ALGÉRIE
14/05/2015 03h:23 CET | Actualisé 14/05/2015 06h:01 CET

Cherif Rezki, DG d'El Khabar, décrypte sur Radio M les raisons des pressions sur les journaux (VIDÉO)

Dans un contexte de recul de la publicité, la presse écrite algérienne relevant du secteur privé connait des heures sombres. Le journal El Khabar, comme un certain nombre d’autres journaux de la presse écrite, a connu une baisse conséquente des revenus publicitaires essentiellement entre 2013 et 2014, suite aux pressions exercées par la présidence sur annonceurs privés.

Les recettes publicitaires du journal arabophone El Khabar se sont élevées en 2013 à 750 millions de DA (75 milliards de centimes), pour chuter en 2014 à 650 millions de DA (65 milliards de centimes), et les prévisions pour 2015 tourneraient autour de 40 milliards de centimes.

Pour Cherif Rezki, Directeur de la Publication d’El Khabar, invité mercredi sur le plateau de Radio M la webradio de Maghreb Emergent, cette baisse drastique des revenus publicitaires enregistrée par la société relève "à 90%" aux injonctions du ministre de la Communication aux annonceurs privés qui constituent la principale source de revenus publicitaire d’El Khabar

Les 10% restants, selon M. Rezki, sont à chercher dans le fait que nombre d’annonceurs privés se sont orientés vers les chaines TV privées qui, pour la plupart, attirent par leurs prix bradés. "C’est lui (Hamid Grine, Ndlr) qui a appelé les boites de communication pour leur dire ‘’donnez-moi vos plans médias’’ quelques jours après sa nomination", a déclaré Rezki.

Le message est clair : dire aux annonceurs de ne pas attribuer de publicité aux journaux El Khabar et El Watan connus pour leur ton incisif et sans concession vis-à-vis du président de la République.

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Un projet de loi sur la publicité "liberticide"

Selon l’orateur, certains annonceurs ont carrément cessé leurs campagnes de publicités. C’est le cas notamment de l’opérateur de téléphonie mobile Ooredoo qui n’annonce plus dans les journaux depuis le mois de mai 2014.

El Khabar qui a publié un dossier brûlant pour dénoncer les "agissements" du ministre de la Communication que le responsable de la publication n’hésite pas à affubler au passage du titre de "Ministre de la publicité".

M. Chérif Rezki va même jusqu’à dire que certains annonceurs approchés avant la publication dudit dossier ont été menacés de redressement fiscal.

Le Directeur d’El Khabar est revenu sur le projet de loi sur la publicité qui aurait été concocté par l’actuel ministre de la Communication et révélé par son journal qu’il juge "liberticide" et dangereux car laissant le champ libre aux groupes internationaux pour se saisir du marché algérien.

Le projet de loi en question, a-t-il indiqué, devait passer au Conseil des ministres le jeudi 26 mars avant d’être retiré à la dernière minute par Abdelmalek Sellal. A El Khabar, a-t-il ajouté, il a été décidé de publier le numéro et la lettre de l’envoi du SGG (Secrétariat général du gouvernement) aux 34 ministères les informant que le projet de loi était dans l’ordre du jour.

"Heureusement que ce projet de loi a été retiré car c’est une catastrophe, martèle Chérif Rezki. Je crois que le Premier ministre a vu juste en le retirant parce que cela aurait créé un tollé".

"La Présidence ne supporte qu'on dise que le président est malade"

Pour Cherif Rezki, l’étouffement de son journal par le tarissement des sources de revenus publicitaires fait partie "d’une stratégie concoctée par la présidence", d’autant que, enchaine-t-il, "le président a maintes fois reconnu qu’il n’aimait pas la presse, allant jusqu’à qualifier les journalistes de ‘’tayabat El Hammam’’".

L’explication à cette stratégie d’étouffement trouve sa source dans le refus "catégorique" de la présidence de la République d’entendre dire que le président est malade, souligne Cherif Rezki. Pour autant, pas question pour les actionnaires d’El Khabar de céder au chantage.

Le journal El Khabar qui a pu en 25 années d’existence fidéliser un large lectorat grâce à son sérieux et son professionnalisme, est interdit de publicité publique et institutionnelle (ANEP) depuis 1998, a tenu à rappeler son DP.

Et cette interdiction remonte aux tout débuts de la naissance du journal lorsque, en 1993, l’ancien chef de gouvernement Belaïd Abdesselam avait pondu une circulaire établissant un monopole sur la publicité.

Pour une durée de trois ans seulement, cette circulaire a néanmoins continué à exister, puisqu’elle a été reconduite en 1996 par l’ancien chef de gouvernement Ahmed Ouyahia. Mais, dit-il, "je n'ai jamais pensé qu'on puisse aller chez les privés et les menacer au sujet de la publicité".

Pour s’adapter à ce "choc", El Khabar, tout comme d’autres confrères, a augmenté le prix de vente au public. La mesure n’a pas été sans conséquence sur les ventes. A chaque fois qu’il y a augmentation du prix du journal, le tirage baisse d’au moins 15% et les ventes aussi.

El Khabar est le premier groupe de presse en Algérie avec 7 filiales dont quatre appartiennent aux seuls actionnaires du journal d’expression arabophone et trois autres en Joint-Venture avec le quotidien francophone El Watan.

Article publié initialement sur Maghreb Emergent

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