ALGÉRIE
14/06/2015 12h:30 CET | Actualisé 14/06/2015 15h:42 CET

La conteuse Sihem Salhi enchante le Festival national de la création féminine (VIDÉO)

Zakya Bentaleb

Sihem Salhi, artiste aux multiples facettes, a conquis le public du Festival national de la création féminine qui s’est tenu du 6 au 13 juin à Alger avec ses contes issus d'un patrimoine légué par sa grand-mère constantinoise.

Des rires d’enfants résonnent dans l’une des vastes salles du Palais de la culture Moufdi Zakaria - où s'est déroulé le Festival national de la création féminine qui a mis à l’honneur les femmes de Constantine - qui abrite les peintures d’artistes constantinoises.

Sihem Salhi, conteuse et photographe, autour de laquelle les enfants, en demi-cercle, les mines réjouies, ont les yeux rivés, vient aussi de Constantine.

Grâce à sa voix de fauvette et à une gestuelle dynamique, elle parvient à instaurer un contact privilégié avec les enfants.

Cette femme haute en couleur ne fait rien à moitié. Passionnée de théâtre depuis toujours, elle achève, sur insistance de ses parents, des études de géologie minière et devient ingénieure. Parallèlement, elle poursuit le théâtre. En 1997, elle remporte un prix pour "la méchante araignée", une pièce destinée à au jeune public qu’elle écrit et interprète. Elle se voit freinée dans son élan artistique par une neuropathie.

Les contes, un rituel de femmes

C’est alors qu’elle mobilise le trésor transmis par sa grand-mère: des réserves de contes traditionnels constantinois. Si ce n’est le Goual, popularisé par Abdelkader Alloula, les contes sont racontés par les femmes. L’oralité est prépondérante. A moins que des personnes averties, comme Taos Amrouche, ou Mouloud Mammeri, pour ce qui est des contes kabyles, ne les couchent sur le papier, les contes sont narrés à la veillée.

Elle précise, à cet égard, que les contes de Constantine et les contes berbères "ont le même squelette, des similitudes mais qu’ils sont habillés différemment".

A propos de sa grand-mère, Sihem se souvient: "C’était comme un rite, on s’emmitouflait comme des sardines autour d’elle, sous les couvertures ; elle était au centre et nous racontait des histoires jusqu’à ce que l’on s’en dorme".

Elle les remémore et décide d’en faire des performances afin de partager ces richesses, tout en restant sur scène. Si l’exercice exige la maîtrise de techniques théâtrales, telles que la diction, le geste, le ton ou l’expression du visage, il demeure moins intense physiquement.

En 2009, elle suit une formation au Centre des arts du récit en Isère. La formation s’étendait sur deux ans, à raison de sessions de travail mensuelles. "Je me suis imprégnée de la tradition occidentales aussi mais j’y apporte une empreinte algérienne".

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"Conter pour éduquer"

Elle ne conte que dans le dialecte algérien. "C’est ma langue maternelle, celle avec laquelle je me sens le plus à l’aise". Elle ajoute que "conter est quelque fois d’inné, de spontanée, quand je suis avec les enfants, je ne réfléchis pas". Les spectacles de Sihem Salhi sont interactifs, elle construit et ajuste le conte avec la collaboration des enfants.

Par ailleurs, ses contes sont souvent des paraboles. "Il y a des contes qui sont là pour faire rire", indique-t-elle, mais elle privilégie ceux qui ont une visée pédagogique et une morale. "Je conte pour éduquer, car ce sont les enfants qui vont faire l’Algérie de demain".

Son conte préféré se nomme "le petit sapin", il est inspiré d’un conte occidental qu’elle a remanié en incluant des éléments ancestraux. Ce conte évoque un sapin n’acceptant pas son feuillage aiguisé, et qui souhaiterait des feuilles rondes ou amples comme les autres arbres. Ce conte, aux dimensions autobiographiques, enseigne les difficultés qu’il y a à s’accepter et à accepter les désillusions.

"Petite, je voyais l’avenir en grand", soupire Sihem Salhi, qui nous a révélé avoir fait partie de la sélection nationale lors des jeux panarabes de 2004, en handisport. Si l’on s’en tient à son expérience, la morale toute indiquée pour ce conte est qu’au moins les feuilles du sapin ne tombent pas à l’arrivée de l’automne.

Sans ressentiment, elle déplore ne pas être davantage sollicitée lorsque sont organisés des événements pour les enfants. Elle précise que c’est d’ailleurs "la première fois qu’elle est officiellement invitée à Alger en tant que conteuse".

"Certains ne donnent pas la moitié de ce que je donne sur scène est sont pourtant invités partout", regrette-t-elle, estimant qu’il est préjudiciable que l’art soit également gangréné par la logique du piston. Malgré ce constat, Sihem Salhi persévère. Actuellement, elle travaille surtout en solo mais elle espère monter un spectacle avec un flûtiste.

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