ALGÉRIE
03/04/2015 09h:55 CET | Actualisé 03/04/2015 11h:38 CET

Abdallah Benadouda, la "preuve" que Dzaïr n'a plus: une mise au placard vécue "comme une violence et une trahison"

Pour ceux qui connaissent son humour et son talent, la présence de Abdallah Benadouda à Dzaïr TV où il animait l'émission System.dz était la "preuve" qu'on pouvait travailler correctement et librement même dans une télévision appartenant à un homme d'affaires engagé dans le 4ème mandat.

Benadouda a été viré. Dzaïr TV a perdu l'argument Benadouda qui la valorisait. La chaîne est bien dans le System.dz! Benadouda, lui, continue d'être en colère. Contre la méthode. Et parce qu'il y a cru. Il parle de son exil étasunien. A sa manière. Librement. Hors System.dz.

HuffPost Algérie: Cela fait un an que vous avez disparu des écrans de télévisions, peut-on savoir pourquoi?

Abdallah Benadouda: J'ai été interdit d'antenne a Dzaïr TV sur ordre de Said Bouteflika. Suite a une émission où j'ai révélé que des artistes avaient été rémunérés pour pousser la chansonnette à la gloire de Bouteflika pendant la campagne du 4e mandat.

Ils vous ont dit clairement que c'était un ordre du frère du président Bouteflika?

Oui. Clairement. Le directeur de la chaîne, Mohamed Hakem, m'a dit " tu sais d'où ça vient" et Ali Haddad a promis de tout faire pour "régler le problème" comme si la chaîne ne lui appartenait pas vraiment. Le frère du président a fortement douté de la fidélité de Ali Haddad après mon émission et l'a clairement menacé de "tout arrêter" si je n'étais pas viré et vite.

On vous a mis au placard à l'instar de Khaled Drareni ou est-ce un licenciement?

On m'a forcé à démissionner. On m'a dit "qu'il valait mieux que je le fasse pour le bien de tout le monde". J'ai donc compris le message rapidement. Impossible pour moi de lutter contre eux. En même temps, ma démission a été gelée en attendant des jours meilleurs. Mais les jours meilleurs ne sont jamais venus.

Comment avez vous vécu cette mise au placard et puis votre licenciement?

Très très mal. J'étais un des pionniers de la chaîne. Depuis le début. Depuis sa version internet. Je l'ai vécue comme une violence et comme une trahison. J'ai déjà subi ça par le passé, que ce soit dans le domaine du livre ou à la chaîne 3. Mais jamais aussi brutalement. Ce sont des méthodes de voyous!

Violence de qui et trahison de qui? Pensiez vous sérieusement en rejoignant la chaîne de Ali Haddad que vous auriez une liberté de ton garantie?

Violence par la méthode et par les intimidations pour me la "fermer" et trahison parce que Ali Haddad avait promis de me laisser faire tant que je ne diffamais personne. Et à mon sens, je n'ai commis aucune faute professionnelle.

En quoi consistaient ces intimidations. Qu'avez vous subi exactement?

On a monté des dossiers contre moi. Des gens, parmi eux des journalistes de la chaîne 3, scrutaient mes activités sur le web et transmettaient à qui de non droit tous mes faits et gestes. Ils m'ont fait passé pour un dangereux ennemi de l'Algérie. Des proches à moi ont reçu des messages me demandant de me calmer de moins faire le malin. Les classiques méthodes de barbouzes. C'est difficile à supporter de se savoir épié.

C'était avant votre démission ou après?

Entre les mois d'avril et de juin. Disons dès le début de l'affaire.

Et vous avez démissionné quand exactement?

De mémoire en avril. Mais je ne me souviens pas très bien. Parce que ma démission a été signée fin mai.

Et qu'avez vous fais après avoir quitté Dzaïr?

Rien du tout. Pas une offre d'emploi n'est venue. Je pense avoir été "blacklisté". J'ai donc décidé de partir. De ne pas faire subir une énième longue traversée du désert à ma famille. Je n'avais aucun revenu. Ni parents milliardaires, ni maisons à louer ni parachute doré. Je suis un zawali.

Vous avez quitté le pays pour pouvoir retravailler un jour?

Peut être, pourquoi pas? Mais je suis surtout parti pour ne pas faire souffrir ma famille avec moi. Ils n'ont rien à voir là-dedans. Et ils n'ont pas à payer pour mes positions.

Pourquoi les Etats-Unis?

J'avais l'opportunité d'y aller je l'ai fait. Dans mon esprit c'est un pays pleins d'opportunités. Et en arrivant j'ai découvert que c'était vrai.

Avec du recul et loin de l'Algérie, quel regard portez vous sur cette expérience que vous avez vécu à Dzaïr?

Je suis triste et frustré. J'y croyais vraiment!

Allons, on dira, comme vous auriez dit à Système.dz, ne pensez vous pas plutôt qu'ils vous ont rendu service? Grâce à eux, vous êtes aux Etats-Unis!

(Rires) J'aime le croire. A toute chose malheur est bon!

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