MAGHREB
02/07/2015 15h:09 CET | Actualisé 03/07/2015 05h:38 CET

Attentat en Tunisie - Salah Zghidi: "Le combat contre le terrorisme est un combat politique avant d'être armé" (INTERVIEW)

A hooded Tunisian police officer stands guard as British Home Secretary Theresa May, right, Tunisian Interior Minister Mohamed Najem Gharsalli, 2nd right, and French Interior Minister Bernard Cazeneuve, left, pay respect to the victims of Friday's shooting attack on the beach in front of the Imperial Marhaba hotel in the Mediterranean resort of Sousse, Tunisa, Monday, June 29, 2015. Seven people are being interrogated in Tunisia's capital in the investigation into a deadly beach resort attack th
ASSOCIATED PRESS
A hooded Tunisian police officer stands guard as British Home Secretary Theresa May, right, Tunisian Interior Minister Mohamed Najem Gharsalli, 2nd right, and French Interior Minister Bernard Cazeneuve, left, pay respect to the victims of Friday's shooting attack on the beach in front of the Imperial Marhaba hotel in the Mediterranean resort of Sousse, Tunisa, Monday, June 29, 2015. Seven people are being interrogated in Tunisia's capital in the investigation into a deadly beach resort attack th

TERRORISME - Comment expliquer la recrudescence des attaques jihadistes en Tunisie? Comment comprendre qu'un jeune étudiant, inconnu des services de sécurité, ne se transforme en un meurtrier sanguinaire au profit d'une organisation terroriste? La Tunisie fournit le plus gros contingent de jihadistes à l'Etat islamique en Syrie et en Irak. Les attaques terroristes en Tunisie, qui ciblaient principalement les forces armées, visent à présent les civils.

Après chaque attaque terroriste en Tunisie, les interrogations restent les mêmes et les réponses apportées par les autorités sont peu convaincantes pour une partie de l'opinion publique. Si la misère et le désenchantement d'une partie de la jeunesse tunisienne peut expliquer son exclusion de la société et sa disposition à céder aux chants des sirènes jihadistes, pour Salah Zghidi, le problème est surtout idéologique.

Selon le président de l’association pour la défense de la neutralité de l’Administration et des Mosquées et secrétaire général de l’association SOS terrorisme, "le combat contre le terroriste est un combat politique". Entretien.

HuffPost Tunisie: Comment évaluez-vous les politiques de lutte contre le terrorisme ?

Salah Zghidi: Ceux qui gouvernent actuellement n’ont ni le charisme ni l’audace des vrais politiques. Indépendamment de leur bonne volonté, ils ne sont pas porteurs d’idées, d'une vision, d’un plan structurel afin de combattre le terrorisme. Ils ont le profil des petits gestionnaires sans expérience. Ils n’ont pas l’aura nécessaire pour imposer quoi que ce soit, alors que le combat contre le terrorisme est un combat politique avant d’être un combat armé.

Ensuite, avant de parler du combat contre le terrorisme, il faut tout d’abord déterminer qui nous combattons. On présente les terroristes comme des bandits, des criminels qui torturent, égorgent…Mais on explique rarement ce qui les motive: en l’occurrence un Etat islamique gouverné par la charia. Le terrorisme est le fruit d’une pensée terroriste qui n’est pas porté uniquement par les terroristes armés.

Qui sont les porteurs de cette pensée?

Tous ceux qui prônent un Etat théocratique aussi bien les partis politiques, les associations, les individus qu’on présente comme des "loups solitaires" qui passent à l’action. Je ne mets pas tout ce monde dans le même sac. Toutefois quand on instrumentalise la religion à des fins politiques, on a un potentiel terroriste.

D’abord, Ennahdha. Ce parti était impliqué en 1987 dans une attaque terroriste à Sousse même. Sans oublier Bab Souika. C’est vrai qu’il prétend depuis renoncer à la violence mais il n’a jamais renoncé à l’enchevêtrement périlleux entre politique et religion. Il n’a jamais sorti un communiqué où il affirme qu'il abandonne clairement son idéal: un Etat islamique régi par la charia. Quand ils ont concédé au retrait de l’inscription de la charia dans la constitution, je me rappelle bien de la déclaration de Rached Ghannouchi, chef du parti, expliquant que ceci est dû au fait que la société tunisienne n'était pas encore prête pour la charia. Ce n’est dès lors qu’un retrait tactique. Ce même Rached Ghannouchi avance cette même justification aux salafistes dans la vidéo qui a circulé sur les réseaux sociaux. Rappelons-nous aussi de Habib Ellouz, membre du parti Ennahdha, encourageant les jeunes tunisiens à aller faire le jihad en Syrie. Un autre parti, Hizb Ettahrir, actif sur le champ politique, joue sur la fibre religieuse, alors qu’il ne reconnait pas la République, ni les lois de ce pays.

L’annonce de la fermeture des mosquées illégales était-elle à même de minimiser l’embrigadement de nouvelles recrues jihadistes?

Mieux vaut tard que jamais. C’est trop peu, trop tard, car entretemps les discours politiques dans les mosquées n’ont jamais cessé. Il n’y a qu’à entendre le prêche de Ridha Belhaj, chef du parti Hizb Ettahrir, au lendemain des attaques de Sousse, pour ne citer que lui. Au-delà de cela, il faut une refonte du discours religieux dans les mosquées. En effet, certains imams considèrent Hassan Benna ou Sayyid Qutb, (des idéologues de l’islamisme) comme des références. Ces imams empoisonnent tout traitement efficace du terrorisme. Leurs prêches sont retranscrits dans les médias! Les médias dont certains sont les porte-voix de l’islamisme. Là encore c'est un vaste chantier auquel il faut s’atteler. J’appelle l’Etat à y remédier, en urgence.

L’éducation nationale est aussi minée par une culture despotique, le refus de l’autre…quel modèle de vivre-ensemble on inculque aux prochaines générations!

Certains crient haro sur une éventuelle dérive liberticide, une confiscation des libertés au nom du combat contre le terrorisme. Qu’en pensez-vous?

On n’est pas obligés de choisir entre la peste et le choléra. Le terrorisme frappe partout, même dans les Etats démocratiques tels que la France, l’Angleterre ou l’Espagne. Ces Etats combattent le terrorisme tout en garantissant les libertés. En Tunisie, il suffit parfois d’appliquer les lois. A titre l’exemple, il faut appliquer les lois de 2011 sur les associations et sur les partis politiques qui interdisent l’octroi d’un visa d’activité à ceux qui ne reconnaissent pas les principes républicains, les droits humains…ainsi le parti Ettahrir sera banni par la loi.

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