MAGHREB
02/04/2015 15h:44 CET | Actualisé 03/04/2015 07h:10 CET

Rached Ghannouchi: "Pourquoi ne pas avoir l'Institut islamique de Paris? Comme l'université de la Zitouna à Tunis!"

Rachid Ghannouchi, leader of the Tunisian moderate Islamist Ennahda Party, gestures before casting his vote at a polling station in Ben Arous, Tunisia, Sunday Oct. 26, 2014. Tunisians lined up Sunday to choose their first five-year parliament since they overthrew their dictator in the 2011 revolution that kicked off the Arab Spring. (AP Photo/Aimen Zine)
ASSOCIATED PRESS
Rachid Ghannouchi, leader of the Tunisian moderate Islamist Ennahda Party, gestures before casting his vote at a polling station in Ben Arous, Tunisia, Sunday Oct. 26, 2014. Tunisians lined up Sunday to choose their first five-year parliament since they overthrew their dictator in the 2011 revolution that kicked off the Arab Spring. (AP Photo/Aimen Zine)

LIVRES - Dans un livre d'entretien intitulé "Au sujet de l'islam", Rached Ghannouchi livre au journaliste français Olivier Ravanello son point de vue sur divers sujets d'actualité dont l'islam en France.

Pour remédier au terrorisme jihadiste en France, Rached Ghannouchi recommande de créer des diplômes pour former des imams francophones de culture et d’appartenance françaises.

"Pourquoi ne pas avoir l’Institut islamique de Paris? Comme l’université Al Azhar au Caire, ou l’université de la Zitouna à Tunis", s'interroge-t-il.

Les instituts qui délivreraient ces diplômes dépendraient du ministère de l'Enseignement supérieur français et pourraient, "avoir des accords avec Al Azhar" (Université égyptienne d'étude de l'islam), "qui fait autorité en la matière et n’est soupçonnable d’aucune dérive fondamentaliste".

La rénovation et la réhabilitation des mosquées en France, selon lui, est indispensable aussi pour endiguer l'extrémisme religieux:

"Ils (les musulmans) prient dans des endroits qui ne sont pas confortables, petits, mal aérés, mal éclairés. Tout renforce le sentiment de rejet dans la société, le sentiment d’être méprisé, et cela pousse à l’extrémisme", a-t-il déploré.

"Nous avons eu en Tunisie, après la révolution, cinq cents mosquées sous la coupe des extrémistes. En quatre ans, le ministère des Affaires religieuses les a reprises en main et maintenant tous les imams ont des diplômes de facultés religieuses modérées", poursuit-il.

Pourtant selon le ministère tunisien des Affaires religieuse, 187 mosquées sur 5000 seraient, en fait, encore hors de contrôle de l'Etat tunisien.

La création d'un parti islamiste en France, à l'image d'Ennahdha, ne semble "pas envisageable" pour Rached Ghannouchi. Il déconseille d'ailleurs aux musulmans de France de fonder un parti politique:

" Je leur conseille en revanche d’entrer dans les partis, les syndicats, les associations puisqu’ils sont citoyens français. Il faut surtout éviter de diviser la société française entre musulmans et antimusulmans. C’est l’extrême droite qui veut cela (...) L’islam croit au pluralisme et nous, musulmans, ne croyons pas que le monde entier sera musulman. Nous ne le voulons pas. Nous croyons en la liberté et aux lois du marché, à l’offre et à la demande, et que la meilleure marchandise gagne", a-t-il recommandé.

Même si le leader d'Ennahdha se dit opposé à servir du porc et du vin dans les cantines parce que cela "met l’enfant en contradiction avec ses convictions religieuses", les mouvements identitaires occidentaux tels que Pegida ne lui semblent pas "acclimatés au monde moderne":

Ils "ne se sont pas adaptés au fait que le monde se transforme en un village global. Ils vivent encore comme au Moyen Age (...) Ce temps est révolu, les moyens de communication ont annulé ces mentalités, il ne reste plus que la loi du marché avec les lois de la concurrence qui s’appliquent, au fond, à tout", poursuit-il.

Le livre édité par une importante maison d'édition française (Plon), sort le 2 avril en France.

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