ALGÉRIE
23/02/2015 08h:39 CET | Actualisé 23/02/2015 09h:01 CET

El Watan et Liberté sortent du profil bas et critiquent le "chantage" à la pub de Joseph Ged, PDG d'Ooredoo

Site internet ooredoo.dz

Le journal El Watan et Liberté ont mis fin, dans leurs éditions d'aujourd'hui, au profil bas embarrassé de la presse papier au sujet des déclarations faites mercredi dernier par le PDG d'Ooredoo, Joseph Ged, fixant des "lignes rouges" politiques à l'octroi de la publicité déclarations de Joseph Ged, PDG d'Ooredoo Algérie.

El Watan titre aujourd'hui, à la une, sur "le chantage de Joseph Ged" et ses "menaces à peine voilées contre médias qui s'attaqueraient au Qatar et au pouvoir algérien". Il donne la parole à Abdelaziz Rahabi, ancien ministre de la communication, qui parle de "scandale" et accuse Ooredoo de se transformer en "cinquième colonne du Qatar en Algérie".

"Ooredoo a commencé petit, chez nous, avant de devenir grand. Maintenant, c’est nous qui nous mettons petits devant lui", a déclaré Rahabi qui rend ainsi le pouvoir responsable.

Dans Liberté, le chroniqueur Mustapha Hammouche qui remarque que peu de convives, presse et tutelle, ne se sont sentis offensés par cette "sommation disciplinaire de l’annonceur" critique surtout l'Etat algérien qu'il considère comme responsable de cette dérive.

"La presse algérienne a enduré tous les procédés visant sa sujétion, mais que son propre État passe commande au capital affairiste, étranger, pour la mettre au pas, constitue une marque de réelle régression"

"Nous ne nous engagerons jamais aux côtés de ceux qui sont animés par les valeurs négatives de dénigrement et de médisance", avait déclaré mercredi Joseph Ged lors du diner organisé par son entreprise et auquel étaient invités de nombreux responsables de la presse algérienne ainsi que le ministre algérien de la Communication, Hamid Grine.

"Nous ne ne cautionnerons d'aucune façon les attaques personnelles [...] contre les leaders "ni du pays qui nous fait l’honneur de nous accueillir et qui tient une place si chère dans nos cœurs: l’Algérie ni du pays d’où a commencé l’aventure Ooredoo: le Qatar", a-t-il affirmé.

Les déclarations de Joseph Ged sont désormais ouvertement critiquées par ces deux journaux qui ont mis fin au "silence" embarrassé qui a suivi ce cadrage politique publiquement annoncé.

Hormis quelques journaux électroniques dont le Huffington Post Algérie, les journaux s'étaient jusque-là abstenus de rapporter et de commenter les déclarations de Joseph Ged. Mais si la presse papier gardait silence, les journalistes, eux, ne se privaient pas de dire leur indignation sur les réseaux sociaux.

Le message a été immédiatement décodé par un internaute sous forme de défi: "la presse algérienne va-t-elle se coucher?"

Avant que les deux journaux ne s'expriment sur le sujet, des journalistes disaient depuis deux jours leur colère et leur indignation. Le journaliste Nadjib Belhimer, critiquait une presse qui "a vendu son honneur" au dîner organisé par Ooredoo Algérie.

"Après la critique de Bouteflika, c'est critiquer le Qatar qui est devenu interdit en Algérie, et celui qui osera le faire n'aura pas la publicité de "Ooredoo"", a-t-il écrit samedi sur son compte Facebook.

"Les responsables de la presse très "indépendante" ont entendu ces mots de la part de Joseph Ged, et sous les applaudissements du ministre Hamid Grine, et le jour suivant, l'affaire a été étouffée et des journaux comme El Khabar ou El Watan ont choisi des titres humiliants du genre "Ooredoo organise un dîner à l'honneur de la presse"", a-t-il martelé.

Très dur avec la presse écrite algérienne, il a ajouté: "La raison de cette soumission est, selon eux, que les journaux sont en danger, et que l'essentiel était la survie de leurs publications. Ce qui veut dire que pour eux, la presse est une activité purement commerciale."


Fayçal Métaoui, journaliste à El Watan relevait que l'on était "devant un cas presque unique de chantage assumé publiquement par le patron d'un groupe de téléphonie mobile qui n'est pas au dessus de tous soupçons".

"Mais qui a donc donné le droit à Joseph Ged et à sa troupe de tracer des lignes rouges à la presse algérienne? Qui lui a donné le droit de trancher entre ce qui est "négatif" et ce qui qui est "positif" pour la presse? Qui est donc ce Joseph Ged pour fixer une ligne de conduite aux journalistes algériens?" se demandait-il, dimanche, sur Facebook.

D'autres journalistes ont également réagi au "chantage" d'Ooredoo sur Twitter, souvent avec ironie.




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