MAGHREB
06/05/2015 05h:29 CET | Actualisé 07/05/2015 06h:17 CET

Tunisie: Démarrage du pèlerinage de la Ghriba sous haute surveillance

Un barrage dans le village de Hara Kebira sur l'île tunisienne de Djerba, où doit se tenir le pèlerinage juif de la Ghriba, le 4 mai 2015
ASSOCIATED PRESS
Un barrage dans le village de Hara Kebira sur l'île tunisienne de Djerba, où doit se tenir le pèlerinage juif de la Ghriba, le 4 mai 2015

RELIGIONS - Des centaines de personnes sont arrivés mercredi à Djerba pour le pèlerinage juif de la Ghriba, placé sous très haute surveillance après l'attentat du Bardo et une mise en garde d'Israël contre des projets d'attaques sur le sol tunisien.

Au milieu des youyous et des chants, près de 200 pèlerins selon une journaliste de l'AFP se sont rendus dans cette synagogue de Djerba (sud), la plus ancienne d'Afrique. Ils ont prié, allumé des cierges et déposé des oeufs barrés de voeux dans une cavité au fond du lieu de culte, après avoir bu une gorgée de boukha (alcool de figue) et reçu la bénédiction d'un rabbin.

"Je ne pouvais pas rater cette ambiance. Il est important pour moi de faire la 'ziara' (pèlerinage) quels que soient les risques", a expliqué à l'AFP Janet, une Israélienne de 54 ans d'origine tunisienne.

Le pèlerinage annuel de la Ghriba, visé en 2002 par un attentat-suicide au camion piégé (21 morts) revendiqué par Al-Qaïda, est toujours placé sous forte protection. Mais il fait l'objet cette année d'une vigilance accrue après l'attentat du 18 mars au musée du Bardo à Tunis, revendiqué par l'organisation Etat islamique (EI), dans lequel 21 touristes étrangers et un policier tunisien ont été tués.

Israël a en outre assuré, quelques jours avant le pèlerinage, disposer d'informations faisant état de "projets d'attentats terroristes contre des objectifs israéliens ou juifs en Tunisie", en conseillant de ne pas se rendre dans ce pays.

Des déclarations "pas innocentes" et infondées, a sèchement répliqué le ministre tunisien de l'Intérieur Najem Gharsalli.

Lors d'une conférence de presse mardi, le responsable a estimé que l'Etat hébreu entendait ainsi "affecter le pèlerinage" et "nuire à la réputation de la Tunisie".

"Tous les juifs doivent venir et ne pas prêter attention à des mensonges", a renchéri Janet, tandis que Marc, un Français, jugeait que "le terrorisme existe partout". "Et avec ce dispositif sécuritaire, ils (les jihadistes) ne vont pas venir faire les cow-boys", a-t-il estimé.

"Coexistence et tolérance"

Des barrages ont été installés aux accès de Djerba. Le périmètre de la synagogue était bouclé mercredi et son entrée gardée par plusieurs camions de police et un blindé de l'armée.

Mais en plus des pèlerins tunisiens, seules quelques centaines de personnes venues de France, d'Israël, d'Italie mais aussi de Grande-Bretagne et des Etats-Unis sont attendues au pèlerinage qui s'achève jeudi.

"Avant l'attentat (du Bardo), on s'attendait au retour du pèlerinage (à ses niveaux de fréquentation d'avant 2002). Après l'attentat -c'est tout à fait logique et normal- beaucoup de gens ont eu peur", a indiqué René Trabelsi, l'un des organisateurs de l'évènement.

Un responsable du ministère de l'Intérieur avait démenti auprès de l'AFP l'existence de menaces à l'encontre de la Ghriba, et M. Gharsalli avait assuré dimanche à Djerba que la Tunisie était "capable de protéger les juifs et les visiteurs de la Ghriba mieux que d'autres pays".

"Les plus hauts degrés" de sécurité sont en place pour le pèlerinage, a insisté mardi le ministre, en faisant état de la "vigilance jour et nuit" des forces de l'ordre.

D'après M. Gharsalli, la réussite du pèlerinage est importante car elle renforcera l'"image de coexistence, de civilisation et de tolérance" de la Tunisie.

La fréquentation reste toutefois bien en deçà des quelque 8.000 personnes qui affluaient habituellement avant l'attentat de 2002.

"On doit rebâtir ce pèlerinage comme (on doit rebâtir) notre tourisme", affecté par l'instabilité qui a suivi la révolution de janvier 2011, a estimé M. Trabelsi.

La Tunisie fait face depuis le soulèvement ayant renversé le dictateur Zine El Abidine Ben Ali à un essor des mouvements jihadistes, qui ont tué plusieurs dizaines de militaires et policiers depuis fin 2012. Jusqu'à l'attentat du Bardo, les civils avaient été épargnés par ces attaques.

Le pays compte aujourd'hui près de 1.500 juifs, dont la majorité vit à Djerba, contre 100.000 en 1956 avant l'indépendance.

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