MAROC
25/05/2015 14h:59 CET | Actualisé 25/05/2015 17h:48 CET

La prostitution dans le cinéma marocain en quatre films

CINÉMA - Au coeur de la controverse suscitée par “Much Loved” le dernier film de Nabil Ayouch, la prostitution fait aujourd’hui la Une des journaux nationaux. Pourtant, le thème n’est pas étranger au cinéma marocain. Avant Ayouch, plusieurs cinéastes se sont essayés à l’exercice hautement polémique de sa mise en scène. Tour d’horizon.

"Les yeux secs" de Narjiss Nejjar

Sorti en 2003 au lendemain de la réforme de la Moudawana, "Les yeux secs" relate le destin de femmes berbères dont l’unique moyen de survie est d’offrir leurs corps dans un village où seuls des hommes fortunés sont habilités à entrer.

Dès sa sortie, le film suscite une levée de boucliers à Aghbala, la région où il a été tourné. Certaines figurantes du film qui sont aussi des habitantes du village n’auraient pas été mises au courant de la “nature” du projet.

"On croyait que c'était un documentaire, un film historique. Ce film a porté atteinte à notre dignité. Notre région n'est pas le b... du Maroc", avait alors déclaré l’une des figurantes au journal Le Matin.

Le 12 mai 2003, la polémique a même gagné le Parlement lorsqu’un député de l'Union démocratique s’est fait porte-parole des plaintes de la population d'Aghbala. "Quelles sont les mesures prises contre Narjiss Nejjar?" avait demandé le député à Nabil Benabdellah alors ministre de la Communication.

"Nous sommes dans le domaine de la création et de la créativité. La créativité est d'abord liberté" avait répondu Benabdellah, rejetant ainsi la demande de censure de son collègue.

Narjiss Nejjar s’était quant à elle défendu en assurant que les figurantes avaient pris part au film en toute connaissance de cause et que des contrats de travail avaient été signés dans ce sens.

"Mort à vendre" de Faouzi Bensaïdi

Sorti en 2011, le long-métrage explore les thèmes de l’amitié, de l’amour, de l’honneur, de la trahison mais aussi de la prostitution en la personne de Dounia, une jeune travailleuse du sexe qui va croiser le chemin de Soufiane, Malik et Allal, trois amis qui se rêvent “barons de la drogue” à Tétouan.

S’il n’aborde pas frontalement la prostitution, Faouzi Bensaïdi choisit de la mettre en résonance avec l’amour, un autre thème cher au cinéaste. Malik est fou amoureux de Dounia qu’il essaye de sortir de sa condition de prostituée de luxe dans un bar huppé de la ville.

Elle finira par le trahir abandonnant Malik à ses rêves de rédemption qu’elle ne partage pas. Conforté dans son idée que ce genre de femmes ne change jamais, le public trouve là une fin à son goût, un dénouement conforme à une certaine moralité ambiante, même si ce n’était pas l’intention du réalisateur.

Salué par Scorsese, le film sera interdit en salle aux moins de 16 ans au moment de sa sortie au Maroc en raison de scènes jugées violentes.

"Sur la planche" de Leïla Kilani

Présenté lors de la Quinzaine des réalisateurs, le premier long-métrage de Leïla Kilani a fait sensation à Cannes. Le film qui s’apparente au cinéma des frères Dardenne relate le quotidien de quatre ouvrières dans un Tanger particulièrement noir. Les deux premières travaillent dans une usine de décortication de crevettes, les deux autres dans le textile.

Ce quatuor scelle un pacte. Pendant que les secondes se prostituent pour arrondir leurs fins de mois, les premières dépouillent les clients. Les quatre jeunes femmes se partagent le butin "à la sortie".

Leïla Kilani confiera à Jeune Afrique s’être « inspirée d'une dépêche, lue dans un journal marocain, sur l'arrestation d'un gang de filles, à moitié ouvrières, à moitié prostituées ».

"Marock" de Leila Marrakchi

À sa sortie en 2004, "Marock", premier long-métrage de Laïla Marrakchi dans lequel la cinéaste livre son point de vue sur la jeunesse dorée de la ville blanche fait l’effet d’une bombe dans le cinéma marocain. Depuis, jamais aucun film n’a suscité un affrontement aussi explosif entre le camp des conservateurs et celui des progressistes.

L’un des sujets de la discorde, la fameuse scène où Yuri et son ami se retrouvent en compagnie de prostituées dans la maison parentale du premier a engendré un tollé chez les détracteurs du film.

En cause, une scène très crue où Marrakchi filme la relation sexuelle et les gémissements qui l’accompagnent entre l’ami en question –de confession juive- et la prostituée marocaine avec un léger voile pour seul cache-sexe.

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