ALGÉRIE
06/05/2015 13h:33 CET

70 ans après les massacres du 8 mai 1945, Alger et Paris loin du traité d'amitié mais des relations au "beau fixe"

sétif

Officiellement, les relations algéro-françaises sont au "beau fixe". La question du Sahara Occidental fait partie des divergences entre Paris et Alger mais, observe un journaliste qui a assisté récemment à une rencontre avec Jean-Pierre Raffarin, président de la commission des affaires étrangères et de la défense au sénat français, les officiels algériens "n'évoquent pas ou très peu le sujet dans leur discussion avec les officiels français".

Jean-Pierre Raffarin a confirmé d'ailleurs au cours cette rencontre avec les journalistes que le sujet n'a pas été évoqué lors de ses rencontres avec les officiels algériens.

L'autre grand sujet de discorde, la qualification et l'établissement des faits, durant la période de l'occupation coloniale n'est devenu réellement une affaire d'Etat en Algérie qu'après la promulgation de la loi du 23 février 2005 qui disposait, en son article 4, que les "programmes scolaires reconnaissent en particulier le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord, et accordent à l’histoire et aux sacrifices des combattants de l’armée française issus de ces territoires la place éminente à laquelle ils ont droit".

Le gouvernement algérien avait réagi des semaines après les historiens et enseignants d'histoires français qui avaient soulevé le lièvre d’une disposition passée en catimini. Les historiens s'insurgeaient contre une tentative d'imposer une lecture officielle de l'histoire qui "vient couronner un intense travail du lobby se posant en représentant des rapatriés d'Algérie" comme le notaient dans un texte paru dans le journal Le Monde les historiens Raphaëlle Branche, Claude Liauzu, Gilbert Meynier, Sylvie Thénault.

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Dans les mois qui suivirent, la "famille révolutionnaire" à la suite du président Abdelaziz Bouteflika, est montée au créneau. Certains députés ont même proposé une loi incriminant le colonialisme que le gouvernement algérien n'a pas endossé. Mais la loi du 23 février 2005 - dont les aspects litigieux seront abrogés par la suite - aura eu raison du "grand projet" caressé par Abdelaziz Bouteflika et Jacques Chirac, la signature d'un "traité d'amitié entre l'Algérie et la France qui était "techniquement prêt" mais à qui il restait un "habillage politique" à faire.

Le traité d’amitié aux oubliettes

Feu Bachir Boumaaza, ancien ministre et président du sénat et auteur du livre e La Gangrène expliquait en juin 2005 dans un entretien à Florence Beaugé pourquoi cette loi du 23 février rendait l'habillage politique en question impossible.

"Les responsables français ont souvent dressé, ces derniers temps, un parallèle entre le traité franco-allemand et le traité en préparation entre l'Algérie et la France. Est-ce que le traité de l'Elysée-qui scella la réconciliation franco-allemande- aurait vu le jour avec une Allemagne continuant à faire l'apologie du nazisme ? La loi du 23 février 2005 s'apparente moralement à la démarche révisionniste concernant le nazisme".

Le ton de Bouteflika - qui avait également un référendum à faire passer - s'est durci au fil des mois. Il a dénoncé un "outrage", une preuve de "cécité mentale". En juillet 2006, lors d'un colloque organisé à Alger, sur le thème était "Le colonialisme : entre vérité historique et polémique politique", dans un texte lu par conseiller Mohamed Ali Boughazi , il affirmait que faire l'impasse sur la vérité historique "ne fera qu'élargir le fossé et compromettre l'avenir des relations entre deux pays".

L’occupation de l'Algérie a été "l'une des formes de colonisation les plus barbares de l'Histoire", "une barbarie caractérisée par la destruction et les violations flagrantes des droits naturels et civiques les plus élémentaires du peuple algérien".

Mais si le traité d'amitié est passé aux oubliettes, la question de la repentance est devenue secondaire dans le discours des officiels même si les membres de la "famille révolutionnaire" tentent d'entretenir la thématique.

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En France, des petites évolutions lexicales

Du côté de la France, des petites évolutions lexicales ont été observées. Dans un souci de rattraper la grosse "bourde" de la loi du 23 février 2005, l'ambassadeur de France de l'époque, Hubert colin de Verdière, a qualifié les carnages du 8 mai 1945 de ""tragédie inexcusable".

Trois ans plus tard, son successeur, Bernard Bajolet déclare que ces massacres "sont une insulte aux principes fondateurs de la République française". En 2012, le président François Hollande évoquait les "souffrances infligées par la colonisation" et "les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata".

Plus récemment, le secrétaire d'Etat chargé des anciens combattants et de la mémoire, M. Todeschini a déposé à Sétif une gerbe au mausolée de la première victime de ces événements.

Le ministre des moudjahidines,Tayeb Zitouni a parlé d'un geste "appréciable" mais "insuffisant" . Message en mode mineur qui évite de faire des vagues dans les "bonnes relations" algéro-françaises.

Cette année, c'est le président de la Fondation du 8 mai 1945, Abdelhamid Selakdji, qui dit les mots qui fâchent en accusant la France d'entretenir "l'ambiguïté" sur sa position au sujet des massacres du 8 mai 1945 en relevant que les visites sur les lieux des crimes coloniaux "ne peuvent constituer, à elles seules, des pas vers la reconnaissance tant revendiquée par les Algériens".

Lobby néocolonialiste

Pour lui, l'entrave à la reconnaissance des crimes coloniaux par la France qui viendra "tôt ou tard" vient d'un " un lobby néocolonialiste qui pèse lourdement sur la sphère politique de l'Hexagone et sur les résultats des élections".

"Ce lobby sait pertinemment que la France reconnaîtra tôt ou tard ses crimes coloniaux, non pas uniquement les massacres de Sétif, Guelma et Kherrata, mais aussi ceux commis à Saïda, Tighzirt et dans d'autres villes du pays", a-t-il soutenu.

Il a accusé ce "lobby" d'entretenir la polémique autour du nombre des victimes. "La répression avait causé 45.000 victimes, mais certaines parties de l'autre côté de la Méditerranée tentent de faire croire qu'il ne s'agissait que de 1.500, puis 8.000 ou 30.000 victimes".

Revenant sur la dernière visite en Algérie du secrétaire d'Etat français aux anciens combattants, Jean-Marc Todescini, qui s'est rendu à Sétif, le président de la Fondation affirme "ne pas croire" en ce genre d'initiatives, car, précise-t-il, "nous en avons déjà fait l'expérience" lors des visites effectuées par les anciens ambassadeurs à Alger, Collin de la Verdière et Bernard Bajolet.

Comment avancer sur ce dossier? Selakdji souhaite que la France ne se contente pas de petites mesures mais fasse un "geste qui symbolisera l'avancée vers la reconnaissance"...

Il propose que les groupes de Français qui ont émis le vœu de participer aux festivités commémoratives du 8 mai viennent "d'abord se recueillir à la mémoire des martyrs de la guerre de libération nationale dans les cimetières et les centaines de fosses communes".

"Notre souhait est que des Algériens et Français se recueillent à la mémoire des martyrs de la guerre de libération nationale, dans une cérémonie conjointe, largement médiatisée dans les deux pays".

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