MAROC
30/04/2015 13h:55 CET

FIDADOC 2015: Pourquoi les jeunes cinéastes devraient aussi se tourner vers le film documentaire (INTERVIEW)

FIDADOC 2015: Pourquoi les jeunes cinéastes devraient aussi se tourner vers le film documentaire (INTERVIEW)
AICPRESS
FIDADOC 2015: Pourquoi les jeunes cinéastes devraient aussi se tourner vers le film documentaire (INTERVIEW)

CINÉMA – Et si les jeunes cinéastes se lançaient dans l’aventure documentaire plutôt que la fiction? A l’occasion de la 7ème édition du Festival international du film documentaire d’Agadir (FIDADOC), qui se tiendra du 4 au 9 mai, Hicham Falah, directeur du festival, fait le pari d’attirer les jeunes vers un format visuel en plein boom. Entretien.

HuffPost Maroc: Le FIDADOC va ouvrir sa 7ème édition. Comment a évolué le secteur du film documentaire au Maroc depuis la création du Festival?

Hicham Falah: Le documentaire a aujourd’hui trouvé sa place dans le paysage cinématographique et audiovisuel du pays. Il y a 8 ans, on recevait très peu de films marocains ou arabes, peu de documentaires étant produits. Mais, suite aux révolutions en Tunisie et en Egypte, il y a eu une explosion du cinéma documentaire et de la liberté de parole.

On a contribué à cette évolution en montrant que faire un documentaire, c’est aussi raconter une histoire, avec un langage cinématographique, des personnages, une tension dramatique, etc. C’est maintenant acquis auprès du public, et cela commence à intéresser de plus en plus de professionnels, de jeunes réalisateurs et de cinéastes, qui veulent montrer la vie réelle tout en racontant une histoire.

Vous sentez donc un intérêt croissant des spectateurs pour votre festival?

Oui, nous continuons d’attirer beaucoup de festivaliers. Comme la plupart des festivals marocains, il est gratuit. Le nombre de spectateurs est en fait proportionnel au nombre de projections que l’on fait. Si on avait les moyens d’en faire beaucoup plus, on pourrait attirer plus de monde. On est à peu près à 15.000 spectateurs, en comptant tous les lieux de projection: la salle, mais aussi les activités en plein air, les universités etc.

Quelle stratégie avez-vous adoptée pour faire rayonner les documentaires marocains, sur le plan national et international?

Au niveau national, c’est clair que le premier relais est notre partenaire médiatique et financier 2M. C’est un levier important qui donne de la visibilité aux documentaires, diffusés gratuitement en prime time par la chaîne de Aïn Sebaâ. Quand le film est vu par 3 millions de téléspectateurs, c’est sûr que le rayonnement est très important.

L’autre relais, c’est le travail fait avec les universités et les écoles de cinéma. Les apprentis cinéastes qui sont intéressés par le documentaire représentent la génération de demain. Cela paraît de plus en plus naturel aux jeunes cinéastes de se dire que dans leur vie, ils feront du documentaire et de la fiction, et que le premier n’est pas forcément inférieur au second.

Qu’est-ce qui pourrait pousser les jeunes intéressés par l’audiovisuel à se lancer dans le documentaire, souvent moins "attirant" que le cinéma?

Il faut que les jeunes cinéastes voient des documentaires et rencontrent des réalisateurs afin d’avoir des modèles, pour ensuite avoir envie d’en faire. Nous leur donnons les clés pour comprendre ce format-là, qui peut être visuellement et techniquement très beau, avec des moyens beaucoup moins importants qu’au cinéma.

Nous leur montrons également qu’un film documentaire peut circuler beaucoup plus qu’un film de fiction, et qu’un réalisateur de documentaire peut aussi être reconnu internationalement. Il n’y a qu’à voir les films marocains qui ont été en compétition ces 4 ou 5 dernières années, et qui ont beaucoup plus circulé sur les télévisions et dans les festivals étrangers que les fictions marocaines, qui ont souvent une petite audience.

Peut-on dire que le film documentaire ne connaît pas la crise?

Pour la première fois cette année, au Festival de Cannes, il y aura une compétition spéciale pour les documentaires. Ce nouveau prix ("L’œil d’or") récompensera le meilleur documentaire toutes sections cannoises confondues. C’est une reconnaissance de la place du documentaire aujourd’hui, considéré comme équivalent au film de fiction.

Dans l’histoire du cinéma, le documentaire a souvent redonné de la vitalité au cinéma. Il est de plus en plus reconnu, et n’est plus considéré comme le "parent pauvre" du cinéma. L’économie du film documentaire a par ailleurs toujours été artisanale: les gens qui réalisent un documentaire sont tous parfaitement conscients que l’existence du film dépend des efforts de chacun. Chaque personne sait combien coûte la réalisation. C’est un cinéma plus humain.

LIRE AUSSI:

Retrouvez les articles du HuffPost Maroc sur notre page Facebook.