MAGHREB
25/04/2015 11h:51 CET | Actualisé 25/04/2015 11h:52 CET

Pakistan: Choc et stupeur après le meurtre d'une militante des droits humains

A woman mourns after attending the funeral prayers of prominent women's rights activist Sabeen Mehmud, who was killed by unknown gunmen in Karachi, Pakistan on Saturday, April 25, 2015. Gunmen on a motorcycle killed Mehmud in Pakistan just hours after she held a forum on the country's restive Baluchistan region, home to a long-running insurgency, police said Saturday. (AP Photo/Fareed Khan)
ASSOCIATED PRESS
A woman mourns after attending the funeral prayers of prominent women's rights activist Sabeen Mehmud, who was killed by unknown gunmen in Karachi, Pakistan on Saturday, April 25, 2015. Gunmen on a motorcycle killed Mehmud in Pakistan just hours after she held a forum on the country's restive Baluchistan region, home to a long-running insurgency, police said Saturday. (AP Photo/Fareed Khan)

L'intelligentsia pakistanaise était sous le choc samedi au lendemain de l'assassinat de Sabeen Mahmud, une militante respectée des droits humains abattue dans la métropole Karachi (sud) quelques minutes après avoir tenu une conférence sur l'un des sujets les plus sensibles au pays: la province rebelle du Baloutchistan.

Sabeen Mahmud rentrait vendredi soir avec sa mère en voiture du "The Second Floor", un café-débat qu'elle dirige, après une conférence sur la situation des droits humains au Baloutchistan lorsque des hommes armés les ont pris d'assaut dans le quartier cossu et sécurisé de Defence.

La militante des droits humains a été criblée de cinq balles et est morte sur le coup, tandis que sa mère a été blessée, d'après la police locale.

"Selon nos premières informations, il semble que l'attaque soit due à une inimitié personnelle", a déclaré à l'AFP Moeez Pirzada, le porte-parole de la police du Sind, province dont Karachi est la capitale, suggérant ainsi que Mme Mahmud avait été ciblée sans toutefois épiloguer sur l'identité potentielle de ses meurtriers.

Sabeen Mahmud venait de quitter son café où elle avait tenu un séminaire baptisé "Redonner la voix au Baloutchistan, deuxième partie", en référence à une conférence similaire prévue à l'université Lums de Lahore (est) mais qui avait été annulée au début du mois par les puissants services de renseignement.

La tête d'affiche de ces deux conférences était Mama Qadeer, un septuagénaire qui avait marché 2.000 kilomètres l'an dernier à travers le Pakistan afin d'attirer l'attention sur la question des droits humains au Baloutchistan, vaste province gorgée de ressources minières, et le théâtre d'un conflit méconnu opposant une rébellion sécessionniste aux forces de sécurité pakistanaises.

Mama Qadeer, ou "Oncle Qadeer", de son vrai nom Abdul Qadeer Baloch, avait fondé il y a cinq ans l'organisation La voix des personnes portées disparues au Baloutchistan (VBMP) après la disparition de son fils, membre d'un parti nationaliste baloutche, finalement retrouvé mort criblé de balles.

Taire la voix des Baloutches?

De nombreuses organisations de défense des droits humains accusent les services secrets pakistanais de kidnapper, détenir, puis tuer, des partisans présumés de l'indépendance du Baloutchistan. Des responsables pakistanais ont toujours nié leur implication dans ces disparitions mystérieuses.

En mars dernier, Mama Qadeer avait été interdit de séjour à l'étranger alors qu'il devait se rendre à une conférence aux Etats-Unis sur la situation des droits humains dans sa province, la moins développée du pays malgré ses importants gisements gaziers.

"Il est très difficile de parler du Baloutchistan au Pakistan. Lorsque vous évoquez la question des droits humains dans cette région, vous êtes tout de suite considérés comme un traître", a déclaré samedi à l'AFP Mama Qadeer. "Je reçois constamment des menaces au téléphone, provenant de numéros qui n'apparaissent pas à l'écran, et la situation empire. Maintenant, les services secrets viennent à ma rencontre pour me demander d'arrêter mes activités", a-t-il ajouté.

Sur les médias sociaux et dans la presse locale, le meurtre mystérieux de Sabeen Mahmud, qui s'ajoute à une série d'attaques ces dernières années contre des personnalités dites "libérales" ou progressistes, défrayaient la chronique samedi, plusieurs personnes lui rendant un hommage vibrant.

Son meurtre intervient alors que Pékin et Islamabad ont dévoilé cette semaine leur projet de créer un corridor économique reliant l'ouest chinois au port pakistanais de Gwadar, sur la mer d'Arabie, afin de connecter la Chine au Moyen-Orient via le Pakistan.

La Chine prévoit des investissements de 46 milliards de dollars américains (centrales électriques, port, chemin de fer, etc.) au Pakistan pour donner vie à cette autoroute énergétique qui traversera en partie la province instable du Baloutchistan où est situé le port de Gwadar.

Mais les rebelles baloutches s'opposent au développement de ce port tant que leur province ne sera pas un "pays" et refusent pour l'heure de participer à un dialogue de paix.

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