MAROC
20/04/2015 03h:04 CET

Casablanca, le kitsch et les années 80: Malca, l'auteur du tube "She get's too high", se confie (INTERVIEW)

Casablanca, le kitsch et les années 80: Malca, l'auteur du tube "She get's too high", se confie (INTERVIEW)
Casablanca, le kitsch et les années 80: Malca, l'auteur du tube "She get's too high", se confie (INTERVIEW)

MUSIQUE – Il a dévoilé un seul titre, mais il n’en a pas fallu plus pour émoustiller la presse française, qui parle déjà de "tube de l’été". De passage à Casablanca pour un concert donné lors de la 10ème édition du Festival Jazzablanca, le chanteur marocain Malca, qui vit à Paris, s’est confié au HuffPost Maroc. Des bancs du lycée Lyautey aux scènes parisiennes, l’artiste aux cheveux mi-longs et au look coloré revient sur son expérience musicale qui doit beaucoup à Casablanca.

HuffPost Maroc: Vous venez de sortir le titre "She get’s too high", qualifié par la presse française de "tube de l’été". Pouvez-vous nous raconter la genèse de ce titre, et pourquoi le clip est-il si kitsch?

Malca: C’est une chanson qui a été composée il y a déjà quelques années, et qui fait partie des titres que j’ai enregistrés l’année dernière dans le secret de mon studio parisien. On a décidé de le sortir au mois de mars 2015 pour qu’elle rencontre le public. Il s’agissait de sortir ce morceau avec un support visuel, et comme nous n’avions pas vraiment le budget pour faire un clip, on a bricolé cette vidéo à partir de plusieurs clips. On a trouvé intéressant le décalage entre le chaâbi marocain et des textes très pop, avec ce côté kitsch qui correspondait complètement au second degré que le morceau proposait.

Malca, c’est quoi et c’est qui?

Malca c’est moi, c’est mon nom de famille, mais Malca c’est aussi une bande de copains et une équipe avec qui je travaille et je collabore, mon manager et deux musiciens. Malca, c’était enfin la volonté d’assumer mon nom, qui est aussi un symbole puisqu’il signifie "la royauté". On voulait revendiquer cela.

D’où vous vient votre goût pour la musique?

J’habite à Paris depuis sept ans mais je suis Marocain et j’ai grandi à Casablanca jusqu’à mes 18 ans. J’ai commencé très jeune la musique au Maroc. Cela partait d’une volonté de m’épanouir socialement, de rencontrer des gens. Et aussi de m’exprimer concrètement dans une ville où il est très difficile de s’exprimer avec la musique. Il y a peu d’opportunités, donc il faut essayer de se les créer. J’ai eu beaucoup de chance de grandir à Casablanca et d’apprendre la musique ici: ça m’a donné l’envie de briser les codes de la musique marocaine.

Racontez-nous votre première expérience sur scène…

Mon premier vrai concert, c’était au lycée Lyautey, c’était un vrai concert de rock, avec tous les aléas qu’il représente… Des filles en folie, un jeune chanteur qui saute dans le public, une expérience très rock’n’roll!

Comment Casablanca influence-t-elle votre musique aujourd’hui ?

Casa, c’est ma source d’inspiration dans tous mes messages. J’essaie toujours de retrouver l’authenticité de cette ville, qu’elle perd petit à petit avec tous ces nouveaux "très beaux" bâtiments que l’on voit… (rires) Je suis un grand nostalgique. J’essaie donc – et cela se verra dans mes prochains titres – de parler de tout ça, de créer une sorte de monde parallèle, un monde qui relie à la fois l’Orient et l’Occident, l’Amérique et le monde arabe. Je voulais faire une musique avec toute cette mixité qu’offre Casablanca.

On ressent bien cette nostalgie dont vous parlez dans ce clip très "années 80"…

Oui, et pourtant c’est un véritable paradoxe, parce que je suis aussi fasciné par tout ce qui se passe aujourd’hui dans la musique, j’écoute beaucoup plus d’artistes très récents que d’artistes old school, même si j’en ai énormément écoutés. Et j’utilise également des machines sur scène, je fais de la musique électronique. Cela dit, c’est vrai que j’ai le sentiment que dans les années 80-90, on touchait à une esthétique qui n’a pas été poussée jusqu'au bout de son potentiel, et c’est quelque chose que j’avais envie d’exploiter.

Quels artistes, old school ou récents, vous inspirent?

Pour citer les plus grands, je dirai Al Green, qui est mon père spirituel à cause de ce qu’il dégage vocalement et en termes d’émotion. Je dirai aussi Madonna, pour ses prises de risque et cette envie de se renouveler, et je suis fasciné par tout ce qu’elle a fait dans les années 80. Et plus récemment, je citerai un groupe anglais que j’adore également, Kindness, moins connu mais qui reprend tous les codes de la funk de Minneapolis avec une vraie touche british, où l’on retrouve les sons des années 80 que j’aime tant.

Que trouvera-t-on dans votre premier album?

On trouvera à la fois des morceaux très faciles d’accès, très funky et groovy, et des morceaux plus R’n’B, beaucoup plus durs dans les textes, et peut-être aussi plus électroniques. Je suis toujours tiraillé car je ne veux pas me bloquer dans une expression, c’est-à-dire que j’aimerais à la fois passer des moments extraordinaires à faire danser les gens, mais j’aimerais aussi provoquer chez eux des émotions très dures et très profondes. C’est cet équilibre-là que je vais essayer de créer dans mon prochain album, qui sortira probablement début 2016. En attendant, on sortira un maxi à la fin du mois de mai.

Public marocain, public parisien… Vous voyez des différences?

Le public marocain est plus festif que le public parisien, mais il a parfois un peu plus de mal à se laisser aller sur des musiques plus spirituelles, émotives, qui seront davantage accessibles au public parisien. Mais c’est aussi pour cela qu’on s’éclate avec les Marocains!

Après cet album, vous avez d’autres projets, musicaux ou artistiques?

Je suis vraiment à l’affût de tout ce qui se passe culturellement au Maroc. On aimerait faire un peu de merchandising sur des habits, je m’intéresse à la mode et je sens qu’il y a un vrai potentiel ici en terme de créativité dans ce domaine-là. J’aimerais beaucoup participer à ce mouvement qui est en train de s’épanouir.

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