ALGÉRIE
06/03/2015 07h:21 CET | Actualisé 06/03/2015 08h:03 CET

En Algérie, " pays du million de muftis", la fatwa importée écrase la locale

DR

Le projet de Mufti de la république annoncé en 2006 n’est toujours pas concrétisé tout comme celui des muftis au niveau des wilayas. Mais de nombreux algériens en situation d’angoisse "piétiste" se cherchent des avis religieux ailleurs et n’importe où. Au point où, selon le journal Echourouk, l’Algérie est devenu le pays du "million de muftis".

Les plus connus passent par les télévisions dont le fameux Cheikh Chemsou qui officie à la chaine Ennahar. D’autres se sont fait une célébrité morbide comme Abdelfattah Hamadache qui est passé des réseaux sociaux aux plateaux de télévision.

Mais ces "célébrités locales" controversées ne doivent pas cacher une réalité lourde. Il en va des fatwas comme des produits importés qui continuent de supplanter en termes d’image les produits locaux. Dans le marché de la fatwa, les "locaux" ne pèsent pas lourd.

Cheikh Mohamed Cherif Kaher, président du comité des fatwas au Haut-conseil islamique (HCI) s’en désole dans une déclaration au journal Echourouk.

Les Algériens, dit-il, ne "font pas confiance à leur oulémas et s’empressent demander des fatwas à des cheikhs inconnus à l’étranger".

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Avec la "démission de l’Etat" dans la mise en place d’une institution nationale de la Fatwa, cela crée un "chaos" dans l’émission des fatwas. Pour lui, les fatwas d’importation pervertissent les esprits des citoyens et les médias algériens "ont échoué" à diffuser le travail des "vrais oulémas" et se sont contentés de faire de la publicité à des "muftis" qui ont nuit à la religion.

Le Dr Abderrezak Guessoum a, lui, mis en cause la bataille de prérogatives entre les institutions religieuses comme le HCI, le ministère des Affaires religieuses et l’association des oulémas. Pour lui, l’exclusion de cette dernière du champ de la "fatwa officielle" a fait le lit des fatwas approximatives et erronées qui viennent à travers les chaines satellites.

Les avis contradictoires entre "locaux" n’arrangent rien alors qu’une partie des "consommateurs" versent dans une bigoterie déroutante. Ainsi, quand le ministère des Affaires religieuses valide religieusement les achats de logement AADL , d’autres "fatwas" ont été émises rejetant la formule AADL comme relevant de la pratique usuraire (riba) réprouvée par l’islam.

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Les divergences s’expriment entre les institutions religieuses officielles et parfois au sein même d’une même institution. Ce fut le cas pour les prêts Ansej, validées par le cheikh Kaher président du comité des fatwas au HCI et dénoncée comme "usuraire" par un autre membre du Haut-conseil islamique, Mamoune Kasmi.

Dans ce "chaos de la fatwa", le ministre des Affaires religieuses, Mohamed Aissa, a annoncé que le mufti de la République sera issu de Conseil scientifique du ministère des affaires religieuses. Cela mettra-t-il de "l’ordre" dans le chaos alors que le souk de la fatwa s’est totalement internationalisé via les chaines de télévision et les réseaux sociaux.

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