ALGÉRIE
18/04/2015 06h:41 CET | Actualisé 18/04/2015 12h:07 CET

L'Algérie a perdu ses psychiatres au moment où elle en avait le plus besoin

stress

L'Algérie a perdu ses psychiatres au moment où elle en avait le plus besoin, dans les années 90, quand les Algériens "pris en étau entre deux évènements traumatiques majeurs, la guerre de libération d’une part et la guerre civile d’autre part".

Dans un entretien publiée en janvier 2012 sur le site électronique de l'hebdomadaire La Nation et repris par celui de la LADDH, le professeur Farid Chaoui révélait l'ampleur des départs dans les rangs des psychiatres.

Décrivant les éléments du stress post-traumatique, "ce rendez-vous raté avec la mort" observé chez de nombreux algériens, le professeur Farid Chaoui, soulignait que le "traitement n’est pas exclusivement médical. La réparation est médicale, juridique et même politique".

Outre l'absence de volonté politique du traiter d'un problème qui "existe aussi au sein des forces de sécurité, pompiers, gendarmes et militaires" et qui va finir "par nous exploser à la figure" si on l'ignore, le professeur Chaoui faisait aussi le constat aggravant de la fuite des compétences à même de s'occuper "médicalement" du problème".

"Je dois aussi souligner, malheureusement, que c’est à cette période que de nombreux psychiatres algériens ont quitté le pays. En France, il y avait à cette période un vrai déficit en psychiatres, ils étaient bien heureux d’accueillir et de recycler les psychiatres algériens".

Combien étaient-t-ils ? "On parle de 6000 spécialistes qui sont partis. Certaines spécialités se sont vidées, comme la psychiatrie. En face, il y avait une pompe aspirante qui a fonctionné" notait-il.

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A faire perdre la tête aux psys !

Les chiffres établis par le Cread à partir des données publiques confirment ce triste constat du professeur Chaoui. Les psychiatres algériens constituent le taux de fuite le plus important dans le corps des médecins spécialistes. Ils représentent 43,41% du nombre total des médecins algériens qui ont quitté le pays.

LIRE AUSSI: Brain drain : comment l'Algérie, la Tunisie et le Maroc perdent leurs têtes (étude)

Pourquoi partent-ils ? Lors de la rencontre sur la fuite des cerveaux au Maghreb organisée le 14 avril dernier à Alger, une étude exploratoire sur le "medical brain drain" du Dr Ahcène Zenati, maître de recherche au Cread, exclut le motif de la "rémunération".

Dans le corps des spécialistes, les salaires sont de l'ordre de 110.000 dinars contre 131.000 pour les professeurs chefs d'unités et près de 78.000 pour les généralistes. La question de la rémunération ne parait pas être une explication valable.

Une explication plus globale, plus "politique" est à explorer dans un pays où, le savoir et les diplômes ne sont pas "critères objectifs et incontournables de l’ascension sociale et professionnelle" et ou "l’affairisme et le favoritisme seraient devenus les moyens reconnus et privilégiés" ainsi que le constate un rapport. Une situation à faire perdre la tête même à un psychiatre et à le pousser à prendre ses jambes à son cou ?

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La santé mentale en Algérie

Il est difficile d’avoir des chiffres sur l’état de la santé mentale en Algérie. En 2007, une étude suisse sur les maladies mentales dans le monde présentée par le professeur Norman Sartorius chiffrait à près de deux millions le nombre d’Algériens qui ont besoin d’une "prise en charge psychiatrique conséquente".

"La fourchette va entre 3 pc et 7 pc de la population, soit un million et demi d'algériens qui doivent bénéficier d'un traitement psychiatrique", avait déclaré le professeur Sartorius (Suisse) qui s’exprimait en marge d’un Congrès international de psychiatrie organisé en Algérie. Il relevait aussi que ces chiffres étaient "modérés" comparativement à une étude américaine qui estimait qu’en 10 et 12% d’Algériens souffraient de maladies mentales.

En octobre dernier, le sous-directeur de la santé mentale au ministère de la Santé, le Dr Mohamed Chakali a indiqué qu’un plan national de la santé mentale est en cours d’élaboration. "Un plan national de la santé mentale (2015-2020) ayant pour objectif de prévenir les maladies mentales et un meilleur suivi des patients est en cours de conception par un comité d’experts en vue de réduire les effets de certains phénomènes sociaux à l’origine des pathologies psychiatriques", avait-il indiqué à l’APS.

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