MAROC
28/05/2015 10h:24 CET | Actualisé 29/05/2015 11h:45 CET

Fifa/Corruption: Comment l'Afrique du Sud a damé le pion au Maroc pour le Mondial 2010

Fifa/Corruption: Comment l'Afrique du sud a damé le pion au Maroc pour le Mondial 2010
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Fifa/Corruption: Comment l'Afrique du sud a damé le pion au Maroc pour le Mondial 2010

FOOTBALL - Nouvel épisode dans le Fifa Gate. Le gouvernement sud-africain et le comité de candidature du Mondial 2010 ont versé dix millions de dollars à Jack Warner, ancien vice-président de la Fifa, en échange de trois voix en faveur de l'Afrique du Sud au détriment du Maroc, selon l'acte d'accusation de la justice américaine publié mercredi 27 mai. Le royaume faisait partie des trois pays en lice pour l’organisation de la Coupe du monde.

Racket, fraude et blanchiment

"Soutenir la diaspora africaine": c'est officiellement l'objet incongru du versement à l'Union caribéenne de football (CFU), présidée de 1983 à 2001 par le Trinidadien Jack Warner, d'une somme de dix millions de dollars. La réalité est toute autre.

"Ce versement avait pour contrepartie les voix de Warner, du conjuré N.1 et du conjuré N.17 en faveur de l'Afrique du Sud, plutôt que du Maroc, pour organiser le Mondial 2010", explique le ministère de la Justice qui a inculpé neuf responsables de la Fifa, dont deux vice-présidents, de complot de "racket, fraude et blanchiment".

Si l'Afrique du Sud est devenue le 15 mai 2004 avec 14 voix, devant le Maroc (10 voix) et l'Egypte (0 voix) le pays-hôte de la Coupe du monde 2010, le versement des fameux dix millions a pris plus de temps que prévu et a transité par des comptes de la Fifa en plusieurs tranches, dont une partie a ensuite été détournée pour l’usage personnel de Jack Warner.

"Par exemple, le 9 janvier 2008, 200.000 dollars transférés par la Fifa une semaine plus tôt, ont été transférés sur un compte en banque à son nom", a expliqué la justice américaine.

Le Maroc concerné

L'Afrique du Sud ne serait pas la seule à avoir approché le sulfureux Warner: selon la justice américaine, le Maroc lui aurait proposé, en 2004, un million de dollars pour voter en faveur du dossier marocain. Mais l’Afrique du Sud et ses dix millions lui aurait ainsi damé le pion.

Autre chef d’accusation pour le Maroc révélé par la justice américaine: en 1992, au moment de choisir le pays hôte de la Coupe du monde 1998, un représentant de la candidature marocaine aurait versé un pot-de-vin pour obtenir une voix, lors d’un voyage au Maroc de Chuck Blazer, l’ancien président de la Concacaf (Confédération d’Amérique du Nord, centrale et Caraïbes), qui a servi ensuite d’informateur dans l’enquête du FBI. Mais cela n'aurait pas suffi, puisque c'est la France qui a remporté l'organisation du Mondial 1998.

Extrait des accusations publiées par la justice américaine:

maroc fifa

Des pratiques courantes

"Ce genre de pratiques peu orthodoxes sont répandues dans certaines instances sportives internationales", explique au HuffPost Maroc Aziz Daouda, directeur technique de la Confédération africaine d'athlétisme et consultant sportif. "Le sentiment de surpuissance qui anime ces instances les pousse parfois à agir en dehors de la légalité".

"Si la méthode utilisée par la justice américaine pour aller ‘fouiner’ dans les affaires d’instances internationales me dérange, les pratiques de corruption ne m’étonnent pas", ajoute-t-il. "On sait que des ‘cadeaux’ sont régulièrement offerts lors de rencontres entre différentes instances sportives, mais il est toujours très difficile de savoir où va l’argent".

"Ce qui est choquant, c’est aussi de voir que la Fifa n’a pas fait son travail de lutte contre la corruption", déplore M. Daouda. "Elle aurait dû activer ses propres mécanismes de surveillance, plutôt que de laisser la justice américaine s’en occuper".

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