ALGÉRIE
02/03/2015 03h:05 CET | Actualisé 02/03/2015 03h:07 CET

Gaz de schiste : 40 policiers blessés et des bâtiments officiels incendiés à In Salah (Intérieur)

in salah

40 policiers blessés, le siège de la Daïra d'In Salah et la résidence du chef de Daira incendiés. Tel est le bilan des incidents de dimanche "touchant à l'ordre public" menés par des jeunes contestataires de l'exploitation du gaz de schiste, selon un communiqué du ministère de l'intérieur et des collectivités locales.

"La ville d'in Salah a connu ce premier mars 2015, des incidents touchant à l'ordre public, initiés par un groupe de jeunes contestant les opérations d'exploration du gaz de schiste dans cette région" a indiqué le communiqué du ministère de l'intérieur.

"Malheureusement, ces incidents ont provoqué des blessures à 40 policiers, dont deux grièvement atteints ainsi que l'incendie de la résidence du chef de Daira, du siège de la Daira, d'une partie du dortoir réservé aux agents de police, ainsi qu'un camion appartenant aux services de la Sûreté Nationale", ajoute la même source.

Le ministère de l'intérieur a fait dans son communiqué l'éloge du "professionnalisme" des forces de l'ordre. " En dépit de ces agissements, la réaction correcte et le professionnalisme des forces de l'ordre, ont permis de maîtriser la situation et d'instaurer le calme dans la ville".

Des contestataires ont affirmé que l'incendie a été provoqué par un tir de gaz lacrymogènes. La contestation contre l'exploration et l'exploitation du gaz de schiste à In Salah dure depuis de deux mois, une demande de moratoire adressée par les contestataires au chef de l'Etat est restée sans réponse.

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La tension est montée durant les deux derniers jours à In Salah après l'intervention des forces de l'ordre pour dégager la place "Somoud" où sont organisés des sit-in quotidiens depuis fin 2014. Des incidents ont également eu lieu au niveau de l'université de Tamanrasset où des mouvements de solidarité avec In Salah se sont exprimés. A Ouargla, des étudiants et les activistes anti-gaz de schiste veulent manifester aujourd'hui.

Exaspération et dérapages

Les dérapages violents observés ces deux derniers laissent transparaître une certaine exaspération alors que les autorités ne semblent pas vouloir entendre parler d'un moratoire ou d'un arrêt de l'exploration du gaz de schiste.

La loi sur les hydrocarbures adoptée par le parlement algérien en janvier 2013 a ouvert la voie à l'exploitation des hydrocarbures non-conventionnels et a prévu des avantages fiscaux aux entreprises étrangères qui y investissent.

L'option est défendue par les autorités comme une réponse à la baisse des réserves du pays alors que la consommation intérieure explose.

Les autorités ont cependant été prise de court par un mouvement de contestation sans précédent après l'annonce par Sonatrach, fin décembre 2014, du premier forage pilote dans la région d'In-Salah.Elles ont ignoré l'appel au moratoire sur le gaz de schiste et à la mise en place d’une commission indépendante et l’organisation d’un débat national sur la question.

Le 27 janvier 2015 un conseil des ministres restreint avait annoncé la "fin prochaine" des forages-test tandis que le chef de l'Etat a demandé au gouvernement d'œuvrer à "lever les "incompréhensions et les inquiétudes suscitées par les essais préliminaires dans le domaine du gaz de schiste".

Sur le fond, il a souligné que l'exploration et l'exploitation des ressources hydrocarbures non-conventionnelles pourraient être une "nécessité pour la sécurité énergétique du pays à moyen et long terme".

Un thème controversé

L'opposition rassemblée au sein de la CNLTD - et dont certains à l'image du MSP ont voté en faveur de la loi sur les hydrocarbures qui ouvrent la voie à l'exploitation des hydrocarbures non conventionnels - a organisé des rassemblements contre le gaz de schiste et de soutien à la population du sud.

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Ces rassemblements ont été entravés par les autorités notamment à Alger où les responsables locaux ont occupé le terrain en organisation des festivités bruyantes à l'occasion de l'anniversaire de la nationalisation des hydrocarbures, le 24 février 1971.

L'exploitation du gaz de schiste suscite de fortes controverses. Même au sein des opposants, "unis contre le pouvoir", il n'y a pas unanimité sur la question.

Sid Ahmed Ghozali, ancien chef de gouvernement a estimé, que l'Algérie avait besoin d'exploiter toutes ses ressources naturelles y compris le gaz de schiste. "Qu’on soit pour ou contre, il faut expérimenter pour connaitre le potentiel", a-t-il déclaré en estimant que les habitants d'In Salah sont "manipulés" et "mal informés".

Il a vivement critiqué la manière, manœuvrière et intempestive, avec laquelle le pouvoir a ouvert ce dossier. Selon lui, l'exploitation du gaz de schiste qui ne peut se faire avant une quinzaine d'année n'est qu’un élément de la politique énergétique du pays et " l'isoler de son contexte est une manœuvre de diversion et une tromperie".

Pour lui, les autorités ont choisi de créer une situation d'alarmisme au sein de l'opinion pour, peut-être, " masquer des énormités commises sur les gisements conventionnels".

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