ALGÉRIE
04/07/2015 13h:18 CET | Actualisé 04/07/2015 13h:34 CET

La protestation de Bouteflika : "L'Algérie n'est pas un champ de prédilection de la corruption !"

corruption "L'Algérie n'est pas un champ de prédilection de la corruption !". C'est presque un cri de protestation qu'émet le président de la République Abdelaziz Bouteflika une semaine après la publication d’un rapport du département d’Etat américain qui met en relief l’absence de transparence de l’Etat algérien et la gravité du problème de la corruption.

Dans son message à l'occasion de la commémoration du jour de l'indépendance nationale, le président s’insurge de la piètre image qu'à l'Algérie en matière de corruption.

"L'évocation des sacrifices de notre peuple ainsi que des progrès qu'il a concrétisés, est nécessaire pour barrer la voie au pessimisme que peut nourrir un sort individuel encore difficile, ou que peut susciter le nihilisme politicien " note le président Bouteflika. " En effet, il importe de dire que l'Algérie n'est pas un champ de prédilection de la corruption", a-t-il ajouté.

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Le fléau de la corruption est "combattu sévèrement avec le glaive de la loi" a indiqué Bouteflika en invitant ceux qui en douteraient à prendre "connaissance du rapport élaboré sur notre pays dans ce domaine, par l'instance des Nations unies chargée du suivi de la mise en œuvre de la Convention internationale pour la prévention et la lutte contre la corruption".

En cherchant les documents "Algérie" sur le Convention internationale, on trouve effectivement des rapports qui donnent satisfecit en matière d'arsenal juridique de la lutte contre la corruption. Sans pour autant s’engager, ni dans un sens, ni dans un autre, sur la réalité de la corruption.

Un arsenal juridique qui s'est renforcé au cours des dernières années et don la réalité n'est pas contestée par les observateurs. A titre d'exemple, l'Association Algérienne de lutte contre la corruption (AACC) met surtout en exergue l'absence de volonté politique d'appliquer la loi dans ce domaine.

Le décalage entre la loi et la pratique

C'est moins une affaire de loi que d'application de loi, martèle régulièrement, Djilali Hadjadj. Porte-parole de l’Association algérienne de lutte contre la corruption (AACC).

"S’il y avait une police judiciaire et une justice indépendantes, la corruption ne serait pas restée impunie. Et la dépendance sans cesse grandissante de la justice à l’égard de l’Exécutif n’est pas faite pour arranger les choses" relevait-t-il dans un entretien à El Watan.

L'Algérie qui vient de connaitre ces dernières semaines de procès d'affaires de corruption comme l'autoroute est-ouest et Khalifa Bank, est citée dans des affaires enclenchées à l'étranger. C'est le cas de l'affaire Saipem-Sonatrach dans laquelle l'ancien ministre de l'énergie, Chakib Khelil, un des membres du premier cercle présidentiel, est directement cité comme ayant reçu des pots-de-vin en contrepartie de l'octroi de contrats.

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Si le président cite l’instance onusienne chargée du suivi de la Convention internationale pour la prévention et la lutte contre la corruption", d’autres institutions dont l’ONG Transparency International et le département d’Etat américain donnent une image peu reluisante de la performance de l’Algérie dans ce domaine.

Mauvaise image

Dans le classement "2014 Corruption Perceptions Index” de l'ONG Transparency International, l'Algérie a reculé à la 100ème place alors qu'elle était à la 94ème en 2013.

Le même constat du décalage entre la loi et l'application a été mis en relief récemment dans le rapport 2015 du département d'Etat américain sur les pratiques des droits de l'homme dans le monde rendu public jeudi 25 juin.

Le rapport a pointé l’absence de transparence et constate que la corruption est un vrai problème en Algérie en citant à cet effet les données sur la gouvernance de la Banque Mondiale et l'Indice de perception de la corruption de Transparency International.

"La corruption au sein du gouvernement découle en grande partie de la nature d'une bureaucratie pléthorique et de l'absence d'un contrôle transparent" note le rapport qui constatait au passage que le trés sulfureux Chakib Khelil n'apparaissait plus depuis décembre 2013 dans la liste "personnes recherchées" d'Interpol.

"Les mandats contre l'épouse et les enfants de M. Khelil restent de vigueur mais depuis décembre 2013, le gouvernement n'a pas renouvelé les charges contre lui" note placidement le rapport.

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