MAGHREB
07/07/2015 09h:27 CET | Actualisé 07/07/2015 10h:08 CET

Tunisie: Human Rights Watch met en garde contre l'atteinte aux les liberté individuelles par l'état d'urgence

Facebook/MI

POLITIQUE - L'état d'urgence décrété en Tunisie après l'attentat sanglant contre un hôtel ne doit pas "supprimer" les libertés et les droits acquis depuis la révolution 2011, a déclaré mardi Human Rights Watch (HRW).

"L'imposition de l'état d'urgence ne donne pas au gouvernement tunisien le droit de supprimer les droits humains et les libertés fondamentales", écrit cette organisation de défense des droits de l'Homme, basée à New York, dans un communiqué.

Le président Béji Caïd Essebsi a décrété samedi l'état d'urgence sur tout le territoire tunisien pour 30 jours en "raison des "dangers menaçant le pays", huit jours après l'attentat sur la plage et dans un hôtel au Port d'El Kantaoui ayant coûté la vie à 38 touristes.

"Les défis auxquels la Tunisie fait face en matière de sécurité justifient sans doute une réponse ferme, mais pas l'abandon de droits dont la garantie dans la constitution promulguée après la révolution a été obtenue de haute lutte par les Tunisiens", a souligné Eric Goldstein, directeur adjoint à HRW pour le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord dans ce communiqué.

La proclamation de l'état d'urgence a suscité des interrogations, certains craignant une restriction des libertés publiques.

Dans ce contexte, neuf ONG, dont HRW, Amnesty International et Reporters sans frontières, ont adressé mardi une lettre au Parlement tunisien pour le mettre en garde contre des "failles" dans le nouveau projet de loi anti-terroriste que le gouvernement a soumis fin mars à l'Assemblée des représentants du peuple.

Le texte, qui est en cours d'examen par le Parlement, comporte des dispositions pouvant porter "atteinte aux droits et libertés publiques et individuelles", ont-elles ajouté.

Selon elles, il autorise par exemple la police à "maintenir un suspect en garde à vue pendant une durée maximale de 15 jours sur simple accord d'un procureur et sans comparution de la personne devant un juge". "Pendant ce délai, le suspect ne serait pas autorisé à communiquer avec un avocat ou avec sa famille, ce qui accentue le risque de mauvais traitement ou de tortures", dénoncent-elles.

S'exprimant mardi devant la presse, le ministre tunisien chargé de la société civile,Kamal Jendoubi, a estimé à ce propos que "quand la sécurité est visée et quand on est face à des criminels armés (...) le premier des droits est celui d'assurer la sécurité et la garantie de la vie humaine".

Selon lui, l'état d'urgence "ne fait qu'élever le taux de vigilance dans le pays (...), mais cela n'a jamais menacé la liberté en Tunisie".

L'état d'urgence accorde des pouvoirs d'exception aux forces de l'ordre. Il autorise notamment les autorités à interdire les grèves et les réunions "de nature à provoquer ou entretenir le désordre", à fermer provisoirement "salles de spectacle et débits de boissons" ainsi qu'à "prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications".

La Tunisie a déjà vécu plus de trois ans sous l'état d'urgence, du 14 janvier 2011, quelques heures avant la fuite du dictateur Zine El Abidine Ben Ali dans la foulée du soulèvement qui a lancé le "Printemps arabe", à mars 2014.

Retrouvez les articles du HuffPost Tunisie sur notre page Facebook.

Retrouvez les articles du HuffPost Maghreb sur notre page Facebook.