MAGHREB
04/07/2015 10h:27 CET | Actualisé 04/07/2015 11h:13 CET

Après les attentats à Sousse, le tourisme tunisien va devoir se réinventer

Tourists take part in a gathering in solidarity with Tunisia's tourism industry, on June 29, 2015 on the island of Djerba, following a deadly gun attack at a holiday resort near Sousse. Tunisia said it had made its first arrests after a beach massacre on June 26 that killed 38 people, as European officials paid tribute to victims of the country's worst jihadist attack. AFP PHOTO / FETHI NASRI        (Photo credit should read FETHI NASRI/AFP/Getty Images)
FETHI NASRI via Getty Images
Tourists take part in a gathering in solidarity with Tunisia's tourism industry, on June 29, 2015 on the island of Djerba, following a deadly gun attack at a holiday resort near Sousse. Tunisia said it had made its first arrests after a beach massacre on June 26 that killed 38 people, as European officials paid tribute to victims of the country's worst jihadist attack. AFP PHOTO / FETHI NASRI (Photo credit should read FETHI NASRI/AFP/Getty Images)

Sous le choc des récentes attaques, la Tunisie doit réinventer son modèle touristique au delà des seuls séjours

"plage et soleil" afin d'attirer de nouveaux visiteurs, affirment professionnels du secteur et analystes.

En l'espace de trois mois, deux attentats sanglants revendiqués par le groupe Etat islamique (EI) ont tué 59 touristes étrangers: 21 au musée du Bardo, en mars, et 38 dans l'hôtel à Port El Kantaoui la semaine dernière.

En plus de l'émotion provoquée par ces violences, c'est un coup dur pour l'économie. Le secteur représente 400.000 emplois directs et indirects et une source importante de devises pour la Tunisie, dont le dinar n'est pas convertible.

L'impact économique de l'attaque de Port El Kantaoui pourrait atteindre au moins un milliard de dinars (plus de 450 millions d'euros) en 2015, selon la ministre du Tourisme Selma Elloumi Rekik.

"C'est un minimum je pense", a-t-elle ajouté, alors que le budget de l'Etat tunisien pour 2015 approche les 29 milliards de dinars (13,3 milliards d'euros).

A court terme, l'avenir s'annonce donc sombre. Dès le soir de l'attentat perpétré sur une plage et au bord des piscines de l'hôtel Imperial Marhaba, des milliers de personnes ont été rapatriées en catastrophe par leurs agences.

Pour pallier aux départs et annulations, des mesures "d'urgence" ont été annoncées par le ministère pour soutenir les professionnels, comme des "prêts exceptionnels (...) pour financer l'activité des établissements touristiques pour les saisons 2015 et 2016".

Des solutions qui sont loin de faire l'unanimité car elles sont "contextuelles (et) à court terme", dénonce l'ONG Forum tunisien des droits économiques et sociaux (FTDES).

"Plus aussi rentable"

D'autant que le tourisme balnéaire de masse sur lequel s'appuie la Tunisie n'est plus aussi rentable.

"Le modèle du tourisme tunisien (...) a fait ses preuves jusqu'au début des années 2000", explique Jalel Henchiri, vice président de la Fédération tunisienne de l'hôtellerie (FTH), en soulignant un manque de qualité général, qu'il s'agisse de l'accueil ou de l'environnement.

Le tourisme a explosé dans les années 1990, avec un doublement "rapide et sauvage" de sa capacité d'accueil, puisqu'il misait sur le tourisme balnéaire avec le plus souvent des forfaits "all inclusive" (tout compris), ajoute-t-il.

Avant la révolution qui a chassé en 2011 le dictateur Zine El Abidine Ben Ali du pouvoir, une restructuration du secteur avait été envisagée, selon lui.

"Aujourd'hui, avec les menaces sécuritaires, il serait peut-être inopportun de continuer à soutenir un secteur mourant et qui fonctionne à perte. C'est plutôt la Tunisie qu'il faut sauver de ce tourisme archaïque vers un tourisme plus innovant et plus rentable", affirme le quotidien La Presse.

Surtout, le pays a plus à offrir que les séjours tout compris et peut réinventer son offre, jugent analystes et professionnels du secteur, qui représente de 7 à 8% du PIB.

La Tunisie peut miser sur le tourisme "bio, sportif, scientifique, médical..", argue Sami Aouadi, professeur d'économie et conseiller à l'UGTT, le principal syndicat tunisien.

"Cette niche du tourisme médical, c'est peut-être par là que l'on pourra recommencer à redonner un coup d'élan au tourisme", estime aussi Jean-Luc Bernasconi, économiste en chef au bureau de la Banque Mondiale à Tunis.

S'y ajoute le tourisme régional. "Depuis la révolution, nous travaillons plus avec les Arabes qu'avec les touristes occidentaux. Il y a des Algériens, des Libyens, des Marocains, des Egyptiens...", explique Houssine Ben Ghorbal, vendeur dans la médina de Tunis.

Même si, avec un tiers des nuitées, le tourisme limitrophe sera insuffisant à court terme pour pallier aux récentes annulations, selon M. Henchiri.

A charge enfin des autorités de rassurer des touristes marqués par les images de l'attentat, et de prouver qu'elles pourront assurer leur sécurité, soulignent les professionnels.

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