ALGÉRIE
06/05/2015 14h:32 CET | Actualisé 07/05/2015 04h:04 CET

Procès de la Khalifa Bank: auditionné, l'ex patron de la banque est resté imperturbable

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Abdelmoumene Rafik Khelifa, principal accusé dans le procès de l'affaire Khalifa Bank, est resté imperturbable. Il avait même réponse à tout. Oui ses entreprises pharmaceutiques pouvaient financer la création d'une banque; Non il n'avait pas enfreint la législation en vigueur; Et encore non ce n'est pas sa banque qui transférait l'argent mais c'est la banque d'Algérie qui se charge d’acheminer cet argent à son destinataire. Bref, l'ex golden boy a surpris les présents ce 6 mais au tribunal de Blida. Il avait explication à tout.

Aux origines de l'ex-Khalifa Bank

Le président du tribunal est remonté, dans son audition, à la genèse de la création de ladite banque, à commencer par demander à son ex-propriétaire "les motivations ayant amené un pharmacien de formation à s'intéresser au domaine

bancaire".

L'accusé a expliqué que c'est à la faveur de l'ouverture du secteur à l'investissement privé, début 90, qu'il a pensé au lancement de sa banque, ajoutant avoir suivi des formations en France dans cette perspective.

Interpellé sur les placements de fonds effectués par les clients auprès de la banque dissoute quelques mois seulement après le lancement de celle-ci, l'accusé a expliqué cela par le taux "incitatif" qui y était pratiqué et qui était de l'ordre de 11 % en 1998, avant qu'il n'oscille entre 7 et 13% par la suite. Les crédits étaient fixés quant à eux entre 8 et 10%.

Le juge s'est alors interrogé comment la banque s'en sortait "sans risquer la faillite". Khalifa répondra que les droits de douanes payés par la banque au profit de leurs clients représentaient un des moyens de remboursement.

Le juge Menouar s'est, par ailleurs, enquis de savoir comment A. Khalifa a pu étendre le réseau de l'institution bancaire à travers le territoire national en un laps de temps aussi court. "La moitié des locaux des agences se trouvaient dans des places commerciales et était louée auprès des particuliers et des entreprises publiques étant donné qu'on ne pouvait les acheter, alors que nous avions pu acquérir le reste", a expliqué l'ex golden boy.

L'ex-milliardaire a nié avoir enfreint la réglementation s'agissant de la procédure de transfert des recettes quotidiennes des différentes agences de la banque vers la Banque d'Algérie.

"En 5 ans, il n'y a pas eu d'incidents majeurs signalés par nos clients", a-t-il affirmé au moment où le juge a fait état de "trous" financiers et d'un "laisser-aller inédit" dans la gestion de la défunte banque. "N'affirmeriez-vous pas que vos employés détenaient une longue expérience dans le domaine pour avoir exercé dans des banques publiques auparavant?", lui a-t-il lancé, faisant remarquer des "irrégularités" dans les écritures bancaires entre les sièges bancaires.

Imperturbable, le prévenu a fourni des réponse à tout soulignant au passage qu'il "conteste l'inspection. Ces trous sont totalement faux. Il parait même j'ai couvert le compte de 7 milliards appartenant à Abdesselam Bouchouareb dans l'agence d'El Koléa", répond Khalifa. Mais ils ne mentent pas tous, lui dit le juge. "Ils ne comprenaient pas", réplique Khalifa ajoutant "c’est pour cela que je demande une instruction complémentaire, celle qui a été faite est totalement à charge".

Quand au pourquoi de sa fuite, Khalifa expliquera au magistrat, "je savais qu'ils allaient fermer la banque. Donc je suis parti pour éviter la violence, si jamais des manifestations allaient être organisées pour contester la fermeture. Il y a des choses que je ne peux pas dire", explique le prévenu. "Mais en 2007, vous pouviez venir devant le tribunal ?" lui rétorque le juge. "J'étais en prison", répond simplement Khalifa.

Ktv, pour reluire l'image de l'Algérie à l'étranger

Le lancement de la chaîne de télévision privée Khalifa TV avait été motivé par le souci de "soigner l'image de marque de l'Algérie

à l'étranger", a affirmé encore Abdelmoumene Khelifa. Il soutiendra devant le tribunal que la chaine a été créée pour "donner une bonne image de l'Algérie à l'étranger, au moment où les échos qui parvenaient du pays étaient faits uniquement de feu et de sang pendant la décennie 1990".

"J'ai voulu prouver aux étrangers que les Algériens pouvaient créer une chaîne de télévision sur leur propre sol, en plus de vouloir offrir un autre son de cloche que celui véhiculé par la télévision publique qui ne dit pas toute la vérité", a-t-il prcisé à ce sujet. à la question des motivations de créer plusieurs entreprises en un laps de temps si court, Khalifa se contentera de dire "la banque sert à transférer de l'argent, une compagnie aérienne sert à transporter des personnes", s'est contenté de répondre l'accusé, ajoutant que le capital de Khalifa Airways était fixé à 150 millions DA et qu'il avait hypothéqué son entreprise de pharmacie basée en France comme garantie auprès d'Airbus.

Quant à savoir si la compagnie aérienne était créée sur les propres fonds de Khalifa Bank, leur ex-propriétaire a assuré que la première était une cliente auprès de ladite banque, au même titre qu'elle était auprès d'autres banques.

"Pourtant plus de 70% des placements de la compagnie aérienne se faisaient auprès de votre banque", a rebondi alors le juge.

Un excédent de 7 millions d'euros dégagé par Khalifa Airways

"L'expertise française a démontré un excédent de 7 millions d'euros dégagé par Khalifa Airways", a observé Abdelmoumene Khelifa, pour signifier le bon état de santé financière de l'ex-compagnie aérienne au moment de sa dissolution.

Le juge a également interpellé l'accusé sur la question de l'achat de stations de dessalement de l'eau de mer par l'accusé.

"L'achat de ces stations n'était qu'un prétexte en vue d'obtenir des devises auprès de la Banque d'Algérie. De plus, la facture pro-format de l'achat des stations était fausse alors que les deux stations pilotes étaient en très mauvais état et contenaient de l'amiante", a indiqué le juge, se référant à une expertise scientifique.

L'ex-groupe Khalifa avait décidé en 2001 de faire don à l'Algérie de deux stations pilotes de dessalement de l'eau de mer d'une valeur de 3,5 millions de dollars, lesquelles avaient été effectivement réceptionnées.

Ce qui n'avait pas été le cas des trois autres, acquises au montant de 26 millions de dollars et n'ayant jamais été acheminées vers l'Algérie, lui a signifié le juge. A cela, le prévenu a répondu que la facture en question était signée par une société saoudienne de renommée internationale et dont il ne pouvait, par conséquent, en douter de la probité.

"J'ai cru bien faire et rendre service au pays au moment où une menace de sécheresse guettait les Algériens, mais j'ai fini par le regretter. Des spécialistes m'avaient pourtant dissuadé de le faire mais j'étais persuadé que c'était la solution la plus rapide pour régler ce problème", a-t-il lâché, à ce sujet.

Interrogé, par ailleurs, sur le transfert "illégal" de la somme de 45 millions d'euros ayant servi au payement de sa villa à Cannes (France) alors que sa valeur initiale était de 100 millions d'euros, le prévenu a expliqué qu'il s'agissait de 30 millions d'euros seulement qui représentaient un investissement de la défunte compagnie aérienne alors que l'immobilier en question lui a été vendu par "une personne en faillite".

Énumérant le reste des sociétés détenues par le groupe et liées notamment aux domaines de l'informatique, du catering, du graphique, le juge Menouar lâche cette question: "Maîtrisez-vous le transfert des fonds de toutes ces sociétés".

Ce à quoi l'accusé rétorque, avec une assurance évidente, en affirmant détenir une "dose de nationalisme" suffisante pour qu'il investisse autant de domaines.

Le procès après cassation de l'affaire Khalifa Bank s'est ouvert lundi au tribunal criminel de Blida, huit années après le premier procès en janvier 2007 au niveau du même tribunal.

Au total, 75 prévenus, dont 21 détenus en plus de l'accusé principal Abdelmoumene Khelifa, comparaîtront pour la deuxième fois lors de ce procès qui verra, par ailleurs, la présence de plus de 300 victimes et partie civile.

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