MAROC
05/05/2015 13h:38 CET | Actualisé 05/05/2015 13h:55 CET

"Mix City": Marocains et Subsahariens sur les planches (INTERVIEW)

Page Facebook

CULTURE - Tisser du lien entre les Subsahariens et les Marocains pour lutter contre les discriminations qui touchent cette minorité dans le royaume, c'est l'objectif fixé par le projet théâtral "Mix City", en tournée au mois de juin dans plusieurs grandes villes du pays. Mehdi Azdem, un des concepteurs du projet et membre de l'association culturelle Racines, revient sur le projet.

HuffPost Maroc: Mix City est un projet lancé par l’association Racines, la troupe du théâtre de l’Opprimé de Casablanca et The Minority Globe. Expliquez-nous l'origine de ce projet...

Mehdi Azdem: L'idée nous est venue à force de voir ce que vivent les migrants subsahariens au quotidien dans nos rues. Nous avons répondu à un appel à projet de l'Union européenne sur les minorités à travers ce thème, en choisissant le théâtre comme médium. Nous sommes partenaires, l'association Racines, la troupe de théâtre de l'opprimé de Casablanca qui fait des représentations théâtrales de rue, et The Minority Globe, un collectif de migrants subsahariens, et nous avons misé sur le développement à travers la culture.

Pour nous, l'art est le meilleur moyen pour faire évoluer les mentalités. Notre but est de jouer dans l'espace public et de faire participer le public en leur demandant ce qu'ils pensent de telle ou telle scène avant de les y insérer.

Pensez-vous que la société marocaine soit raciste?

Oui la société marocaine est raciste même si le degré de racisme dépend des régions. À Nador, par exemple, les migrants subsahariens subissent de très fortes stigmatisations et violences de la part de la population locale. D'après les informations transmises par le groupe antiraciste de défense et d'accompagnement des étrangers et migrants (GADEM), des habitants les passent à tabac ou les dénoncent à la police. Ils sont effectivement nombreux dans la région à espérer passer de l'autre côté.

Par contre, dans les grandes villes comme Casablanca, Rabat, Agadir, le racisme ambiant se manifeste autrement, à travers une ignorance totale de cette minorité. On porte partout un regard malveillant sur les Subsahariens. Dans les hôpitaux, ces personnes sont très souvent laissées à l'abandon sans que le personnel médical ne leur prodigue le moindre soin, les chauffeurs de taxi refusent souvent de les prendre dans leur voiture et ils se trouvent littéralement rejetés des administrations publiques.

Pour vous, le théâtre est-il une arme efficace pour lutter contre les discriminations? Comment réagit le public?

Je pense que le théâtre est très efficace dans la mesure ou cet art, surtout lorsqu'il est joué dans l'espace public comme c'est le cas pour "Mix City", cible l'ensemble de la société. Par ailleurs, au cours de notre tournée, nous sommes en contact avec des associations qui mobilisent les sociétés subsahariennes dans le but de pouvoir créer à chaque fois un espace d'échange entre les deux communautés. C’est pourquoi nous essayons d'intervenir dans les villes où il y a le plus de concentration de Subsahariens.

Je considère que regarder jouer ensemble 5 comédiens subsahariens et 5 comédiens marocains est déjà une victoire. Bien sûr nous prenons des risques en prenant ce parti du théâtre de rue et de l'interaction avec le public. On sait bien que les gens peuvent mal réagir face à une représentation, ou que des migrants subsahariens prennent ça trop à la légère, surtout quand on joue face à 400 personnes. Pour faire face à tout débordement, nous avons mis en place une sorte de joker qui se doit d’intervenir comme un médiateur.

Retrouvez les articles du HuffPost Maroc sur notre page Facebook.