MAGHREB
26/05/2015 11h:42 CET

Tunisie: Un important projet qui promet "zéro déchet" bloqué depuis deux ans

Wikimedia Commons/Ropable

Un projet de gestion et de valorisation des déchets qui prévoit un traitement utile des déchets ménagers et surtout de ne plus laissé aucun déchet en Tunisie, est bloqué depuis deux ans par l'État.

Selon son promoteur et gérant de la société Tunisian Green Energy (TGE), Hamdi Chabâane, ce blocage est dû à "des pratiques de favoritisme", toujours présente dans toutes les structures tunisiennes.

"Le coût du projet s'élève à 8 millions de dinars", selon la TAP.

Il envisage de faire réaliser à l'Etat, des bénéfices de l'ordre de 7.154.000 dinars!

Actuellement l'Etat dépense sans compter pour la gestion des déchets, en effet, une tonne mise en décharge coûte près de 28 dinars.

Hamdi Chabâane a ainsi expliqué à la TAP qu'il était en mesure de garantir, en partenariat avec une cimenterie d'Enfidha (Société des Ciments d'Enfidha- SCE), un état de "zéro déchet" en Tunisie.

En fait, les déchets ménagers sont utilisés comme combustibles pour les fours des cimenteries.

"Zéro déchet en Tunisie": Réalité ou utopie?

La crise des déchets en Tunisie persiste depuis 2011 et les atteintes à l'environnement se poursuivent en l'absence de mesures dissuasives fermes et de stratégies appropriées dans le domaine. L'amoncellement des déchets prend une ampleur inquiétante et quasiment irréversible.

La technique de bio séchage, très écologique et moderne qui a prouvé son succès dans des pays comme la Turquie, la Roumanie et la Pologne et qui consiste, entre autres, à sécher les déchets par évaporation grâce à une température de 60 à 80 degrés.

Vous en rêviez? Hamdi Chabâane le promet... Mais pour qu'il réalise ce projet, il a toujours besoin de l'autorisation de l'État.

Pourquoi le projet bloque administrativement?

Hamdi Chabâane assure avoir accompli toutes les démarches nécessaires auprès des structures en charge de la gestion des déchets et présenté son projet et son étude d'impact économique.

Problème? L'Agence Nationale de Gestion de Déchets n'a pas donné son autorisation au projet!

"C'est toujours les mêmes pratiques de favoritisme et de réticence à toute nouvelle méthode de gestion transparente. Si mon projet voit le jour, certaines structures en charge de la gestion des déchets en Tunisie trouveront du mal à justifier des dépenses colossales dans ce domaine et n'auront plus accès à des crédits étrangers mal gérés et qui n'ont pas abouti aux résultats attendus par tous les Tunisiens" a declaré Chabâane à la TAP.

L'Agence Nationale de Gestion de Déchets répond et pointe du doigt les autorités

Contacté par l'agence TAP, Souhaiel Abdelkader, directeur régional de l'ANGED pour la région du Centre-est, a expliqué que le blocage du projet est plutôt d'ordre juridique et procédurial.

"Nous n'avons pas, pour l'instant, une loi qui autorise l'ANGED à signer un contrat de longue durée (20 ans) avec un investisseur dans le cadre de concession. Il faut voir avec le ministère de l'Intérieur et la direction en charge des

investisseurs au département de l'Environnement pour trouver la formule appropriée, la gestion des déchets étant une activité qui concerne aussi les municipalités", a-t-il indiqué en affirmant qu'un cahier des charges est en cours

d'élaboration pour ce type de projets.

Joint par téléphone Mohamed Zâag, directeur de la production à la cimenterie Enfidha a fait état de la prédisposition du groupe cimentier à être partenaire dans le projet de TGE qu'il qualifie de "projet aux multiples avantages".

"Il permettra de dépolluer le pays avant tout et d'aider la cimenterie de réduire les coûts de la production", explique t-il.

"Si on peut réutiliser les déchets à des fins utiles à l'environnement et aussi à l'économie, pourquoi ne pas le faire?", s'interroge le responsable.

L'ANGED refuse le projet "zéro déchet" et accepte celui d'un investisseur étranger?

En effet, l'ANGED a donné son accord récemment à un investisseur italien pour un projet de gestion et de valorisation des déchets ménagers dans le gouvernorat de Zaghouan. Le projet qui exploitera la décharge contrôlée de Kastani (15 hectares), créée depuis presque 5 ans par l'ANGED grâce à un crédit de l'Italie, sera entrepris, apprend-on, par la société Green Planet Recycling Limited.

Hamdi Chaâbane accuse, par ailleurs, l'agence de gestion des déchets de pratiquer une politique de "deux poids, deux mesures" et revendique plus de transparence dans le traitement des dossiers des promoteurs dans le domaine de valorisation des déchets.

Il est allé jusqu'à accuser certaines parties de "saboter des initiatives dans ce secteur perméable à la corruption".

L'enfouissement des déchets (mise en décharge) est une technique "obsolète" et même dangereuse. Car, tôt ou tard elle aura des impacts sur la nature des sols, faute de tri, et pourrait même réduire à son plus bas niveau la fertilité des terres et menacer notre sécurité alimentaires à long terme.

Les impacts et les risques majeurs menaçant la santé humaine et l'environnement ont été constatés par des enquêtes sur la plus grande décharge contrôlée de Tunis, celle de Borj Chakir à Assijoumi ainsi que par des associations actives dans le domaine de l'environnement.

Aujourd'hui, cette décharge continue de rendre la vie difficile à une population d'environ 50 000 personnes résidant dans les localités riveraines d'El Attar, Jayara et Sidi Hassine.

Le projet de Tunisian Green Energy prévoit d'employer, au début, 75 à 100 personnes et de superviser et encadrer des chiffonniers (barbéchas) dans les deux régions pour restructurer le secteur informel de la collecte des déchets.

À Sousse et Monastir, la quantité des déchets mise en décharge est estimée à 700 tonnes par jour, soit l'équivalent de 500 255 tonnes par an.

Un Projet pouvant sauver la Tunisie

Et si les poubelles allaient sauver la Tunisie? Ce projet vise à réutiliser les déchets et donc les poubelles!

En effet, le pays croule sous ses propres déchets: chaque année, 2,5 tonnes de poubelles sont brûlées ou stockées dans les décharges.

Celles-ci arrivent peu à peu à saturation.

Ça tombe bien, la Constitution tunisienne adoptée en janvier 2014 est une des trois au monde à inclure le principe de sauvegarde de l’environnement.

Autant commencer par les poubelles.

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