MAROC
02/04/2015 05h:05 CET | Actualisé 24/04/2015 13h:40 CET

Rallye des Gazelles: Deux jours de marathon dans le désert marocain (REPORTAGE)

RAID FÉMININ – Mardi 31 mars et mercredi 1er avril, le Rallye des Gazelles s’est lancé dans la deuxième étape marathon. Après une courte nuit passée au bivouac et un départ à 6h du matin, la fatigue se fait sentir, mais les filles résistent. Les plus endurantes d’entre elles passent la première puis la deuxième balise avant 11h du matin. L’objectif: arriver dans le désert avant la nuit, pour monter sa tente à la lumière du jour et profiter du coucher du soleil.

Nous retrouvons un équipage de Québécoises à la seconde balise, heureuses d’être arrivées les premières. L’épreuve est physique, mais la récompense en vaut la peine: une nuit passée au milieu des dunes, dans le silence assourdissant du sable de M’hamid, à l’extrême Est du pays. "C’est éprouvant, mais cela nous changera du confort du bivouac. On se retrouvera seules, en totale autonomie", explique au HuffPost Maroc l’une d’elles. "Nous avons hâte de profiter de la beauté du désert."

Une course déjantée

Les paysages se suivent mais ne se ressemblent pas. Étendues buissonneuses, plaines rocailleuses, dunes de sable… Sur la route, quelques puits et sources d’eau où viennent se rassasier les bédouins et les troupeaux de chèvres. Nous rejoignons, après une courte pause déjeuner, la quatrième balise. Le soleil est haut dans le ciel et la chaleur suffocante.

Le chemin est chaotique dans les dunes. Notre 4x4 ne résiste pas longtemps: une jante saute, le pneu se dégonfle. A quatre sous la voiture, nous réussissons à remettre la roue en place, à 200 mètres de la cinquième balise. C’est là que nous attend Saïd, un des "pointeurs". Sur place depuis 24h, sans âme qui vive à ses côtés, il est heureux de nous accueillir. Nous sommes vite rejoints par deux gazelles, qui viennent de coincer leur voiture sur la crête d’une dune à 10 mètres seulement de la balise.

Suivies de près par un autre équipage, elles parviennent tant bien que mal à libérer leur véhicule prisonnier des sables, après l’avoir attaché et tracté au 4x4 à peine arrivé. Malgré la compétition, l’entraide prime avant tout. D’autres équipages arrivent, des Marocaines, des Françaises, des Suisses. Certaines ont la vingtaine, d’autres, la soixantaine. On débouche le champagne offert ce matin aux filles par l'organisation et tiédi par la chaleur de la journée, pour fêter sous les étoiles cette première journée marathon.

Aventurières

Les langues se délient. Pour certaines, ce rallye est une première. "Je ne pensais pas que ce serait aussi dur. J’en ai pleuré!", confie l’une d’elles. D’autres sont des habituées. "La première fois que j’ai vu le rallye à la télévision il y a une dizaine d’années, j’ai dit à mes enfants: 'L’année prochaine, j’y vais'. C’est la sixième fois que je participe".

Un des organisateurs nous raconte comment il a rencontré sa femme, une ancienne "gazelle", il y a quelques années sur le rallye. Certaines évoquent les difficultés à trouver des sponsors avant la compétition, mais aussi les coups de chance parfois, comme ce chef d’entreprise fan de 4x4 qui a donné 5.000 euros pour permettre à un équipage de gazelles de partir.

Kiné, directrice marketing, métallurgiste, fille de chef d’Etat, aide scolaire, ancienne Miss France…Les gazelles ont des parcours différents. Certaines sont novices, d’autres de vraies aventurières. L’une a déjà participé à l’émission de téléréalité Koh-Lanta, et l’autre a failli participer à Pékin Express: "j’ai été recalée à la dernière minute". Mais toutes sont unanimes: "Ce rallye, c’est vraiment une aventure que je ne suis pas près d’oublier".

Mirages et misère

Après une nuit bien méritée au creux des dunes, les gazelles repartent de bon matin pour la deuxième journée marathon, dans les immenses étendues grises de cailloux du lac asséché d’Iriqui, où se faufilent iguanes et scarabées. Pas une goutte d’eau à l’horizon, mais des mirages à perte de vue, où l’on voit surgir des oasis imaginaires.

Ici et là, des ânes, des dromadaires, et des minuscules villages de bédouins, où la pauvreté et le dénuement sautent aux yeux. Quelques enfants accourent vers notre véhicule en criant: "Sardines!". La misère et la faim sont reines en ces plaines.

A une balise, nous croisons les deux seules motardes de la compétition. Exténuées après quelques déboires (l’une d’elles s’est retournée), elles tiennent pourtant la tête de la course. Julie, les cheveux blonds platine à la garçonne, décoiffée par son casque, nous explique qu’il est très difficile de conduire en moto tout en cherchant à s’orienter. Pas de copilote pour aider à naviguer comme dans les voitures. Quelques mètres plus loin, deux "quadeuses", sous tension après dix heures de conduite, craquent: crise de nerfs et prise de becs.

Il faudra attendre 17h pour voir les premières voitures rentrer au bivouac, déplacé pour l’occasion à Foum-Zguid. Bien méritées, les douches sont prises d’assaut. Jeudi, les gazelles useront de leurs dernières forces pour l’ultime étape du rallye.

Deux jours de marathon dans le désert marocain

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