelqu'un surgissait?" ", explique la jeune femme. 

Mineur à la retraite, Elias Mkhonza confirme que lorsqu'il travaillait au fond de la mine, des hommes demandaient des faveurs aux femmes en échange de leur aide pour les tâches les plus éprouvantes.

" "Si je fais ton travail, tu me donnes quelque chose en échange", ça se passe comme ça", se souvient ce mineur qui a travaillé pendant 22 ans dans l'extraction aurifère. Il estime lui-même que les femmes n'auraient "jamais dû être acceptées sous terre".  

"Des femmes sont venues nous parler et nous ont demandé de prendre certaines mesures. Un processus est en cours pour qu'elles se sentent en sécurité dans nos mines", affirme à l'AFP Chris Griffith, le PDG d'Anglo American Platinum.

Dans ce pays, les violences sexuelles sont monnaie courante. Une étude parue sur le site de Nation Master en 2008 montre que la ville de Lesotho (Afrique du Sud) recensait 0,844 agressions sexuelles déclarées à la police pour 1000 personnes, soit le chiffre le plus important au monde, sans compter tous les actes non déclarés.

Le cas sud-africain est un exemple du peu de cas accordé au droit des femmes dans l'appareil judiciaire. En Tunisie, par contre, les textes tentent d'inscrire la protection des femmes, de leur intégrité et de leurs acquis dans l'appareil d'Etat, même si les faits montrent clairement que le combat à mener est encore long.

L'article 46 de la Constitution de 2014 agit à cet effet :

L'Etat s'engage à protéger les droits acquis de la femme, le soutient et œuvre à les améliorer. L’Etat garantit l’égalité des chances entre la femme et l’homme pour assumer les différentes responsabilités et dans tous les domaines. L'Etat œuvre à réaliser la parité entre la femme et l'homme dans les conseils élus. L’Etat prend les mesures nécessaires afin d’éradiquer la violence contre la femme.

Depuis, aucune nouvelle réélle mesure n'a été prise pour lui donner suite.

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