MAROC
06/03/2015 13h:28 CET | Actualisé 06/03/2015 13h:29 CET

Anciens abattoirs de Casablanca: "Il faut réhabiliter ce lieu plutôt que le vider de sa substance" (INTERVIEW)

Anciens abattoirs de Casablanca: Pour Aadel Essaadani, "il faut réhabiliter ce lieu plutôt que le vider de sa substance" (INTERVIEW)
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Anciens abattoirs de Casablanca: Pour Aadel Essaadani, "il faut réhabiliter ce lieu plutôt que le vider de sa substance" (INTERVIEW)

CULTURE - Fermés en 2002, les anciens abattoirs de Casablanca, transformés depuis en fabrique culturelle, intéressent de près les promoteurs immobiliers. Pour Aadel Essaadani, militant culturel directeur de l'Association Racines, l'argument avancé de la dangerosité des vieux bâtiments n'est qu'un prétexte pour justifier la volonté de raser ce lieu stratégique. Interview.

HuffPost Maroc: Que se passe-t-il à la Fabrique culturelle des anciens abattoirs de Casablanca?

Aadel Essaadani: Les abattoirs sont en train d’être tués à petit feu, pour qu’il n’y ait plus rien dedans. L’argument avancé est celui de la dangerosité, pour transformer ce lieu de culture en projet immobilier, à quelques centaines de mètres de la future gare TGV. Ce lieu de 5,5 hectares proche du centre ville est stratégique. En le vidant de sa substance – comme pour l’hôtel Lincoln d’ailleurs, et c’est le même architecte – on le laisse tomber en ruines, ce qui justifie ensuite le fait de le raser. Depuis deux ans, plus grand-chose ne s’y passe. Il y a une compagnie résidente, Colo Kolo, qu’ils essaient de mettre dehors mais ça n’a pas marché, et une autre compagnie a été mise en place, Théâtre Nomade, mais on les empêche également de faire certaines choses, en leur disant que le lieu est dangereux.

Vous parlez de projet immobilier… Pouvez-vous nous en dire plus?

Le dessein, c’est d’en faire un hôtel et un restaurant gastronomique, et donc de tuer l’économie autour, les guinguettes en face, les projets de concerts... Car on ne peut plus faire de bruit avec la musique, sinon on réveillerait les clients de l’hôtel… À mon avis, on réfléchit à l’envers. Si la décision politique est d’en faire un lieu de culture, ce dont la ville a besoin et les artistes aussi, on devrait commencer par le réhabiliter. D’autant que cela coûterait moins cher que d’autres projets de la ville. Pour donner un ordre de grandeur, réhabiliter le lieu de A à Z coûterait 150 millions de dirhams selon nos estimations. Le budget du grand théâtre de Casablanca, lui, coûte 1.500 millions de dirhams…

Qu’attendez-vous des autorités de la ville?

J’attends que le projet soit inscrit dans les priorités culturelles de cette ville. On a fermé les abattoirs en 2002, et on ne s’est pas posés la question de l’économie du quartier, sans même parler du rayonnement national de ce lieu. Le projet répond à un besoin de développement du quartier, de lieu social et de création pour les artistes, de diffusion de la culture pour un public qui ne va pas dans les théâtres, les galeries d’art, etc. L’idée, c’est de faire une action culturelle dans un quartier qui n’est même plus périphérique. On attend un peu moins de cynisme de la part de la ville, du maire et des élus, pour en faire un lieu de culture.

Avez-vous de l’espoir quant à l’avenir de ce lieu?

Ce qu’on a réussi à faire, c’est d’inscrire le lieu sur la liste des monuments nationaux en 2003. L’intérêt, c’est de ne pas permettre de le détruire sans l’aval du ministère de la Culture. La deuxième chose, c’est que le lieu est aussi inscrit dans le schéma directeur d’aménagement urbain de Casablanca (SDAU), en tant que lieu de culture. Enfin, on a également réussi à inscrire ce lieu dans la tête de l’opinion publique comme lieu de culture. On l’a déjà expérimenté, et on a vu que cela fonctionnait. Les artistes se sont approprié le lieu, les jeunes du quartier venaient y faire du skate ou du graff, mais ils viennent moins maintenant. Les groupes de musique et les artistes ont besoin d’un lieu pour répéter, pour faire une résidence théâtre ou danse, etc. On est quand même dans une ville de 5 millions d’habitants, et on n’a pas de lieux de création!

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