MAROC
01/06/2015 10h:23 CET | Actualisé 01/06/2015 10h:33 CET

Lutte contre le tabagisme: Le point sur le phénomène au Maroc

Lutte contre le tabagisme: Le point sur le phénomène au Maroc
Néric Blein/Flickr
Lutte contre le tabagisme: Le point sur le phénomène au Maroc

ADDICTIONS - La journée mondiale sans tabac, tenue le 31 mai, s'est déroulée dans une relative discrétion au Maroc. Seuls les quelques ONG opérant dans lutte anti-tabac ont célébré ce qui, sous d'autre cieux, sert souvent d'occasion pour sensibiliser l'opinion publique. Que coûte le tabagisme au Maroc, qu'en est-il de la législation concernant ce phénomène? Comment l'endiguer? Le point avec Abdessalam Krombi, secrétaire général de l'Association marocaine de lutte contre le tabac et les drogues.

Le Maroc compte 7 millions de fumeurs, dont 500.000 mineurs... Où en est-on de la loi interdisant le tabac dans les lieux publics au Maroc?

L'arsenal juridique anti-tabac est bien insuffisant pour combattre le phénomène. Les dispositions de la loi 15-91 relative à l'interdiction de fumer dans les lieux à usage collectif ne sont pas du tout dissuasives (elle expose les personnes fumant dans cafés ou autres endroits à usage collectif à une amende de 100 dhs, ndlr). Ceci, sans parler du fait que cette loi n'est pas encore entrée en vigueur, vu qu'elle est bloquée dans les tiroirs du Secrétariat général du gouvernement (SGG) depuis 25 ans... Le Maroc fait aussi partie des rares pays dans le monde à ne pas avoir encore ratifié la Convention-cadre de l’Organisation mondiale de la santé pour la lutte anti-tabac (CCLT). Dans la région Maghreb Moyen-Orient, seuls le Maroc et la Somalie n'ont pas ratifié cette convention. C'est dire...

Que coûte le tabagisme au Maroc?

Il n'y a malheureusement pas d'estimations ni de chiffres concernant le coût du tabagisme au Maroc. Nos élites politiques défendent le secteur des tabacs, arguant qu'il rapporte d'importantes sommes aux caisses du royaume et qu'il créé des emplois, alors que cette lecture du phénomène est très réductrice. Le tabagisme est dévastateur pour la santé et cause des perte à l'économie. Nous avons demandé au gouvernement de faire une étude sur son coût économique car en tant qu'association, nous n'avons malheureusement pas les moyens de le faire. Le jour où nous verrons que le coût économique du tabagisme est plus important que ce qu'il rapporte, là, la classe politique sera obligée de prendre des décisions.

Quelle approche préconisez-vous pour la lutte contre le phénomène?

L'approche doit être globale et transversale. Au niveau de notre association, nous avons décidé d'ouvrir quatre fronts. Le premier concerne le volet légal. Nous essayons de mobiliser avocats et juristes pour qu'ils mettent la lumière sur les failles de l'arsenal juridique relatif au tabac, et intentent des actions en justice lorsque cela est nécessaire. Le second volet est plutôt sociétal. Il s'agit de rendre compte des différentes formes de la normalisation du tabagisme au sein de la société marocaine. Le troisième volet est politique. Nous participons à toutes les manifestations concernant le tabagisme ou le tabac. Et, enfin, vient le volet sanitaire, qui englobe prévention et guérison. Nous avons, il y a quelques temps, proposé la création d'un centre de désintoxication pour la région Meknes-Tafilalet, mais nous attendons toujours une réponse des autorités.

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