MAROC
28/03/2015 07h:00 CET

Crash de l'ATR-42 de la RAM: 21 ans plus tard, le doute persiste

Les zones d'ombres du crash de l'ATR-42 de la RAM en 1994
Les zones d'ombres du crash de l'ATR-42 de la RAM en 1994

AÉRIEN - Le copilote de l'A320 de Germanwings, qui s'est écrasé mardi 24 mars dans les Alpes françaises, est soupçonné d'avoir précipité volontairement l'appareil au sol. Parmi les rares cas de catastrophes aériennes intentionnellement provoquées par le pilote figure aussi celle survenue au Maroc le 21 août 1994.

Les derniers mots enregistrés par la boîte noire sont ceux de Sophia Figuigi, la co-pilote: "Commandant, qu’est-ce que vous faites? Commandant, arrêtez !" Le commandant de bord, Younès Khayati, se contente de murmurer "mourir, mourir".

Nous sommes le 20 août 1994. L'avion, un ATR-42, qui effectue la liaison Agadir-Casablanca avec 40 passagers à bord, dont le fils du milliardaire Miloud Chaâbi et 4 membres de l'équipage, s’écrase dans les montagnes de l’Atlas près de Tizounine. Il n'y aura aucun survivant.

Informés du crash, les enquêteurs se rendent au sud d'Agadir, où ils retrouvent corps et débris éparpillés sur plusieurs kilomètres. La thèse officielle? Le commandant de bord, Younès Khayati, souffrait d’une dépression après une rupture amoureuse.

Le communiqué du ministère du Transport, publié suite au crash, dit que "l'accident de l'ATR-42 de la RAM, est dû à la volonté délibérée du commandant de bord de mettre fin à ses jours selon les premiers éléments de l'enquête, notamment à la transcription des enregistreurs de vol effectuée à Paris par le laboratoire officiel du bureau d'Enquête Accidents dépendant de l'administration de l'aviation civile française."

La commission d'enquête note qu'aucune anomalie n'a été constatée au niveau de la maintenance de l'avion. On précise que le comportement du commandant de bord est d'autant plus imprévisible qu'il émane d'un pilote expérimenté qui a régulièrement effectué ses visites médicales réglementaires annuelles au centre d'expertise médicale du personnel navigant, la dernière en date le 7 juillet dernier.

Zones d'ombre

Absence de traces d'impact au sol, pilote reconnu stable par ses pairs, difficulté pour tirer des conclusions des enregistrements de la boîte noire et non-publication du rapport de la commission d’enquête sur le crash. Autant de détails qui ont poussé l'opinion publique à remettre en cause la version officielle.

L'Association marocaine des pilotes de ligne, elle, s'est montrée plus virulente, et a évoqué une défection de l'ATR-42, qui connaîtra d'autres incidents. La RAM et le ministère du Transport soutiennent à plusieurs reprises la thèse du suicide, et invitent la presse à écouter les enregistrements de la boîte noire.

Loin de conforter la version officielle, les médias n'en douteront qu'encore plus.

le journaliste Khalil Hachimi Idrissi, actuel directeur de la MAP, écrit dans Maroc Hebdo, dont il est le rédacteur en chef, que "le dossier ATR-42, confidentiel et, de surcroît dramatique, n'a pas manqué, et pour cause, de nous poser un grave cas de conscience. Il nous accule à un cruel dilemme: taire ce que nous savons et, par conséquent, réviser notre idéal d'information. Ou publier ce que nous savons et, rompre une confidentialité qui, dans le cas d'espèce, ne rend service à personne".

L'hebdomadaire soutient, par la suite, que "la reconstitution des dernières paroles échangées entre le pilote et Sophia Figuigui, la copilote n'avait pas apporté de preuve convaincante à la thèse officielle. Les citoyens avaient tous eu le sentiment que l'enquête avait été "un peu" bâclée. Ou même qu'elle avait été orientée pour les besoins d'on ne sait quelle cause".

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