MAGHREB
05/07/2015 12h:42 CET | Actualisé 05/07/2015 12h:54 CET

Tunisie: La proclamation de l'état d'urgence après l'attentat de Sousse suscite des interrogations

Tunisian police officers guard the Imperial Marhaba hotel during visit of top security officials of Britain, France, Germany and Belgium in Sousse, Tunisia, Monday, June 29, 2015. British Home Secretary Theresa May, French Interior Minister Bernard Cazeneuve, German Interior Minister Thomas de Maiziere and Belgian Interior Minister Jan Jambon joined their Tunisian counterpart on the beach in front of the Imperial Marhaba hotel in the Mediterranean resort of Sousse for the tribute Monday. (AP Pho
ASSOCIATED PRESS
Tunisian police officers guard the Imperial Marhaba hotel during visit of top security officials of Britain, France, Germany and Belgium in Sousse, Tunisia, Monday, June 29, 2015. British Home Secretary Theresa May, French Interior Minister Bernard Cazeneuve, German Interior Minister Thomas de Maiziere and Belgian Interior Minister Jan Jambon joined their Tunisian counterpart on the beach in front of the Imperial Marhaba hotel in the Mediterranean resort of Sousse for the tribute Monday. (AP Pho

POLITIQUE - La proclamation de l'état d'urgence plus d'une semaine après un attentat ayant coûté la vie à 38 touristes suscitait des interrogations dimanche, certains craignant une restriction des libertés publiques et dénonçant une atteinte à la Constitution.

Huit jours après l'attentat jihadiste le plus sanglant de l'histoire tunisienne, le président Béji Caïd Essebsi a créé une certaine surprise en proclamant samedi l'état d'urgence "sur tout le territoire tunisien pour 30 jours", une période susceptible d'être renouvelée.

Une mesure d'exception décidée "au vu des dangers qui menacent le pays" et de la "guerre d'un genre spécial" qu'il doit affronter, a ajouté le chef de l'Etat en avertissant: "Si les évènements de Sousse se répètent, l'Etat va s'effondrer".

La Tunisie a déjà vécu plus de trois ans sous état d'urgence, du 14 janvier 2011, quelques heures avant la fuite du dictateur Zine El Abidine Ben Ali dans la foulée du soulèvement qui a lancé le "Printemps arabe", à mars 2014.

Pouvoirs d'exception

L'état d'urgence accorde des pouvoirs d'exception aux forces de l'ordre. Il autorise notamment les autorités à interdire les grèves et les réunions "de nature à provoquer ou entretenir le désordre", à fermer provisoirement "salles de spectacle et débits de boissons" ainsi qu'à "prendre toutes mesures pour assurer le contrôle de la presse et des publications de toute nature".

Il s'agit d'"une décision salutaire qui doit être confortée par une adhésion populaire et un engagement clair de la part de toutes les composantes de la société civile à soutenir nos différentes unités sécuritaires", a réagi le quotidien francophone La Presse dans son éditorial.

Mais le quotidien arabophone Al Maghreb s'interrogeait sur les possibles conséquences pour les libertés en se demandant en une: "La guerre... contre les sit-ins, les grèves, la presse et la culture?!".

Le fait que le président ait commencé son discours à la nation de la veille par une évocation des grèves et mouvements sociaux, en dénonçant cette "nouvelle politique de 'soit je travaille, soit personne ne travaille'", a été abondamment commenté.

"Il y a vraiment une crainte que décréter l'état d'urgence puisse s'accompagner d'une criminalisation des mobilisations sociales", estime Hamza Meddeb, chercheur invité du Centre Carnegie au Moyen-Orient. "Il y a un malaise social dans le pays et face à cela, on décrète l'état d'urgence. Il y a des risques que ses implications soient utilisées pour réprimer les revendications sociales".

Grèves et sit-in se multiplient depuis la révolution de 2011. Ainsi, dans le bassin minier du centre du pays, les sites producteurs de phosphate ont récemment été paralysés pendant près de deux mois.

M. Meddeb doute par ailleurs de l'efficacité de l'état d'urgence dans la situation actuelle. Car "le problème en Tunisie, c'est l'absence d'une stratégie nationale de lutte contre le terrorisme qui mettrait en place une véritable collecte des renseignements, un contrôle des sites sensibles".

Atteinte à la Constitution

Le Congrès pour la république (CPR), parti de l'ancien président de la république Moncef Marzouki, a qualifié dimanche cet état d'urgence proclamé par Caïd Essebsi selon le décret 78-50 du 26 janvier 1978, d'"infraction claire à la Constitution", appelant à "créer un nouveau cadre pour les états d'urgence".

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Posted by ‎CPR - Page Officielle |المؤتمر من أجل الجمهورية - الصفحة الرسمية‎ on dimanche 5 juillet 2015

Le CPR a également appelé le président de la république a "dire la vérité au Tunisiens sur les vraies raisons de cette annonce".

Le précédent état d'urgence en Tunisie était entré en vigueur en janvier 2011 et avait été levé par l'ex-président de la République Moncef Marzouki, le 6 mars 2014.

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