ALGÉRIE
21/05/2015 14h:06 CET | Actualisé 22/05/2015 08h:39 CET

L'opération militaire de l'ANP contre les terroristes à Bouira décryptée au CPP de Radio M (VIDÉO)

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Quelque 25 terroristes ont été tués en 24 heures par les forces de l’Armée nationale populaire (ANP) entre mardi et mercredi 20 mai dans une grande opération menée dans la région de Bouira, à une centaine de kilomètres à l'est de la capitale, Alger.

L'opération, spectaculaire par son bilan et dont les circonstances ne sont pas encore clairement établies, suscite beaucoup d'interrogations dans un pays qui a connu une décennie de violences dans les années 90 et qui est depuis le début des années 2000 installé dans ce qu'on appelle le "terrorisme résiduel".

Une notion déjà utilisée par le passé, reprise à nouveau, ce jeudi, par Ramtane Lamamra, ministre des Affaires étrangères. Et qui continue de soulever des questions sur le sens à lui donner.

Ramtane Lamamra a affirmé jeudi 21 mai qu'il ne restait "que des résidus de terrorisme en Algérie", après l'élimination cette semaine de 25 islamistes armés à l'est d'Alger, rapporte ce jeudi l’agence de presse française AFP. Avec cette opération, le nombre d'islamistes armés tués depuis le début del'année par l'armée est de 59. Plus de 100 islamistes armés avaient été tués en 2014, selon l'armée.

Qui sont ces terroristes? Pourquoi étaient-ils, contrairement à la tactique qui semblaient prévaloir chez les groupes armés, aussi nombreux au même moment dans la région de Ferkioua? Comment interpréter les chiffres ? Quelles menaces représentent-ils ?

Ces questions ont été passées au crible ce matin par les journalistes du Café presse politique (CPP), l’émission hebdomadaire de Radio M.

La première question à laquelle ont tenté de répondre les journalistes du CPP lors de l’émission présentée par Khaled Drareni, en l’absence de Souhila Benali est celle de l’appartenance des terroristes abattus.

Sont-ils des éléments d'Al-Qaïda au Maghreb (AQMI) ou de Jund Al-Khilafa dont les chefs ont déjà été éliminés dans des opérations des services de sécurité? S’agit-il de nouvelles recrues ou des résidus de la guerre civile? s’est interrogé Ihsane El Kadi, directeur d’Interface Médias, qui pense que le groupe ciblé par l'armée algérienne fait probablement partie d'Aqmi.

La presse algérienne a fait état de la mort de plusieurs chefs jihadistes dans l'opération mais il n'y a eu aucune confirmation officielle, rapporte aujourd'hui l'AFP. "Des experts de l'Institut de criminologie d'Alger sont en train de procéder à l'identification des islamistes tués, ce qui leur permettra de déterminer avec certitude leur appartenance: Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ou Jund al-Khilafa", poursuit l'agence de presse française qui a interrogé une source sécuritaire.

"Je pense que la sortie de Jund El Khalifa, responsable de la mort d’Hervé Gourdel, en septembre 2014 a fait avorter l’évolution rapide d’une branche Daech en Algérie, du moins en Kabylie, puisque le chef a été abattu dans la commune des Issers".

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Fourmillière

L’autre question soulevée dans le CPP est celle du nombre. 25 terroristes abattus en 24 heures, "c’est un gros succès de l’armée" a commenté Abed Charef en soulignant que ce nombre équivaut pratiquement au bilan annuel.

"Que faisait un tel contingent de terroristes à 150 kilomètres d’Alger?" s'est interrogé Mounir Boudjemaa, journaliste spécialiste des questions sécuritaires.

"On ne sait pas dans quelles conditions ces terroristes se sont réunis : est-ce une réunion de plusieurs factions ou pas ?", s’est demandé le journaliste qui a aussi insisté sur les circonstances dans lesquelles l’opération a été menée. "Il faut expliquer à l’opinion publique dans quelle phase la lutte anti-terroriste est entrée".

"

J’ai l’impression que l’on est en train de militariser la lutte anti-terroriste. On tape un grand coup dans la fourmilière. A première vue ça peut paraître impressionnant mais en seconde lecture c’est assez préoccupant. Pourquoi? Parce que le terrorisme n’est pas que dans les maquis. On peut tuer un exécutant mais il y a toute la matrice derrière", a relevé Mounir Boudjemaa.

Résidu

La question de savoir que représente ce terrorisme résiduel a été soulevée par Saïd Djaafer, directeur du Huffington Post Algérie.

"A chaque fois, les chiffres avancés sur le nombre de terroristes tournent autour de 400 tandis que des opérations se poursuivent", a-t-il souligné en relevant qu'il y a une constance dans l'effectif des groupes armés qui suscite des questions. "On donne la perception que la menace vient de l’étranger mais la persistance de ce terrorisme résiduel interroge".

Poursuivant sur l’origine des terroristes, Mounir Boudjemaa a dressé une géographie des groupes djihadistes.

"Avec la déflagration de la Libye, la montée d'un réseau terroriste tunisien de plus en plus puissant, la persistance de la menace sahélienne, on se rend compte qu’il y a une interpénétration régionale qui va jusqu’au Nigeria, en Somalie et peut aller jusqu’en Irak et en Turquie".

Cela donne, a-t-il poursuivi un "éventail extrêmement puissant supporté par le fait que les terroristes peuvent infiltrer des réseaux de migrants qui partent en Europe".

Enfin, la question de l’objectif de la lutte antiterroriste est venue clôturer les débats. "Au milieu des années 90, l’objectif était d’empêcher les islamistes de prendre le pouvoir, à partir des années 2000. L’action a consisté à contenir le terrorisme dans des zones pas très influentes, aujourd’hui, l’objectif est de réduire l’impact du terrorisme a un seuil très bas de manière à avoir une sorte de vie normale dans le reste du pays… en attendant mieux" a noté Abed Charef.

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