ALGÉRIE
04/03/2015 00h:32 CET | Actualisé 04/03/2015 13h:35 CET

Des islamistes se lâchent au parlement: les femmes sont responsables des violences qu'elles subissent!

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Les femmes algériennes doivent faire preuve de "pudeur" pour éviter les violences et le harcèlement sexuel a affirmé, hier mardi, un député islamiste lors du débat à l'assemblée populaire nationale (APN) sur le projet d'amendement du code pénal pour lutter contre la violence faite aux femmes.

Le député de l'Alliance de l'Algérie Verte (AAV), Mohamed Daoui, qui a provoqué des vives réactions à l’APN, notamment parmi les femmes députées qui l'ont accusé de dépasser les bornes de la préséance, a affirmé que les femmes étaient responsables des violences qu'elles subissent en raison de leur accoutrement et de leur "maquillage".

"On ne peut criminaliser un homme qui a été excité par une femme" a osé affirmer le député dont les propos sont rapportés par le journal Reporters.

La polarisation était nette autour de ce projet d'amendements qui a suscité de vifs échanges à l'assemblée populaire nationale entre islamistes et conservateurs d'un coté qui accusait le le gouvernement de "porter atteinte à la famille" et les progressistes (FFS et PT) qui ont réclamé l'abrogation pure et simple du code de la famille.

Les islamistes de l'Alliance de l'Algérie verte (AAV) et quelques députés indépendants ont donné libre cours à leur hostilité aux femmes en attaquant violemment un projet d'amendement du code pénal, qui n'a rien de révolutionnaire, destiné à protéger les femmes contre la violence conjugale.

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Le projet qui prévoit des sanctions contre les époux coupables de violence contre leurs conjoint "ayant entraîné une incapacité temporaire, un handicap permanent ou une amputation". Des sanctions sont également prévues contre l'abandon de l'épouse "enceinte ou non" et contre les pressions ou intimidations visant à priver l'épouse de ses biens.

Les associations féminines avaient cependant critiqué une disposition, jugée pernicieuse, du projet d'amendement prévoyant que "les poursuites sont abandonnées si la victime décide de pardonner à son conjoint".

Le projet de loi énonce par ailleurs des "sanctions" à l'encontre de l'auteur d'agression "sexuelle" contre la femme. Les sanctions sont "aggravées si le prévenu est un parent de la victime ou si celle-ci est mineur, handicapée ou enceinte".

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Le député islamiste et le 21ème siècle

Les députés islamistes de "l'Alliance de l'Algérie verte" sont montés au créneau pour dénoncer des amendements "contraires à la charia" et de nature "à détruire la famille". Une députée du groupe, Fatma-Zahra Bounar a affirmé que ces amendements "vont causer encore plus de dégâts après ceux introduits dans le code de la famille en 2005".

Le député du parti Karama, Mohamed Daoui, a laissé libre cours à une vision misogyne et rétrograde de la femme. Les femmes sont victimes de harcèlement, a-t-il affirmé, à cause de leurs "tenues légères" suscitant de vives réactions de la part de certaines députées qui lui ont rappelé qu'on était au "21ème siècle". Cette loi est "idéologique", a affirmé Daoui, et elle va "inciter les femmes à se rebeller contre leurs maris"

En un pardon douteux

Du côté des progressistes, les amendements sont jugés comme un pas en avant insuffisant dans la prise de la violence conjugale. Les dispositions sur le "pardon" sont très critiquées. Une députée du parti des travailleurs, Nadia Chouitem, a de nouveau rappelé la revendication traditionnelle d'abrogation du code de la famille.

La députée du FFS, Nadia Adjlout, a réaffirmé le principe d'égalité homme-femme défendu par son parti tout en rejetant l'instrumentalisation par le pouvoir du thème de la protection des femmes pour servir de "vitrine" d'une Algérie "moderne".

Nadia Adjlout qui a réitéré l'appel à l'abrogation du code de la famille qui maintient la femme dans un statut de mineure" a estimé que les amendements proposés sont utilisés par le pouvoir comme un pur "habillage démocratique". A In Salah, a-t-elle noté, "c’est le pouvoir qui utilise la violence contre les hommes et les femmes". Le projet d'amendement a reçu l'appui des députés du FLN et du RND

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