MAROC
18/06/2015 15h:56 CET | Actualisé 23/10/2016 11h:53 CET

France-Maroc: il y a 70 ans, Mohammed V était fait "Compagnon de la libération"

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HISTOIRE. Il y a 70 ans, le roi Mohammed V était fait Compagnon de la Libération par le général De Gaulle. Un hommage rarissime pour un chef d'Etat et la reconnaissance par la France de la solidarité de tous les Marocains qui se sont portés aux côtés de la France, quand celle-ci était à genoux.

En juin 1945, quelques semaines après la fin de la guerre en Europe, Mohammed V est l'hôte du héros de la France libre. De Gaulle, qui célèbre le cinquième anniversaire de son célèbre appel du 18 Juin, entend marquer au sultan du Maroc sa gratitude et son admiration. C'est aussi un honneur fait au sultan d'un pays soulevé par un fort sentiment nationaliste et De Gaulle espère certainement impressionner son invité.

Dès son arrivée, le Président du Gouvernement provisoire de la République écrit à Mohammed V pour lui souligner que « la France est heureuse que le premier souverain accueilli sur son sol depuis la victoire soit précisément le sultan de ce Maroc. » La visite dure quelques semaines. Le sultan assiste au défilé des troupes de la France combattante, le 18 juin. Le lendemain, le général, en tant que, lui décerne la Croix de la Libération.

Comme le rappelle l'historien français Maurice Vaïsse dans une étude consacrée à la relation entre les deux hommes pendant la guerre , la seconde guerre mondiale est le moment d'une inversion symbolique du rapports des forces entre la France et le Maroc. Si elle offre à la monarchie marocaine l'occasion de montrer une solidarité non contrainte, cette période verra la cristallisation de la crise franco-marocaine (1944-1955), laquelle débouchera sur l'indépendance du royaume.

Flash-back. Dès l'entrée en guerre de la France, le 3 septembre 1939, le sultan fait une déclaration au cours de laquelle il promet à la puissance protectrice « un concours sans réserve, sans lui marchander aucune de nos ressources et sans reculer devant aucun sacrifice ». Dans les mosquées du royaume, l'appel est relayé et les sujets de Sa Majesté chérifienne sont invités à soutenir le peuple français.

Ces paroles ne restent pas sans effet : avec l'accord du sultan, le général Noguès mobilise, en 1940, six divisions de Spahis soit 90.000 hommes, qui stoppent pour un temps l'avancée des panzer allemands dans les Ardennes. Le soutien marocain ne se dément après la débâcle française du printemps 1940.

"Nous sommes les amis de la France. Il n’est dans la nature ni du musulman ni du Marocain de trahir l’engagement de l’amitié. Que le Gouvernement français se rassure pour ce qui concerne le Maroc."

Grand seigneur, Mohammed V fait savoir que sa position ne change pas avec la défaite :

"Si la France était un petit pays de cinq ou six villes, si l'histoire du peuple français ne datait que d'une cinquantaine d'années, nous aurions des craintes justifiées pour votre avenir, mais votre pays étant l'immense et riche France que je connais si bien et l'histoire du peuple français étant cette histoire qui force l'admiration, ce serait un crime que de douter des destinées de la France. "

La fidélité à la parole donnée le dispute à une réelle fascination pour la civilisation, la culture et l'histoire de la France, dont Mohammed ben Youssef est féru. En 1943-1944, la donne a changé, du fait du débarquement allié en Afrique du nord et de la conférence d'Anfa, mais aussi du bourgeonnement d'un mouvement national de plus en plus revendicatif. Le sultan n'est plus pris dans son huis-clos avec le Protectorat.

Il le revendique d'ailleurs lors de son entretien avec De Gaulle, en juin 1945 : « [Le protectorat] a été accepté […] comme une transition entre le Maroc d’autrefois et un État libre et moderne. Je crois le moment venu d’accomplir une étape vers ce but. C’est là ce que mon peuple attend. »

Dix ans plus tard, après le complot contre la monarchie, l'exil en Corse puis à Madagascar, De Gaulle s'en souviendra. Recevant Mohammed V au moment des accords de la Celle-Saint-Cloud, en novembre 1955, le général trouvera ces mots : « Sire, vous avez souffert […] En vous infligeant cette épreuve, on vous a rendu service. Car il faut avoir souffert pour être grand ! »

Le saviez-vous ?

Il existe une place Mohammed-V à Paris.

Elle est située face à l'esplanade de l'Institut du Monde arabe, dans le Vème arrondissement de la capitale.

Elle a été inaugurée, en décembre 2002, par le roi Mohammed VI, le président Jacques Chirac et le maire de Paris Bertrand Delanoë.

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