26/06/2015 05h:47 CET | Actualisé 26/06/2015 07h:24 CET

Journée mondiale contre le trafic de drogues: Et si le Maroc légalisait le cannabis? (INTERVIEW)

Alors que le royaume reste le premier exportateur mondial de cannabis, certains responsables politiques appellent à sa dépénalisation.
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Alors que le royaume reste le premier exportateur mondial de cannabis, certains responsables politiques appellent à sa dépénalisation.

SOCIÉTÉ - Le 26 juin, le monde est appelé à célébrer la journée internationale contre l’abus et le trafic de drogues. Alors que le royaume reste le premier exportateur mondial de cannabis, certains responsables politiques appellent à sa dépénalisation. C’est le cas de Mehdi Bensaid, député du PAM, qui prône la légalisation de la culture du kif dans certaines conditions.

HuffPost Maroc: Pourquoi êtes-vous pour la dépénalisation du cannabis?

Mehdi Bensaid: Je suis pour la légalisation de la culture du cannabis à des fins thérapeutiques ou industrielles. Car aujourd’hui, cette plante a démontré qu’elle pouvait être utilisée à d’autres fins que celle "récréative", comme la transformation en médicaments ou en produits du textile (chaussures et habits par exemple). Plusieurs pays dans le monde, comme le Canada, la Suisse ou les Etats-Unis, ont déjà montré les nombreuses vertus médicales de cette plante.

Vous ne souhaitez donc pas la légalisation du cannabis pour les consommateurs?

Personnellement, je ne suis pas contre la consommation de cannabis, mais il y a des priorités. Le première étape, c'est d'autoriser la culture du cannabis à des fins thérapeutiques et industrielles. Ensuite, il faut ouvrir le débat sur la consommation personnelle: quelles quantités, quel cadre légal, etc. Mais c'est une seconde étape.

Que gagnerait le Maroc à légaliser le cannabis?

Dans le nord du Maroc, beaucoup de familles cultivent cette plante, c’est un moyen de gagner leur vie. Elles ne le font pas à des fins néfastes. La proposition faite par le gouvernement de remplacer la culture de ces plantes-là n’a pas vraiment fonctionné. Il faut donc trouver une solution pour que tout le monde soit gagnant: les citoyens mais aussi l’Etat. Ce serait aussi une manière de combattre les trafics illégaux. Si nous n’avons pas de chiffres officiels sur ce qu'elle rapporte, étant donné qu'elle est interdite, c’est sûr que cette plante pourrait rapporter une TVA importante pour l’Etat.

Où en sont les deux propositions de loi que vous avez présentées dans ce sens?

Nous avons en effet déjà présenté deux propositions de loi, et l’Istiqlal a fait de même. Une première pour gracier les agriculteurs qui ont cultivé le cannabis pendant des années, et une deuxième qui propose la légalisation à des fins thérapeutiques et industrielles. Il est important de mettre l’accent sur cela car certains trafiquants, qui préfèrent ne pas voir entrer cette loi au Parlement, disent que la drogue risque d’être légalisée partout comme c’est le cas par exemple aux Pays-Bas. Or on en est encore très loin.

Quid des familles qui vivent de cette culture?

Aujourd’hui, 80.000 familles vivent de la culture du cannabis. Si on légalise le cannabis à des fins thérapeutiques et industrielles, les agriculteurs pourront enfin travailler et vivre dans la légalité. L’idée, c’est aussi de créer une agence étatique qui s’occuperait du rachat de cette plante, et qui pourrait ensuite revendre cette matière première aux entreprises pharmaceutiques qui seraient intéressées par exemple, que ce soit sur le marché national ou international. Des entreprises étrangères pourraient même investir au Maroc. L’agence servirait d’intermédiaire, afin de réglementer ce marché et pour que l’Etat se responsabilise dans ce nouveau produit. Maintenant, il subsistera certainement un marché noir qu’il faudra continuer à combattre.

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