ALGÉRIE
01/03/2015 02h:21 CET | Actualisé 01/03/2015 02h:39 CET

Décès de Benchaouche Youb, un des premiers reporters-photographes de l'agence APS

benchaouche youb

Il était l'un des premiers reporters-photographes de l'Agence de presse APS, Benchaouche Youb tire sa révérence à l'âge de 92 ans. Hommage de Youssef Zerarka au mémorialiste d’El Bahdja

Je m'en rappelle comment si cela datait d'hier. C'était à l'heure de mon baptême du feu à l'APS. Je me rappelle d'un gentleman, un ''Monsieur'' toujours tiré à quatre épingles. Élégant, beau, les cheveux poivre et sel constamment fixés par la ''goumina'', la brillantine chère à sa génération. Il avait le look d'un militant de l'UDMA (Union démocratique du manifeste algérien) de Ferhat Abbas, d'un musicien d'Al Mossilia ou d'un enseignant à la diction académique.

Youb était du genre à écouter et à intervenir quand il avait des choses utiles à dire. Quand il se mettait à disserter, il surfait sur une variété de sujets. A commencer par la politique algérienne bien-sûr dont il avait couvert les aspects visibles et observé les coulisses et les bruits de couloirs.

Youb avait traversé l'histoire de la politique algérienne sur une trentaine d'années. De Ben Bella à Boudiaf en passant par Boumediène et Chadli. Lorsque, venant de Tunis, l'APS s'installe à la Casbah d'Alger, puis à l'Aéro-habitat au Télemly, Youb est au rang des fondateurs. Il y restera jusqu'à son départ à la retraite.

Son appareil-photo a quasiment immortalisé pour l'histoire en ''on'' ou en ''off'' toutes les séquences qui avaient jalonné cette période : l'aube de l'indépendance, l'ère fiévreuse de de ''Dzair âahdha djedid sandjak yrefref'', l'autogestion et les meetings popularo-populistes de Ahmed Ben Bella, le coup d'Etat du 19 juin 1965 maquillé en ''tashih al thawri'' et ''redressement révolutionnaire'', l'Algérie de l'''industrie industrialisante'', la ''révolution agraire'', l'Algérie institutionnelle (Conseil de la révolution, conclaves du FLN au temps du parti unique, l'Algérie du pluralisme prometteur, l'Algérie des années de braise.

A l'image des collègues fondateurs du service reportage de l'APS, Youb avait connu deux périodes contrastées. Une première, visible et stable, sous la bannière de l'Agence jusqu'à 1985. Une seconde sous la bannière de l'Agence de Presse et d'Information (API), une entité voulue par le ministre de l'Information de l'époque, Bachir Rouis, comme une agence appelée à rayonner sur la Méditerranée de la photo de presse.

Le mémorialiste d'El Bahdja

Très vite, l'enthousiasme avait cédé au désenchantement. L'API avait tenu quelques sept/huit années avant d'être emportée par les effets collatéraux de l'austérité du secteur et de la restructuration du secteur public de la presse.

A l'heure de l'essoufflement de l'API, Benchaouche Youb expédiait, la mort dans l'âme, les ultimes années de son long parcours. Comme tous ses collègues, il savait que l'agence photo chère à Bachir Rouis cheminait irrémédiablement vers une mort certaine. A la retraite, il s'installe, chez lui, du côté de Miramar entre Raïs-Hamidou et Bains-Romains.

Reporter-photographe, Youb était également un ''mémorialiste'' informel et un ''conteur'' d'Alger pour laquelle il vouait une passion dévorante. Des années durant, profitant de sa marche périodique du siège de l'Agence en direction de Bologhine, je m'attachais à le faire parler pour glaner des histoires et des anecdotes sur l'histoire d'''El Bahdja'' comme il aimait la qualifier.

Je l'accompagnais du 3 bd, Che Guévara, siège de l'Agence, au Stade Ferhani (ex-Marcel Cerdan) et notre parcours commun prenait l'allure d'une chronique intitulée ''des noms et des lieux''.

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