MAROC
14/05/2015 09h:04 CET | Actualisé 14/05/2015 09h:06 CET

Benkirane revient sur le bilan de son action dans une interview accordée à Al Jazeera

Capture d'écran

TÉLÉVISION - Rare sur les télévisions publiques marocaines mais star de Youtube, le Chef du gouvernement marocain est revenu sur le bilan de son action dans une longue interview à Al Jazeera.

C'était mercredi soir, pour l'émission "Bila Houdoud" présentée par le journaliste vedette de la chaîne qatarie Ahmed Mansour. Vous pouvez la retrouver en intégralité ici.

Souriant, détendu, mais ne lâchant rien face à son intervieweur qu'il amadoue tantôt par des bribes d'accent égyptien et qu'il rabroue tantôt d'un "Ahmed !" autoritaire souligné par son index accusateur, le Chef du gouvernement sait toujours faire passer ses messages et reste le meilleur avocat de son action.

En attendant la deuxième partie de l'entretien, dont la diffusion est prévue mercredi 20 mai, le HuffPost Maroc vous a sélectionné les temps forts.

Abdelilah Benkirane commence l'entretien par une mise au point au journaliste Ahmed Mansour sur ses prérogatives et sa relation avec le roi:

"Selon la Constitution, le Chef du gouvernement a des prérogatives mais elles sont limitées. C'est Sa Majesté le roi qui gouverne. C'est la vérité et c'est ce que dit la constitution. J'ai choisi que ma contribution à la gestion des affaires dans le pays se fasse en intelligence et en collaboration avec Sa Majesté le roi. Je considère que cela me suffit, c'est un honneur et j'en suis heureux."

Le Chef du gouvernement revient sur les réformes difficiles entreprises depuis 2012: compensation, prix de l'eau et de l'électricité:

"Nous avons un proverbe qui dit: quand l'aigle survit, ses petits aussi. L'Etat doit d'abord être dans une situation confortable. Il est impossible pour l'Etat de proposer des programmes pour les citoyens ou d'aider les plus pauvres, s'il est étranglé par une corde tenue par les courtiers en pétrole du monde entier."

L'intervieweur demande à Benkirane si la réforme des subventions a rencontré une résistance des "riches qui n'aiment pas que leurs privilèges soient abolis"...

"Non, non. Les personnes aisées ont accepté ces augmentations avec beaucoup de bonne volonté. Une personne peut payer 100, 200, voire 500 ou 1000 dirhams de plus quand elle est aisée. Les Marocains sont conscients que c'est dans leur intérêt et l'acceptent, contrairement à ce qu'on pourrait penser."

Le journaliste d'Al Jazeera tente une autre attaque (à propos de l'amnistie fiscale pour les détenteurs de biens à l'étranger): "Vous êtes accusé d'avoir permis à ceux qui ont volé l'argent des Marocains de le le blanchir et de le réintroduire au pays de manière légale."

"Ceux qui ont sorti leur argent ne sont pas nécessairement des voleurs. Beaucoup avaient leurs raisons, dont certaines liées à l'incertitude politique. 2011 a été une année turbulente et confuse. Peut-être certains ont eu peur et sont sorti leur argent. [Cette opération] a montré la confiance en l'Etat et que le citoyen n'a plus peur de rapatrier ses avoirs. (...) Il y a d'ailleurs une volonté de rééditer cette opération."

A propos de la baisse des prix d'environ 1.500 médicaments, le Chef du gouvernement loue les qualités du ministre de la Santé El Houssaine Louardi :

"Le frère El Houssaine Louardi est un ministre courageux, [Masha Allah 3alayh] et je l'ai encouragé parce qu'il est venu me dire qu'il ya avait des médicaments vendus à 4.000 dirhams, dont le prix réel était 200 dirhams. C'est un domaine dans lequel ont profité ce que vous appelez les lobbies".

Le journaliste additionne les chiffres des personnes qui reçoivent aides et subventions: "16.000 veuves, 4,1 millions de ménages au tarif de solidarité pour l'eau et l'électricité, 10.500 pensions d'indigence", Benkirane l'interrompt...

"Tu fais les calculs de ceux qui veulent rester au pouvoir. Tu te dis que ceux-là vont voter pour le PJD. Le Chef du gouvernement ne pense pas à rester au pouvoir, il pense à ses devoirs. A ce compte, j'aurais perdu mon poste depuis longtemps. Je suis venu et j'ai confronté les problèmes de l'économie marocaine".

Quel est le coût des réformes pour le gouvernement marocain? N'y a-t-il pas un danger à ouvrir tant de fronts?

"Je n'entre en confrontation ni avec les ouvriers, ni avec les riches, ni avec les simples citoyens. J'ai choisi de combattre les déviances. À une période, la crédibilité de l'Etat a été menacée. Pour dépasser les crises, nous choisissions de distribuer des faveurs, ce qui n'est pas soutenable. Je n'a pas peur de mettre en balance la popularité du gouvernement pour cela. (...) [D'ailleurs] les sondages indiquent que le Chef du gouvernement est populaire à 62% !".

Pour Benkirane, le clientélisme et le "baksahbisme", c'est fini!

"Nous avons employé environ 400 hauts fonctionnaires dans l'Etat, selon mes informations, seulement 10 sont du PJD (je ne compte pas les cabinets des ministères ). Cette culture du mérite est nouvelle dans l'administration marocaine."

Ahmed Mansour soutient que les efforts du gouvernement Benkirane n'ont pas réussi à éradiquer la corruption dans le pays:

"Pensez-vous que la corruption disparait en trois ans ? J'ai une conviction : si le gouvernement raffermit les valeurs et donne l'exemple, elle deviendra un miroir pour tout le monde, les partis, les administrations. Nous avons un ministre de la Justice qui fait beaucoup, qui n'a pas peur du conflit, avec les avocats, avec les greffiers et les fonctionnaires de son secteur."

Quel plan pour réformer le régime des retraites du secteur public, prochain cheval de bataille du gouvernement ?

"Ceux qui ont planifié la retraite il y a vingt ans, je ne sais pas comment ils ont réfléchi. On est un pays [extrêmement généreux]. Dans le secteur public, la pension est supérieure au salaire et au moins égale au salaire des trois derniers mois. Si on y ajoute l'abattement fiscal pour les retraités, c'est une des causes du déficit structurel du régime des retraites, qui sera en faillite en 2022-2023.

Je pourrais très bien gagner du temps pendant deux ans et finir mon mandat tranquillement. [Mansour l'interrompt : "comme l'ont fait tes prédécesseurs."] Non, je sais que tous mes prédécesseurs étaient de bonne foi. Je vais prendre ce sujet à bras le corps. La mort du frère Abdallah Baha a perturbé le processus qui devait être annoncé quelques jours après sa disparition soudaine. Nous devrons baisser légérement les pensions ou nous préserverons le montant des retraites mais l'âge de départ à la retraite devra être retardé, à l'extrême jusqu'à 65 ans."

Galerie photoLes bourdes de Benkirane Voyez les images

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