ALGÉRIE
03/04/2015 05h:26 CET | Actualisé 03/04/2015 09h:22 CET

Une académie des sciences pour l'Algérie au temps des Belahmar et du retour des "Chamharouche"

epSos.de/Flickr

Après 48 heures de garde-à-vue, le "raqi" Belahmar, placé sous contrôle judiciaire dans l'affaire de la mort d'une jeune fille de Bordj Bou Arreridj dans sa "clinique", a quitté le tribunal de Relizane dans un convoi bruyant et sous l'acclamation de ses "fans". Devant des habitants médusés, les "fidèles" de Belahmar ont fêté à coup de klaxons sa liberté retrouvée même si lui et ses "infirmières" sont poursuivis pour homicide involontaire et exercice illégal d'activité réglementée.

Belahmar, rapporte El Khabar, ne peut plus recevoir dans sa "clinique" qui a été fermée mais "cela ne l'empêchera de poursuivre son activité par d'autres moyens comme il l'a fait par le passé. Et ses fidèles disent que sa "mise en liberté est une preuve de sa force, de sa foi et de la sincérité de ses intentions". La famille de la jeune fille décédée n'a pas porté plainte contre Belhamar convaincue que ce qui est arrivée était son "destin".

Belahmar a des fans et des adeptes qui "croient" en lui et que la mort d’une jeune femme n’ébranle pas. Il est vrai que des journaux arabophones influents n’ont cessé au cours de ces dernières années de relater ses grands faits d’armes. A l’image du journal Echourouk qui a rapporté l’immense gratitude d’une famille de Khenchela pour "Abou Mouslim Belahmar" qui a réussi à faire fuir "plus de 2000 djinns juifs qui avaient envahis leurs maisons et rendu leur vie impossible".

La mort de la jeune fille de Bordj Bou Arreridj "hospitalisée" chez Belahmar suscite des commentaires très contradictoires sur les réseaux: Certains défendant "l’exorciste" qui contrevient pas à la religion, d’autres dénonçant un charlatan et s’offusquent de sa libération.

L'ASTA au temps des pratiques magiques

L’affaire survient en tout cas, dans un télescopage très algérien, au moment où dans le très sobre journal officiel de la république algérienne paraissait un décret présidentiel portant création de l’académie algérienne des sciences et technologies.

L'académie, l’ASTA, est chargée notamment de "promouvoir les sciences et technologies, et renforcer leur impact dans la société" et de "promouvoir le développement de la culture scientifique et technique en rapprochant les sciences et technologies de la société".

Une lourde tache dans un pays où les pratiques "magiques" ont fait leur retour sur fond de montée du bigotisme religieux et, aussi, de défaillance des structures de la santé publique. Mais surtout, elle est le fait d'une régression intellectuelle et d'une défaillance dans la diffusion du savoir et des connaissances scientifiques.

Les pratiques des "raqi" qui ne se limitent pas aux "stars" comme Belahmar ne sont pas sans rappeler l'histoire du charlatan de Boumedfaa, dans les années 70, qui a donné un film, réalisé par Mustapha Badie. Le scénario était de Mohamed Bouzidi, qui a campé, lui-même et de manière époustouflante, le rôle de Cheikh Nouri, le sorcier, l’ennemi de la société.

Les plus âgés se souviennent parfaitement de "chamharouche" et des incantations de ce sorcier. Le film de la défunte RTA, était, dans l’air du temps, une dénonciation "progressiste" du charlatanisme et une défense de la science et de la rationalité.

Trois décennies plus tard, l’Algérie est loin d’être "progressiste" et il faut bien constater que la rationalité n'a pas gagné la partie sur le charlatanisme et l'obscurantisme.

"Cheikh Belahmar" qui fait l'actualité judiciaire ces derniers temps a été même le "raqi" officiel de l'équipe nationale algérienne de football, ce qui lui assurait une méga-publicité de grand guérisseur.

Cheikh Chemssou, l'imam cathodique d'Ennahar, lui a même lancé un "Allah Y3aounek Ya Belahmar (Que Dieu t'aide ô Belahmar"), fais sortir leur djinns. Commence par les djinns des grands responsables". C'est, avait-t-il clamé, un "médecin" respectueux de la charia qui a inventé une "nouvelle manière de traitement en injectant directement l'eau purifiée (soumise à rokia) dans le sang des malades"!

Les guérisseurs et exorcistes ont le vent en poupe depuis des années. En 2006 déjà, dans le Quotidien d’Oran, on s’inquiétait de ce retour au "charlatanisme vénal" qui se nourrit de la "crédulité des gens". Ce "charlatanisme qui revient, drapé du sceau de la religion s’étend et se banalise en Algérie".

LIRE AUSSI: Blog - Pensée magique et défaite de la raison

Depuis ce temps, des télévisions encore plus puissantes que les journaux servent de relais à cette banalisation. L’ASTA a donc fort à faire pour donner à la science une place primordiale dans un pays où la pensée magique a pignon sur rue.

Retrouvez les articles de HuffPost Algérie sur notre page Facebook.


Pour suivre les dernières actualités en direct, cliquez ici.