MAROC
12/03/2015 05h:50 CET | Actualisé 12/03/2015 08h:27 CET

Gaz moutarde dans le Rif: L'Assemblée mondiale amazighe interpelle la France

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CRIMES DE GUERRE- Après avoir écrit une première missive au roi d’Espagne, le président de l’Assemblée mondiale amazighe, Rachid Raha, a adressé une nouvelle lettre "à l’aimable attention de François Hollande" mercredi 11 mars. Objet:"réparations pour les effets de la guerre chimique contre le grand Rif". Rachid Raha accuse la France de s’être rendue "complice de l’Espagne à laquelle elle a vendu des armes chimiques de destruction massive avant de les utiliser elle-même contre les Rifains, lors de la guerre de libération conduite par Mohamed Abdelkrim El Khattabi (1921-1927)". Il affirme que les héritiers des victimes d’hier souffrent encore des effets mutagènes et cancérigènes des armes utilisées, tout particulièrement du gaz moutarde. Entretien.

Huffpost Maroc: Êtes vous certain de la complicité de la France dans l’utilisation d’armes chimiques au Nord du Maroc?

Rachid Raha: Oui, la France était complice. Nous le savons notamment grâce aux recherches de l’historien Rachid Yechouti, qui a retrouvé dans les archives militaires françaises, la preuve de leur implication dans les massacres perpétrés dans le nord du Maroc. La France fournissait non seulement les armes chimiques à l’armée espagnole, mais aussi une aide technique et logistique. Au début, ils ont utilisé tout le gaz moutarde qui leur restait de la Première Guerre mondiale. Et ce sont eux qui ont fourni à l’Espagne les avions qui on servi à bombarder la région.

Ces bombardements ont-ils encore des conséquences dans la région?

Oui, catastrophiques. La région du Rif est connue pour être celle qui recense le plus de malades de cancer au Maoc. Il y a des pics terrifiants quand il s’agit de cancers du larynx par exemple. Tous ces malades vont à l’hôpital oncologique de Rabat, car il n'y a aucune structure qui puisse les accueillir dans la région. Moi qui vous parle, mon père, mes deux oncles et deux cousins sont tous morts de cancer. Ce n’est pas normal dans une famille d’avoir autant de morts du cancer! Et nous venons tous d’un village à quelques kilomètres de l’endroit où les Espagnols emmagasinaient leurs armes chimiques, près de Nador.

Qu’est ce qui vous permet d’affirmer que ces cancers sont une conséquence de l’utilisation d’armes chimiques entre 1921 et 1927?

On ne trouve pas d’autres explications que cette caractéristique qui distingue le Rif par rapport aux autres régions du Maroc. C’est la seule qui explique pourquoi les taux de cancer sont largement au dessus de la moyenne nationale dans les régions qui ont été bombardées. Et nous avons beaucoup de rapports scientifiques qui ont été rassemblés par Mimoun Charqi dans un livre: "Armes chimiques de destruction massive sur le Rif". Il montre bien que les gaz qui ont été utilisés ont des conséquences cancérigènes et mutagènes. Aujourd’hui, les descendants des milliers de victimes de cette guerre continuent d’en souffrir.

Selon Mimoun Charqi, presque 80% des adultes et 50% des enfants souffrant d’un cancer proviennent de la même zone du Rif.

Vous demandez au président français des excuses officielles et des aides pour construire des hôpitaux oncologiques dans la région. Vous pensez qu’il vous répondra?

On l’espère! Tout est possible en politique… S’il est vraiment socialiste, qu’il a des idées progressistes, s’il se dit le chef de l’Etat qui se vend comme le pays des droits de l’homme, il devrait répondre, et reconnaître ce crime. Mais nous avons aussi écrit une lettre au roi d’Espagne, il y a un mois, avec des demandes similaires. Pour l’instant nous voulons qu’ils réagissent sur cette question, mais nous sommes déterminés à porter notre cause devant la justice, à Paris et à Madrid. Nous avons réuni plusieurs avocats qui nous soutiennent, et nous allons bientôt entamer des procédures judiciaires. Si nous sommes déboutés en France et à Madrid, ce dont je doute, nous irons à la cour européenne des droits de l’homme, où nous avons 100% de chance de gagner.

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