ALGÉRIE
03/04/2015 09h:55 CET | Actualisé 03/04/2015 13h:48 CET

Khaled Drareni raconte l'épisode Dzaïr TV: "on m'a mis dehors parce que j'ai fait mon travail"

Khaled Drareni fait aujourd'hui un journal télévisé en langue française à la chaîne Echourouk TV. Il était auparavant à Dzaïr TV, une expérience brutalement interrompue dans un contexte électoral où le propriétaire de la chaîne était fortement et ouvertement engagé en faveur du 4ème mandat pour Bouteflika. Il ne regrette pas son passage par Dzaïr TV tout en conservant un certain étonnement du fait d'avoir été mis à l'écart pour avoir simplement "fait son travail".

HuffPost Algérie: Pourquoi avez-vous disparu des écrans de Dzaïr TV? Peut-on le dire aujourd'hui?

Khaled Drareni: Au début, j'ai disparu de mon propre chef en signe de protestation contre la déprogrammation d'un numéro de mon émission de débat politique "Controverse" avec notamment le président de Jil Jadid et des représentants des candidats Bouteflika et Benflis. J'avais alors décidé de suspendre mes activités à Dzaïr TV jusqu'à la fin de la Présidentielle.

Mais après le scrutin, on m'a fait comprendre que mon retour à l'antenne ne pouvait pas se faire dans l'immédiat. Je suis finalement resté interdit d'antenne pendant 6 mois.

Et au bout de ces 6 mois?

Au bout de ces 6 mois, j'en avais marre des promesses de retour à l'antenne. J'ai donc décidé de quitter la chaîne fin septembre 2014.

Vous avez donc quitté de votre propre chef la chaîne. Considérez-vous aujourd'hui qu'on vous a censuré et si c'est oui pourquoi?

Si il y a un autre mot que la censure pour qualifier ma mise à l'écart, j'aimerais bien le connaître. Les raisons précises et exactes qui ont empêché mon retour à l'antenne je ne les connais toujours pas. On ne m'a donné aucune explication.

Et vos employeurs ne vous ont jamais rien dit sur les raisons de votre mise au placard ou interdiction d'antenne?

En fait, contrairement à ce que beaucoup vont penser, j'ai et je continue à avoir beaucoup de respect pour mes employeurs directs. J'ai conscience qu'ils ont toujours été corrects avec moi. Mais le problème est ailleurs me semble-t-il. Le problème réside dans ceux qui ont fait pression et qui ont téléphoné pour que je n'apparaisse plus sur les écrans.

La formule "mis au placard" est la plus appropriée" à mon sens. Je ne savais pas ce que ça voulait dire avant de le subir. Tout ce que je sais c'est qu'on a ordonné mon interdit d'antenne. 6 mois de placard sans explications précises, ça pèse un moment.

Vous avez dit "ceux qui ont fait pression et qui ont téléphoné" pour que vous disparaissiez des écrans, vous pensez à qui? Qu'est ce qui a pu gêner justement dans ce que vous faisiez?

Je pense que ce qui a gêné c'est que des journalistes comme Abdallah Benadouda et moi avons décidé de rester neutres pendant la campagne de l'élection présidentielle. Ce qui gène c'est que nous ne sommes pas des béni oui-oui, que nous refusons d'être mis dans un camp ou dans un autre.

Que nous n'acceptons pas de faire des interviews complaisantes, et que nous posons les questions qu'il faut car nous avons une crédibilité à préserver.

On vous a demandé d'être "gentil" avec un tel ou tel avant que vous ne prenez la décision du break durant la campagne présidentielle?

Il y avait par moments des "appels au calme" comme je les appelle. Des signes avant coureurs qui montraient qu'il fallait qu'on soit moins virulents. Je comprends cela, mais je n'y adhère pas. Je comprends que la vie est faite de compromis, mais je pense que le compromis s'arrête là ou commence la crédibilité.

En toute franchise, quel est "l'impair" que vous auriez commis et auquel vous pensé avoir été mis à l'écart pour ?

Ma mise à l'écart a été sans doute décidée après l'incident que j'ai eu avec Abdelmalek Sellal lors de l'interview qu'il m'avait accordée 24 heures avant la fin de la campagne électorale.

En quoi cette interview a été exceptionnelle?

Ayant décidé le 3 avril de suspendre mes activités à Dzair TV jusqu'à la fin de l'élection, je reviens tout de même sur ma décision pour effectuer cette interview avec M. Sellal car en fait elle était programmée depuis longtemps. L'entretien s'est bien déroulé dans l'ensemble hormis les interventions de Hamraoui Habib Chawki, membre du staff du candidat Bouteflika, qui m'a interrompu 2 fois jugeant mes questions inopportunes. A la fin de l'entretien, je pose une question qui déplaît à M. Sellal, qui quitte aussitôt le plateau.

Et c'était quoi la question déplaisante?

"Monsieur Sellal, vous avez déclaré ce matin à la Coupole que le président Bouteflika était un don de Dieu, est-ce que ce n'est pas exagéré ?". La question a été supprimée au montage. Mes responsables ont réagi mal. Mes collègues ont réagi de manière partagée, la plupart m'ont soutenu, et les autres en plus de ne pas me soutenir, m'ont traité de pseudo héros de la liberté d'expression.

Comment avez vous vécu ces 6 mois d'interdit d'antenne?

Une période difficile, ou l'on ne ne sait plus quoi faire. On est dans l'attente. L'attente de retravailler et de faire ce que je sais le mieux faire, c'est à dire faire de l'information. C'était un sentiment que je n'avais jamais connu auparavant. Ce qui est le plus révoltant dans tout ça, c'est que je suis convaincu qu'on m'a mis dehors parce que j'ai fait mon travail.

Un an plus tard, et avec du recul, quel regard portez vous sur toute cette histoire et comment pensez vous à cette première expérience de télévision?

Dzair est très exactement ma deuxième expérience à la télévision après Canal Algérie. J'ai vraiment cru à cette aventure, et j'ai d'ailleurs tout quitté pour elle, notamment la radio où j'ai beaucoup appris. Avec du recul, je n'ai aucun regret, absolument aucun. Je suis fier d'avoir travaillé dans cette chaîne, d'avoir été même le premier journaliste officiellement recruté en son sein. J'y ai beaucoup, appris, et j'y ai surtout connu des gens formidables, mis à part les béni oui-oui bien sûr! Et comme je le dis souvent, ce n'est pas moi qui ai quitté Dzair TV, mais c'est elle qui m'a quitté.

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