MAROC
12/07/2015 13h:35 CET | Actualisé 12/07/2015 13h:39 CET

Les révélations inédites de Benkirane à Zamane

AFP

INTERVIEW - Dans son numéro de juillet 2015, le mensuel Zamane a publié une longue interview Chef du gouvernement Abdelilah Benkirane. S'étendant sur 24 pages, l'entretien revient sur le passé politique du secrétaire général du PJD, et contient plusieurs révélations inédites. Morceaux choisis.

De l'UNFP à la Chabiba Islamyia

Alors qu'il est membre des jeunesses ittihadies, Abdelilah Benkirane fait une lecture qui changera sa vie: Ma'alim fi tariq (Jalons sur la route) de Sayyid Qutb, un livre où l'on retrouve l'essentiel des idées du maitre à penser des Frères musulmans: ses commentaires sur le Coran, ses réflexions sur la société musulmane ainsi que ses conceptions sur l'avenir des mouvements politiques islamiques. Il faut dire que, même s'il était membre des jeunesses socialistes, Benkirane reconnait avoir toujours "été influencé par la pensée islamique", et qu'il considérait que "le milieu gauchiste ne pouvait convenir au jeune homme que j'étais, qui avait une formation principalement religieuse". Le déclic causé par la pensée de Qutb est tel que le Chef du gouvernement dira qu'il est "devenu une autre personne après avoir lu Sayyid Qutb". Après cette lecture, il change donc de bord politique, et rejoins la Chabiba Islamyia qui venait de voir le jour, et qui donnera naissance, bien plus tard, au PJD.

Du Benkirane gauchiste, le premier secrétaire de l'USFP Driss Lachgar dira qu'il "avait du mal à s'intégrer au sein de la chabiba ittihadie", mais qu'il était, néanmoins, "plus à gauche que beaucoup d'entre nous. C'était un bel homme, qui aimait les femmes".

Benkirane et Abou Naim: les liaisons dangereuses

Entre Benkirane et le prédicateur takfiriste Abou Naim, une vieille histoire d'amitié, heureusement enterrée, vu les sorties virulentes du prédicateur salafiste. Le Chef du gouvernement a révélé avoir "connu Abou Naim à la Chabiba Islamiya" où tous deux militaient. La Chabiba ayant donné naissance à plusieurs courants durant les années 80, nombre de militants l'ont quittée pour lancer leur propre mouvement, Abou Naim en faisant partie.

"Nous nous attendions à la dissolution de notre parti, au lendemain du 16 mai 2003""

L'après 16 mai 2003 a constitué un virage délicat à négocier pour le PJD. Abdelilah Benkirane a révélé qu'au lendemain des attentats, les membres du parti s'attendaient "à ce que le roi annonce la dissolution de notre formation. Le référentiel religieux du parti dérangeait certains hauts responsables de l'Etat". Au lendemain des attentats, les dirigeants du parti rencontre le ministre des Affaires islamiques Ahmed Taoufiq, qui les met "en garde contre le discours que nous adoptions", et leur demandera d'être plus responsables et moins virulent. Le soir de la rencontre, le discours post attentat du roi est diffusé. Il n'y est pas question de dissolution du parti, néanmoins, "le discours royal comportait, lui aussi, quelques mises en garde (...) adressées à notre parti".

Al Adl wa al-Ihsane et le PJD: les frères ennemis

A l'origine de la mésentente entre adlistes et PJDistes, une déclaration faite par le fondateur d'Al Adl, Abdeslam Yassine, qui dira que "Abdelilah Benkirane a trahi la prédication". Une brouille qui intervient au moment où le Mouvement unicité et réforme (MUR), matrice du PJD, a choisi la voie de la participation politique, contrairement à Al Adl wa al-Ihsane, qui s'opposait au régime. La déclaration arrivera aux oreilles de Benkirane, et ce dernier enverra quatre membres du MUR, dont Abdellah Baha, chez cheikh Yassine, afin de s'enquérir sur les raisons l'ayant poussé à l'attaquer. A l'issue de la rencontre, les envoyés de Benkirane rentreront bredouille: Cheikh Yassine a non seulement refusé de s'expliquer, mais aussi de leur garantir que Abdelilah Benkirane ne sera plus attaqué par Al-Adl à l'avenir. Les critiques contre l'actuel Chef du gouvernement dureront donc de 1986 à 1992, date à laquelle Abdeslam Yassine publiera un livre où "il parlait de moi en bien, ce qui m'a surpris", explique Benkirane à Zamane.

Le PJD et le 20 février: des revendications inconciliables

En 2011, quelques jours avant la première marche du Mouvement du 20 février, le PJD a tenu une réunion extraordinaire. A l'ordre du jour, "la question de savoir si le parti adhère au mouvement ou pas", selon Benkirane. Vers la fin de la rencontre, il a été décidé que le parti de la lampe se tiendra loin du 20 février, mais c'était compter sans la présence de sympathisants du 20 février au sein du PJD, dont Mustapha Ramid, qui "n'a même pas assisté à la réunion" tenue par le PJD, se remémore Benkirane. Néanmoins, Ramid se désengagera rapidement du mouvement. La raison est "qu'après avoir proposé aux militants du 20 février de fixer le plafond des revendications à la monarchie parlementaire, il s'est vu répondre par ces derniers que c'est la rue quoi décidera de l'agenda du mouvement", explique le Chef du gouvernement.

Abdelilah Benkirane, lui, s'est dès le début opposé aux revendications du 20 février, en raison de "l'incompatibilité de la monarchie parlementaire avec le modèle marocain. Notre pays a besoin d'un roi fort, d'un roi qui gouverne", a-t-il déclaré à Zamane.

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